Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

Malaysia (suite)

La Malaysia orientale

Le Sarawak et le Sabah juxtaposent : une plaine côtière de 30 à 60 km de large dont le tiers est marécageux ; une bande de basses collines ; la chaîne frontière avec Kalimantan (Bornéo indonésien), les monts Kapuas.

La pénétration vers l’intérieur est malaisée : rivières barrées à leur embouchure par des bancs de sable, coupées, à l’amont, de rapides. Le Rajang est navigable pour petits bateaux de mer jusqu’à Sibu (96 km), mais son delta est marécageux ; le Kinabatangan porte des chaloupes sur 200 km. La population est peu nombreuse : la densité moyenne est seulement de 8 habitants au kilomètre carré.

Sarawak (125 000 km2), qui fut longtemps la propriété de la famille Brooke, a l’essentiel de sa population (1 million d’hab.) dans le sud-ouest, où se trouve la capitale, Kuching. Il faut importer du riz de Thaïlande. Les small holdings d’hévéas couvrent 120 000 ha. Le caoutchouc, le poivre et des produits forestiers sont exportés. La côte a une population très variée de Malais, de Chinois, de Dayaks islamisés ; l’intérieur est habité surtout par les Ibans, groupe dayak qui pratique une culture sur brûlis réellement itinérante.

Sabah (800 000 hab. sur 76 000 km2), ancienne possession de la British North Borneo Company, a deux secteurs peuplés : la région de Sandakan et les terres autour de la voie ferrée reliant Weston à Kota Kinabalu (anc. Jesselton), la capitale. Rizières et ladangs ne fournissent que les deux tiers des besoins en paddy. L’hévéa occupe 70 000 ha. Sabah produit encore du tabac de qualité, du cacao. Le Sarawak et le Sabah produisent environ 50 000 t de caoutchouc.

La Malaysia est, en dépit des disparités, l’État le plus prospère de l’Asie du Sud-Est : le produit national brut par tête dépasse 500 dollars. Les voies de communication sont excellentes dans la péninsule ; les liaisons aériennes, bien assurées ; l’administration, efficace. Mais le danger d’un conflit ethnique existe. La prospérité est fragile.

J. D.


L’histoire de la Malaysia

Plus que tout autre point de l’Asie du Sud-Est, la Malaysia est un carrefour où, tout au cours des âges, les autres grandes civilisations de l’Asie, l’islamique, la chinoise et l’indienne, se sont rencontrées.


Préhistoire et protohistoire

Dès les temps les plus reculés, il semble que la péninsule ait joué ce rôle de lieu de passage. Les préhistoriens y ont retrouvé divers outillages qui leur ont permis de supposer une série de « migrations » successives : coups-de-poing paléolithiques de Kota Tampan (dans le Perak), lames hoabinhiennes de Kedah, Kelantan et Pahang, haches à tenon de Guak Kepah et haches quadrangulaires. À signaler, au Sarawak, l’important site de la grotte de Niah, récemment fouillé par T. et B. Harrison et dont la stratigraphie intéresse la préhistoire de l’Asie du Sud-Est tout entière.

L’âge du bronze est représenté par une cloche (trouvée à Klang) et par plusieurs « tambours » semblables à ceux de Dông Son*.

On a voulu mettre en rapport avec ces âges reculés les quelques ethnies résiduelles (orang asli) qui se maintiennent encore dans les forêts du centre de la péninsule. En 1965, on évaluait leur nombre à quelque 45 000 : moins de 1 500 Négritos (reliquat d’une antique migration mélanésienne ?), vivant de chasse et de cueillette et nomadisant à la frontière du Nord ; 26 000 Senois (linguistiquement apparentés aux Môn-khmers, dont on trouve les principaux descendants au Cambodge), vivant d’une culture itinérante sur brûlis, à la limite du Perak et du Pahang ; 18 000 Proto-Malais enfin, sédentarisés dans le sud de la péninsule et en voie de rapide acculturation.


La « Chersonèse d’Or »

L’indianisation, ce phénomène majeur qui a profondément marqué l’histoire de l’Asie du Sud-Est depuis le début de notre ère jusqu’au xive s., ne semble pas avoir marqué les territoires de la future Malaysia au même titre que le Cambodge* ou Java*. On ne trouve point ici de grands ensembles comme Angkor* ou le Bārābudur*, tout au plus les fondations de deux modestes petits sanctuaires, celui du chaṇḍi Bukit Batu Pahat (Kedah) et celui de Santubong (Sarawak). Quelques inscriptions sur pierre, rédigées en sanskrit, dans des écritures dérivées de modèles indiens, ainsi que plusieurs statuettes en bronze (dont celle du Bouddha de Pengkalan, Ipoh, Perak) attestent néanmoins de façon incontestable la présence de la culture indienne. On montre encore à Malacca (Malaka) une tête de makara en pierre qui a dû appartenir à un grand édifice indianisé. Ces divers indices, et plus particulièrement la stèle trouvée à Ligor (en Thaïlande) [datée de 775], ont permis d’inférer que, durant cette première période, plusieurs comptoirs de la péninsule ont dû relever de l’autorité du souverain du royaume de Śrīvijaya, dont la capitale était sur la côte sumatranaise d’en face, à l’emplacement de l’actuelle Palembang. On peut supposer que, dès cette époque, plusieurs populations sumatranaises passèrent le détroit pour venir s’installer en péninsule, selon un mouvement migratoire qui ne fit que s’intensifier par la suite.

Les navires indiens n’étaient pourtant pas les seuls à gagner l’Asie du Sud-Est ; dès le iiie s., les sources chinoises attestent que des relations s’étaient également établies avec la Chine et donnent le nom de plusieurs comptoirs (Dun-sun, Du-kun, Chi-tu), que les sinologues ont essayé, non sans peine, de situer sur la carte de la péninsule (la dernière tentative en date, la plus remarquable, est celle de P. Wheatley). Non seulement des marchands chinois, mais des pèlerins bouddhistes, se rendant en pèlerinage en Inde, faisaient escale dans ces ports.

Un problème se pose, celui du soudain essor de cette route maritime. Une hypothèse, suggérée par G. Coedès et reprise récemment par T. Harrison, l’explique par l’importance prise alors par les mines d’or de l’archipel (et tout spécialement par celle du nord de Bornéo). C’est ce qui expliquerait le nom de « Chersonèse d’Or », que Ptolémée donne à la péninsule dans sa Géographie (iie s. apr. J.-C.).