Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

anthropologie physique (suite)

Système nerveux

La manifestation de différences raciales dans la sensibilité nerveuse et le psychisme semble incontestable, bien que difficile à mettre en évidence avec exactitude. Des recherches sur le réflexe oculo-cardiaque et sur celui de la contraction ou de la dilatation de l’iris de l’œil ont montré que les réactions des Blancs, des Jaunes et des Noirs n’étaient pas les mêmes : des injections d’atropine ralentissent le rythme cardiaque des Jaunes et des Noirs plus que celui des Blancs ; sous l’action de l’atropine instillée dans les yeux, l’iris des Blancs se dilate trois fois plus que celui des Jaunes et six fois plus que celui des Noirs. Les vitesses de réaction aux excitations auditives, visuelles ou électriques viennent confirmer ces différences dans le tonus nerveux : les Blancs sont toujours plus rapides que les Jaunes et les Noirs.

Malheureusement, les expériences de ce genre sont rares et ont été souvent faites sur un très petit nombre de cas, dans des conditions qui ne sont pas toujours identiques ; les résultats des comparaisons en sont faussés d’autant, et il semble prématuré d’en tirer des conclusions définitives sous l’angle racial. Il en va de même pour l’étude comparée du psychisme, qui ne nous est guère accessible que par l’emploi de tests d’intelligence, imaginés par des Blancs, et dont l’application à des populations de culture et de genre de vie complètement opposés pose des problèmes à peu près insolubles et risque fort de donner des résultats entièrement faux.


Organes des sens

La vision, la sensibilité à la douleur, les sens tactiles, l’audition, l’odorat et le goût accusent également des différences manifestes de fonctionnement.

La meilleure acuité visuelle des Noirs vis-à-vis des Blancs, avec comportement intermédiaire du mulâtre, paraît s’expliquer, du moins partiellement, par une transparence accrue de la cornée, du cristallin et de l’humeur vitrée chez le Noir, ainsi que par la plus forte pigmentation de l’œil, qui annule la production sur la rétine des phénomènes d’irradiation irrégulière. On constate aussi des inégalités dans les perceptions de la couleur : certains Papous isolent mal le bleu du vert, du violet ou des autres couleurs peu lumineuses ; les Vietnamiens n’ont qu’un même mot pour désigner les diverses teintes du bleu et du vert. En résumé, les vocabulaires primitifs, comme d’ailleurs les vieux textes des Veda ou de l’Ancien Testament, ne disposent de mots particuliers que pour le noir, le blanc et le rouge ; le jaune, le vert et le bleu n’apparaissant que secondairement, et dans l’ordre ci-dessus.

De nombreuses observations concordantes en médecine et en chirurgie suggèrent l’idée que les populations blanches ont une sensibilité à la douleur plus forte que celle des Noirs ou des Jaunes. Plusieurs expériences par des tests de douleur (compression du nerf facial dans la région mastoïdienne ou intensité de la réaction à une pression déterminée) confirment ce fait. Qu’il soit partiellement dû à la race semble vraisemblable, mais il est indéniable qu’il faille aussi tenir compte du genre de vie et de plusieurs facteurs culturels : on s’endurcit à la douleur par accoutumance, et il existe bien des civilisations archaïques dans lesquelles l’extériorisation de la douleur équivaut pour l’individu qui s’y laisse aller de façon perceptible par les autres à une véritable exclusion de la communauté.

Le toucher, l’odorat, l’audition et le goût ne détiennent certainement pas la même acuité dans toutes les populations, mais nous ne possédons que des renseignements superficiels sur leurs possibles variations. Des quelques rares observations paraissant assez sérieuses, on peut néanmoins supposer que, si la sensibilité tactile et l’odorat sont plus faibles chez les Blancs que chez les peuples de couleur, en revanche les premiers ont un sens auditif plus fin que les seconds. Quant au goût, les expériences à la phénylthiocarbamide (substance pouvant être perçue comme très désagréable par certains ou comme insipide par d’autres) montrent que les proportions de goûteurs et de non-goûteurs varient suivant les races : les Mongoliques, par exemple, ont un taux de goûteurs supérieur à celui des Blancs.

Toutefois, là encore, sauf peut-être pour le test à la phénylthiocarbamide, il s’avère difficile — pour ne pas dire impossible — de savoir dans quelle mesure ces phénomènes ne sont pas influencés plus par l’entraînement consécutif au genre de vie que par un facteur racial.


Glandes à sécrétion interne

Les principales glandes endocrines (hypophyse, thyroïde, parathyroïde, îlots de Langerhans du pancréas, capsules surrénales, glandes génitales) commandent la plupart des mécanismes physiologiques de l’organisme humain. Leur action sur les phénomènes de croissance comme sur ceux qui dirigent la morphogenèse a induit à penser que ces glandes jouaient un rôle de premier plan dans la différenciation des types humains. D’où l’hypothèse d’Arthur Keith (1866-1955), suivant laquelle les particularités propres à chaque grand groupe racial dépendraient de la déficience ou de la prépondérance, dans l’équilibre physiologique général, d’une glande endocrine déterminée. Les mongoloïdes seraient des hypothyroïdiens, une partie des Blancs des hyperpituitaires, les Noirs d’Afrique et les Australo-Mélanésiens à la fois des hyposurrénaux et des hyperpituitaires. Théorie séduisante assurément, mais qui s’inspire de données pathologiques ou de résultats provoqués par l’ablation ou la greffe de tel ou tel organe glandulaire. Peut-on l’appliquer à l’Homme normal ? Du point de vue pathologique, à l’époque de Keith, où l’anomalie chromosomique de ceux qu’on appelle des « mongoliens » n’avait pas encore été détectée, on insistait beaucoup sur le fait que ces malades étaient des hypothyroïdiens, chez lesquels la dysfonction glandulaire avait produit, entre autres symptômes, une modification morphologique du faciès : les Blancs qui étaient atteints de cette maladie présentaient, en effet, une certaine ressemblance avec les Mongols, d’où le nom de « mongoliens ». Cela rejoint l’interprétation de Keith considérant les Jaunes typiques, ou Mongols, comme des hypothyroïdiens normaux. Bien que rares encore, des recherches ont effectivement abouti à reconnaître sur la thyroïde des mongoloïdes quelques caractères en faveur de cette hypothèse : faible développement anatomique de la glande, structure histologique embryonnaire, grande richesse en iode, indiquant une activité fonctionnelle réduite. D’autres indices d’insuffisance thyroïdienne existent encore chez les Jaunes : faible métabolisme basai, lenteur des réactions, fréquence du myxœdème hypothyroïdien et rareté de l’hyperthyroïdisme.