Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
M

machinisme agricole (suite)

La déshydratation apporte une solution technique très intéressante au problème de la récolte des fourrages. Mais la technique garde un caractère industriel et traite surtout la luzerne, en vue de la fabrication des aliments du bétail, et la pulpe de betterave. Le principe est simple. On récolte le fourrage vert, au stade optimal, à l’aide d’une récolteuse-hacheuse-chargeuse analogue à celle que l’on utilise pour la voie humide (v. plus loin). Le produit haché contenant 70 à 90 p. 100 d’eau est amené par remorques à la déshydratation, approvisionnée par un tapis élévateur. Le produit humide est convoyé pneumatiquement par un courant d’air chauffé initialement par un brûleur à fuel à plus de 800 °C. Chaque particule reste en contact un temps très bref avec les gaz à haute température pour éviter le grillage. À la sortie, le produit ne contient plus que 8 à 9 p. 100 d’eau. On le broie alors en farine que l’on compacte dans une presse en ajoutant éventuellement un liant (vapeur d’eau, mélasse). Cette forme agglomérée facilite les manutentions. Le stockage s’effectue après refroidissement en cellules ventilées.

Cette technique réduit les pertes à une valeur très faible, mais exige des installations industrielles. Généralement les agriculteurs vendent leur fourrage sur pied à une usine de déshydratation qui possède le matériel de récolte et la déshydrateuse. Quelques agriculteurs ont réussi cependant à monter des coopératives de déshydratation dont les membres utilisent le produit déshydraté pour la nourriture de leurs animaux.

• Voie humide. Une seule machine effectue la récolte : la récolteuse-hacheuse-chargeuse, ou ensileuse mobile. Après quelques tâtonnements, la technique s’est orientée vers l’ensileuse à couteaux, seule capable de réaliser le hachage fin et régulier nécessaire pour réussir l’ensilage. Cette machine comporte plusieurs parties dont les fonctions sont bien distinctes. La coupe s’effectue par une lame munie de sections à bords tranchants et animée d’un mouvement alternatif (comme sur une faucheuse). Dans le cas où le fourrage subit un préfanage (légère dessiccation préalable abaissant le taux d’humidité de 80 à 65 p. 100 par exposition à l’air ambiant), les organes de coupe sont remplacés par un organe de ramassage à doigts mobiles escamotables (comme sur une ramasseuse-presse). Dans le cas du maïs-fourrage, les organes de ramassage sont d’un type particulier : ils comportent deux becs profilés entourant un rang de mais, des chaînes d’amenée latérale et une barre de coupe très courte. La même machine de base peut être équipée d’une barre de coupe ou d’un système de ramassage ou de becs à maïs.

Le produit coupé ou ramassé est conduit au système de hachage par des ameneurs à mouvements divers. Le hachage est généralement réalisé par des couteaux montés en hélice sur un tambour en rotation rapide en face d’un contre-couteau fixe, mais réglable. Le souffle produit par la rotation est suffisant pour expulser le fourrage haché vers une remorque.

Le fourrage finement haché est ramené à la ferme et introduit dans un silo. Si le milieu est anaérobie, on voit généralement s’installer une fermentation lactique transformant le fourrage humide en un produit stable, apprécié des animaux, que l’on appelle ensilage.

Il existe plusieurs types de silos. Le silo vertical, en forme de tour, métallique et étanche, apporte une solution techniquement valable au problème de l’ensilage : le chargement est facile à mécaniser à l’aide d’une souffleuse, le tassement se fait par gravité, l’anaérobiose peut être parfaite, le déchargement mécanique est possible. Malheureusement, le silo-tour et ses équipements de manutention sont trop coûteux en investissements pour la plupart des élevages français. On utilise plus couramment le silo horizontal, tranchée (en creux) ou couloir (en élévation), voire le simple tas placé sur une aire bétonnée, étanchéifié par un film mince en matière plastique.

Le tassement de la masse s’effectue au tracteur, ou parfois en faisant un vide partiel à l’intérieur de l’enveloppe étanche. Le chargement des silos s’effectue par bennage des remorques, mais le goulet d’étranglement du chantier se situe au niveau de la répartition sur le tas et du tassement. Le déchargement est encore rarement mécanisé, bien qu’il existe quelques désileuses pour silos horizontaux. Parfois, les animaux eux-mêmes s’alimentent au silo, en libre service.

• Une technique qui se cherche : la récolte des légumes
La récolte des légumes s’est mécanisée beaucoup plus tardivement que celle des autres produits agricoles. Une des raisons de ce retard provient de la structure et de la situation des exploitations horticoles, de faibles dimensions et situées près des villes, mais, à partir du moment où l’on envisage la culture de plein champ sur des grandes surfaces, la mécanisation s’impose, accélérée par les problèmes de main-d’œuvre. Cette mécanisation est généralement très difficile en raison de deux facteurs principaux :
— la fragilité de certains légumes, soit directement (traumatismes divers entraînant des détériorations rapides), soit indirectement (fermentation rapide du produit ou des déchets) ;
— l’échelonnement des maturités, pour certains autres.

Ces contraintes techniques ont des conséquences immédiates sur la récolte mécanique des légumes :
— la machine doit être rapide, mais non brutale, et effectuer toutes les opérations en un seul passage ;
— la machine très polyvalente n’est guère concevable ;
— la mécanisation de la récolte est très fortement dépendante de la conduite de la culture et de la sélection des variétés (critères de forme, de résistance mécanique, d’échelonnement de maturité, etc.).

• Légumes enterrés : carottes, endives, navets, oignons, radis, etc. Le problème à résoudre se rapproche de celui qui est rencontré avec la betterave sucrière : il faut récolter, sans blessures, la partie enterrée, et éliminer la partie hors sol (les « verts »). Généralement, on opère à l’inverse de la récolte des betteraves ; le légume est saisi par des courroies sans fin ou des rouleaux, et la partie aérienne est éliminée dans la machine. Les betteraves fourragères se récoltent selon le même principe. Après décolletage, les légumes sont secoués, nettoyés et éventuellement triés par des ouvriers servant la machine (comme sur les arracheuses-trieuses de pommes de terre). Les difficultés les plus grandes ont été rencontrées pour les oignons, surtout si l’on doit faire la récolte en deux temps en laissant sécher au sol après soulevage.

On peut considérer en 1972 que la récolte des légumes de ce type est totalement mécanisable.

• Légumes à feuilles : céleris-branches, choux, épinards, laitues, etc. Cette fois, c’est la partie aérienne que l’on veut ramasser.

Pour les épinards, on emploie très couramment une récolteuse-chargeuse déportée avec barre de coupe spéciale et élévateur-chargeur. Pour les céleris-branches, seuls des prototypes existent aux États-Unis, ce sont des machines à courroies de préhension.