Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

anticyclone (suite)

La genèse et la structure des anticyclones


Les anticyclones thermiques

Ils résultent du refroidissement de l’air au contact du substratum géographique. Aux pôles, la banquise (pôle Nord), la glace continentale (pôle Sud), mais aussi la neige perdent de la chaleur par rayonnement nocturne. Il en est de même du sol sur les grands continents hivernaux (Canada et Sibérie). La nuit polaire exaspère le processus par l’intensité et l’application prolongée qu’elle impose à ce rayonnement. Même, lorsqu’ils atteignent les hautes latitudes, les rayons solaires ne possèdent qu’un faible pouvoir calorifique. Ils arrivent au sol sous un angle très aigu et ont dû parcourir dans l’atmosphère un long trajet, avec perte de chaleur au contact des particules d’air.

L’atmosphère inférieure, du fait des basses températures du substratum, se refroidit. Il en découle l’augmentation de sa densité et des pressions au niveau du sol (celles-ci atteignent couramment 1 045 mb au cœur de la Sibérie en saison froide). Un déficit barométrique corrélatif apparaît en altitude. Ainsi, les hautes pressions de surface réalisées par accumulation de frigories sont-elles coiffées par des dépressions, ce qui aboutit à l’élaboration d’anticyclones pelliculaires. Les anticyclones thermiques froids se caractérisent donc par le renversement du système de leurs pressions, des basses couches à l’altitude. La modification s’opère en général aux environs de 2 ou 3 km, ce qui permet à l’air de pénétrer à l’horizontale dans la dépression haute, de descendre à la verticale dans l’anticyclone pelliculaire et de participer à son entretien.

Aux hautes pressions pelliculaires polaires, nord-américaines et sibériennes, dont le développement est considérable, il convient d’ajouter des organismes plus localisés. L’accumulation de l’air froid (et, partant, la réalisation d’anticyclones) peut s’opérer au fond d’amples vallées ou de vastes dépressions. Il en est ainsi des grands creux du relief situés dans le nord de la Yougoslavie. Là, de hautes pressions thermiques hivernales émettent des vents froids qui dévalent les pentes de l’Adriatique et donnent la bora. Les hautes pressions pelliculaires peuvent également résulter de l’effet réfrigérant des surfaces océaniques ou lacustres. Celles-ci correspondent à des régions de grande inertie thermique et, de ce fait, à des zones fraîches en période de réchauffement général (Grands Lacs américains, par exemple). On peut, par ailleurs, considérer que les hautes pressions installées dans le secteur froid des dépressions de front polaire sont des anticyclones thermiques migrateurs. Ceux-ci se déplacent en effet avec l’ensemble du système dépressionnaire.


Les anticyclones dynamiques (fig. 3)

Il existe à la surface du globe des anticyclones chauds. Ils ne peuvent relever des modalités précédentes et, en particulier, résulter de dispositions thermiques, puisque l’air chaud a normalement tendance à monter et à créer de basses pressions. L’alliance des hautes pressions et de l’air chaud constitue donc un problème délicat à résoudre. La solution la plus satisfaisante, et pratiquement admise aujourd’hui, est fournie par les processus dynamiques. Ceux-ci, cependant, doivent être envisagés de diverses manières.

On peut concevoir la confluence à l’horizontale, dans les basses couches de l’atmosphère, de flux recoupant les isobares (le fait est courant aux basses latitudes). Cela aboutit à une accumulation d’air que l’ascendance pourra être impuissante à éliminer au fur et à mesure des événements : d’où l’excédent maintenu au lieu de la confluence et l’apparition d’un noyau anticyclonique. Ces modalités semblent se présenter à l’arrière des « ondes de l’est », perturbations tropicales qui se signalent justement par un noyau de hausse barométrique situé immédiatement après le talweg, à partir duquel éclate le mauvais temps. Une telle disposition, aberrante par rapport à l’idée selon laquelle la convergence est corrélative de basses pressions, se reconnaît dans des situations sûrement fort limitées. C’est dire que les grands anticyclones chauds subtropicaux relèvent de modalités différentes.

En altitude, autour de la dépression polaire (en raisonnant, pour l’instant, sur l’hémisphère Nord) circulent des vents d’ouest ; ils constituent une couronne animée, qui se manifeste jusqu’au 40e parallèle environ. Le bord extérieur de cette couronne connaît une accélération donnant naissance au courant-jet (ou jet-stream) subtropical. Selon les vues récentes, ce sont les vicissitudes de ce courant qui construisent les anticyclones subtropicaux d’altitude. La répercussion s’opère jusque dans les basses couches, ce qui explique l’épaisseur de tels organismes. C’est du fait de ses vitesses et de ses linéaments que le flux subtropical rapide de l’hémisphère Nord impose, en même temps qu’un déficit de pression sur sa gauche (du côté du pôle), un tassement par subsidence sur sa droite, c’est-à-dire dans l’air tropical, où s’installent donc les anticyclones nécessairement chauds.

La circulation australe est semblable à celle de l’hémisphère Nord, avec ses vents d’ouest tournant autour d’une dépression antarctique d’altitude et son courant-jet subtropical placé au contact de la giration circumpolaire et de l’air tropical des basses latitudes. Simplement, la construction des anticyclones chauds s’opère sur la gauche du flux en question, la tendance au déficit de pression se plaçant sur sa droite.

L’explication dynamique des anticyclones subtropicaux (cf. l’analyse détaillée des processus à circulation) rend donc compte des températures élevées qui accompagnent ces centres d’action.


Relations entre anticyclones thermiques et anticyclones dynamiques

• Les renforcements anticycloniques subtropicaux. Les anticyclones subtropicaux subissent des renforcements polaires sous la forme de hautes pressions mobiles, dont l’air froid se substitue à leur air chaud. Les pressions, une fois renforcées, émettent alors un flux alizéen rafraîchi. Cependant, l’air correspondant à l’apport polaire se réchauffe progressivement, par un processus de tropicalisation. Ainsi, ses caractères initiaux s’effacent-ils. Les modalités du renforcement varient selon la saison et le cadre géographique. Choisissons de les analyser en partant tout d’abord du continent nord-américain hivernal (fig. 4).

Celui-ci est le point de départ d’injections polaires réalisées en deux temps en direction des tropiques : arrivée de hautes pressions hyperboréales aux latitudes subtropicales, avec intervention de leur circulation autonome, puis fusion de ces noyaux anticycloniques froids au sein des hautes pressions subtropicales spécifiques (noyaux dynamiques de l’Atlantique oriental).