Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Mali (empire du)

Ancien empire de l’Afrique noire qui s’étendait sur les États actuels du Mali, du Sénégal, de la Gambie, de la Guinée et de la Mauritanie (xie-xviie s.).


Il nous est connu principalement par les travaux de Maurice Delafosse et de Charles Monteil, qui ont repris et critiqué les renseignements fournis par les auteurs arabes al-Bakrī (1040-1094), al-‘Umarī (1301-1348), ibn* Baṭṭūṭa, ibn* Khaldūn, les écrits locaux, ou tarikhs, et la tradition orale entre les mains de familles de griots de certains villages, qui a été largement prospectée ces dernières années. Les sites archéologiques reconnus restent peu nombreux et concernent surtout celui de la capitale supposé, Niani — en Guinée, à la frontière du Mali —, qui a été fouillé en 1923 et plus récemment par une équipe composée de Guinéens et de Polonais (W. Filipowiak).

L’éclosion de l’empire du Mali reste entourée de mystère. Le noyau initial serait dans la région de Bamako, sur la vallée du Niger, province que l’on appelle le Mandé. Si le nom apparaît déjà en 1050 à propos d’un pèlerinage à La Mecque du souverain d’alors — premier converti à l’islām ? —, il faut attendre le xiiie s. pour lui reconnaître une certaine consistance. C’est alors qu’apparaît la figure de Soundiata Keita, véritable héros d’épopée. Il était le dernier de douze enfants royaux qui périrent successivement sous les coups du roi de Sosso, Soumangourou Kanté, qui venait de faire succomber l’empire du Ghāna. En raison de sa faible constitution, il fut épargné, mais il cultiva une indéfectible détermination de revanche, et, grâce à son génie, il parvint à vaincre son ennemi à la bataille de Kirina en 1235. En quelques années seulement, il s’assurait la possession du Ghāna et des royaumes voisins, sans doute jusqu’à l’Océan, et à l’est jusqu’à la zone d’inondation du Niger. La conquête militaire, où les sociétés de chasseurs jouèrent un grand rôle, s’accompagna d’une diaspora au milieu de peuples qui ne sont pas d’origine mandingue.

De cette époque daterait la fondation de la capitale, qui s’appelait aussi Mali et dont on croit pouvoir identifier le site avec celui de Niani sur la Sankarani. Comme dans toutes les constructions en argile, les vestiges ne donnent que des masses informes, et seules des poteries ont pu jusqu’à présent être mises au jour, mais on n’a trouvé aucune stèle funéraire, aucun objet caractéristique, et les datations au carbone n’ont pas encore fourni les indications définitives. Par ailleurs, d’autres sites sont également possibles, vers Kangaba ou Kirina, pour des établissements postérieurs.

Soundiata mourut vers 1255 ; il est dit qu’au cours d’une campagne malheureuse contre les Peuls du Ouassoulou, voisins immédiats à l’est, obligé de retraverser la Sankarani, il se serait noyé.

Les exploits fantastiques de Soundiata sont racontés par les griots de tous les pays où son autorité s’est exercée, et son prestige y est resté immense, à telle enseigne qu’il a pu éclipser en partie celui de ses successeurs qui poursuivirent la formation territoriale de l’Empire comme le fit aussi Mansa Moussa, qui régna de 1312 (?) à 1337 (?). Le renom de ce souverain a dépassé l’Afrique occidentale à l’occasion du fastueux pèlerinage qu’il effectua à La Mecque et au cours duquel il distribua une grande quantité d’or.

Ce fut l’apogée de l’Empire, marquée par son extension territoriale maximale de Dakar à Gao et du Sahel aux abords de la forêt, sans toutefois le bassin des Volta. Toutes les provinces payaient tribut, et celles qui n’avaient pas d’organisation politique étaient sous administration directe. La grande richesse était le commerce avec les pays méditerranéens, commerce alimenté par les exploitations de l’or de Guinée. Les Arabes eurent accès au cœur de l’Empire, et l’un d’eux, originaire de Grenade, construisit les mosquées de Tombouctou, dont le style a inspiré l’architecture dite « soudanaise ». Une civilisation brillante fleurit à cette époque.

Le déclin suivit cependant assez rapidement. Mis à part Mansa Souleiman (qui régna de 1341 env. à 1360) et Moussa II (qui régna de 1374 env. à 1387), les souverains qui se succédèrent eurent peu d’envergure, et l’anarchie s’installa. Par ailleurs, la situation devint difficile aux frontières, avec les Mossis au sud-est, qui s’attaquèrent à Tombouctou en 1337 et exercèrent leur pression tout au long du xve s., alors que les Touaregs s’agitaient aussi jusqu’à s’emparer de Tombouctou en 1435. Mais à l’est, depuis Gao, se développait l’Empire songhai*, qui ne cessa de progresser en amont du Niger jusqu’à piller la capitale du Mali en 1545. Les Peuls du Fouta-Djalon aidèrent aussi au démembrement, et, derniers en date, les Bambaras de Ségou. Ainsi, peu à peu, l’Empire s’effrita-t-il, même si sa face occidentale le long de la Gambie continuait à tenir bon. Au xviie s., il était réduit à son noyau originel, autour de Kangaba, qui est restée en quelque sorte la ville sainte du Mali, et les descendants des empereurs ne faisaient plus figure que de chefs de province.

P. B.

➙ Afrique noire / Ghāna (empire du).

 M. Delafosse, Haut-Sénégal-Niger, t. II : l’Histoire (Larose, 1912). / D. T. Niane, Soundjata ou l’Épopée mandingue (Présence africaine, 1960) ; Recherches sur l’Empire du Mali au Moyen Âge (Présence africaine, 1975). / C. Monteil, les Empires du Mali (Maisonneuve et Larose, 1968).

Mali (république du)

État d’Afrique occidentale.


C’est le plus vaste des États francophones d’Afrique occidentale, mais la moitié de son territoire est désertique ; sans débouché maritime, sa continentalité et ses dimensions constituent autant d’obstacles à son développement.