Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

Magritte (René)

Peintre belge (Lessines 1898 - Bruxelles 1967).


Maître du surréalisme, pour lequel il invente un langage pictural où la fidélité aux apparences sert à mieux piéger l’insolite, Magritte, comme Delvaux*, est né en Wallonie et n’a guère d’affinités avec l’expressionnisme flamand. Son enfance, marquée par le suicide de sa mère (1912), se déroule à Gilly et à Châtelet. À partir de 1913, il est lycéen à Charleroi, où Rimbaud, en 1870, mangeait des tartines de jambon au Cabaret Vert en contemplant « [...] les sujets très naïfs de la tapisserie [...] ». L’adolescent Magritte découvre à la fois l’amour (sa future épouse, Georgette Berger), la peinture et le cinéma (Fantomas, que, trente ans plus tard, évoque sa toile le Retour de flamme [coll. E. Langui, Bruxelles]). À partir de 1916, il fréquente de façon intermittente l’académie des Beaux-Arts de Bruxelles, où professent les peintres symbolistes Gisbert Combaz et Constant Montald. Son amitié avec Victor Servranckx date de ces années d’étude, et tous deux, de 1922 à 1925, travaillent pour une manufacture de papiers peints. Magritte s’intéresse au cubisme, au futurisme, découvert grâce à Pierre Louis Flouquet (qui bientôt abandonnera la peinture pour la poésie), et se passionne comme Servranckx pour l’abstraction. Ses amis appartiennent à l’avant-garde littéraire — Pierre Bourgeois, Camille Goemans, Marcel Lecomte, Paul Nougé, E. L. T. Mesens —, et il participe au lancement de tracts et de revues (Période, Correspondance, Œsophage, etc.) à travers lesquels dada* et le surréalisme* s’affirment en Belgique.

La plupart de ses œuvres antérieures à 1925 ont été détruites. Sa première toile purement surréaliste, le Jockey perdu (coll. Mme Robert Michel), est de 1926, mais, depuis 1922, la vue d’une peinture de De Chirico*, le Chant d’amour (1914), a changé sa conception des buts de la peinture. À travers les fragments de colonnes et de statues si souvent représentés dans ses œuvres passe le souvenir de la « peinture métaphysique ».

À partir de 1925-26, un contrat avec la nouvelle galerie du Centaure à Bruxelles, où se tiendra sa première exposition, lui permet de travailler sans inquiétude financière. Déçu par les critiques, Magritte gagne Paris (août 1927), où se trouve déjà son ami Camille Goemans. Tous deux participent aux activités du groupe surréaliste, dont les peintres exposeront dans la galerie ouverte par Goemans rue de Seine. Magritte est particulièrement lié avec Paul Éluard*. Ces années parisiennes sont extrêmement productives. Certaines compositions (le Démon de la perversité, 1928, musées royaux des Beaux-Arts, Bruxelles) montrent des recherches proches de celles d’Arp*, mais, dans l’ensemble, tout le vocabulaire pictural du maître belge se compose à cette époque : homoncules coiffés d’un chapeau melon, torses féminins, clefs, nuages, tubas, portes entrouvertes, etc.

En 1929, une première brouille avec André Breton* incite Magritte à revenir en Belgique, qu’il ne quittera plus, sinon pour de brefs voyages. Ses logis, rue Esseghen, puis rue des Mimosas, accueillent tous ceux qui défendent le surréalisme à travers les arts et les lettres, et particulièrement les poètes Louis Scutenaire, Paul Colinet, Marcel Mariën.

Les œuvres de Magritte cherchent à mettre en évidence des contradictions génératrices de rêves : ainsi avec la chaise et le tuba flottant dans l’azur du Temps menaçant (1928, coll. priv.). Dans les six compartiments de la Clef des songes, ce sont les divergences et les rapports secrets existant entre les mots et les objets qui sont étudiés avec une attention extrême.

Les tons volontairement neutres du début font place à des couleurs plus fraîches : bleu céruléen, rose ou vert léger. Aux dissonances narquoises de l’humour dada (le Viol, 1934, coll. Georges Melly) succèdent des préoccupations plus philosophiques, posant le problème de la perception des objets par l’esprit et par les sens : ainsi des chaussures à orteils du Modèle rouge (1937, fondation Edward James, Sussex).

Pendant la guerre apparaît un hiatus dans l’œuvre très cohérente de Magritte : c’est la période dite « impressionniste », où l’artiste abandonne sa précision réaliste pour une technique floue inspirée des derniers Renoir. Magritte revient ensuite à sa manière précédente et crée des chefs-d’œuvre jusqu’à sa mort. Mais son inspiration s’est assombrie ; une note d’humour dada caractérise encore certains tableaux (interprétation du Balcon de Manet, où des cercueils remplacent les personnages), tandis que d’autres œuvres semblent habitées de fantômes : la maison rose dans l’ombre des arbres de l’Empire des lumières (1954, musées royaux, Bruxelles) est noyée de la même aura inquiétante que la Maison du mystère du symboliste William Degouve de Nuncques (1892, musée Kröller-Müller, Otterlo). Il ne s’agit pourtant pas d’un retour au symbolisme, toujours refusé par Magritte (« comment peut-on se délecter à interpréter des symboles ? »), mais de l’évocation presque magique des menaces d’un monde invisible, matérialisées ailleurs par des rochers lunaires et des oiseaux géants, univers de terreurs sournoises où Magritte semble rejoindre l’Edgar Poe du domaine d’Arnheim.

S. M.

➙ Symbole.

 P. Nougé, René Magritte ou les Images défendues (Éd. La Boétie, Bruxelles, 1943). / M. Marien, Magritte (Éd. La Boétie, Bruxelles, 1945). / P. Waldberg, René Magritte (De Rache, Bruxelles, 1965). / S. Gablik, René Magritte (Londres, 1970). / R. Passeron, René Magritte (Filippachi, 1971). / D. Larkin, Magritte (Éd. du Chêne, 1975). / B. Noël, Magritte (Flammarion, 1976).

Mahābalipuram ou Mahāvalipuram

Village et important site archéologique de l’Inde, sur la côte de Coromandel, à environ 50 km au sud de Madras.



Le site

Mahābalipuram, ou encore Māmallapuram (la « ville du Malla », allusion au souverain pallava Narasiṃhavarman Ier Mahāmalla [630-668]), est aussi connu sous le nom des « Sept Pagodes », que lui donnèrent les premiers visiteurs européens... Il ne subsiste que quelques traces des aménagements hydrauliques de la cité, qui, après avoir été vraisemblablement en contact avec le commerce romain, devait devenir l’un des ports les plus importants et les plus riches du royaume des Pallava. Par contre, la plupart des fondations religieuses demeurent ; d’inspiration brahmanique, elles attestent la haute qualité de l’art pallava des viie-viiie s. Le site archéologique comprend essentiellement quatre groupes de monuments d’importance et d’étendue variables. Si le groupe ouest ne présente qu’un intérêt modeste, les trois autres sont justement célèbres : au sud, les cinq monolithes ; à l’est, le temple du Rivage et, occupant une position centrale, un vaste ensemble érigé ou plus souvent excavé sur une colline granitique haute d’une trentaine de mètres et de quelque 800 m de long sur 400 m de large.