Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

anthropologie physique (suite)

Les variations de couleur s’étendent aux yeux et aux cheveux, franchement moins accentuées cependant que sur la peau. Il n’y a guère que parmi les populations européennes qu’on voit se produire une dépigmentation déterminant, au niveau des yeux, l’apparition des tonalités bleu avec leurs variantes, le gris ou le vert, et, au niveau des cheveux, la coloration blonde avec la gamme des châtains plus ou moins clairs.


Forme des cheveux

En dehors de la couleur, les cheveux varient en abondance, et surtout présentent des différences de forme qui se rangent en trois catégories : cheveux droits à section arrondie, que possèdent la plupart des Jaunes et quelques Blancs ; cheveux plus ou moins ondulés à section circulaire, caractéristiques de la grande majorité des Blancs ; cheveux frisés ou crépus à section ovalaire, qui sont rencontrés, les premiers chez les Australiens et les Mélano-Indiens, les seconds chez les Mélanésiens (crépus longs) et chez les Noirs d’Afrique (crépus courts).


Proportions de la tête

L’indice céphalique, imaginé par le Suédois Anders Retzius (1796-1860) en 1842, compare la largeur de la tête à sa longueur suivant la formule

Il permet de distinguer : les dolichocéphales, têtes longues ou étroites (indice jusqu’à 75,9) ; les mésocéphales, têtes moyennes (de 76 à 80,9) ; les brachycéphales (à partir de 81). C’est un des caractères les plus utilisés en anthropologie (v. fig.).

Dans l’euphorie qui succéda à la découverte de cet indice, on avait cru qu’il suffisait à lui seul pour déterminer tous les groupes humains : c’était l’époque où l’on qualifiait les Noirs de dolichocéphales, les Blancs de mésocéphales, les Jaunes de brachycéphales. La répartition est en réalité plus complexe. Si la dolichocéphalie définit dans leur ensemble les Mélanodermes d’Afrique et d’Océanie, on a cependant détecté chez plusieurs peuplades africaines la présence d’une nette mésocéphalie, susceptible de parvenir à la brachycéphalie. Parmi les Jaunes, les types mongols sont effectivement fortement brachycéphales, mais l’indice s’abaisse sensiblement chez les Japonais, les Indonésiens et certains Amérindiens, dont les Esquimaux, pour la plupart dolichocéphales. Dans le groupe blanc, la variabilité des dimensions de la tête atteint son maximum, et l’indice céphalique permet en général une bonne discrimination raciale. Sa distribution en Europe souligne l’existence de plusieurs blocs relativement localisés, les uns dolichocéphales, correspondant aux zones nordique et méditerranéenne, les autres brachycéphales, s’étendant sur le centre européen, principalement dans le Massif central et les Alpes, avec adjonction de la Laponie, petite région où la brachycéphalie atteint son point culminant.

Comme on le voit, la valeur taxinomique de ce caractère s’exprime non au niveau des grands groupes, mais à celui de leurs subdivisions essentielles. Encore faut-il ajouter qu’il ne semble pas aussi immuable qu’on le pensait autrefois, et qu’il accuse, en dehors du facteur racial, certaines variations en fonction de l’âge, du sexe et aussi du temps, dont on doit tenir compte si l’on veut apprécier la qualité différentielle de ce caractère.


Proportions et forme de la face

Comme pour la tête, on calcule pour le massif facial un indice qui rapporte sa largeur à sa hauteur, et se répartit aussi en trois catégories : les euryprosopes, faces larges ou basses (indice jusqu’à 83,9) ; les mésoprosopes, faces moyennes (de 84 à 87,9) ; les leptoprosopes, faces étroites ou hautes (à partir de 88).

Dans les groupes humains, les euryprosopes se rencontrent essentiellement parmi les Jaunes, chez lesquels la face peut être soit large et moyennement haute (Mongols), soit large et très haute (Esquimaux et quelques Amérindiens). Les Noirs d’Afrique et d’Océanie sont mésoprosopes ou légèrement euryprosopes. Chez les Blancs, on trouve des faces hautes et étroites dans les populations nordique et méditerranéenne, plus spécialement parmi les Nord-Africains et les Bédouins de l’Asie antérieure ; l’Alpin est méso-leptoprosope et le Dinarique franchement leptoprosope.

À côté de ses proportions relatives, la face peut être projetée en avant (prognathisme des Noirs), ou bien aplatie (opisthognathisme des Jaunes), ou encore sensiblement dans le prolongement du front (orthognathisme des Blancs). D’autre part, les pommettes se signalent parfois par une sorte de saillie vers l’avant et vers l’extérieur : disposition caractéristique des Jaunes, que l’on retrouve, estompée, chez les Bochimans, les Négrilles et quelques Noirs d’Afrique.


Forme des yeux

L’œil dit « mongolique », parce qu’il particularise les Jaunes typiques en les opposant aux Blancs comme aux Noirs, dépend de trois éléments : d’abord une direction oblique de la fente palpébrale, ensuite un repli supplémentaire de la paupière, qui retombe jusqu’à masquer partiellement ou totalement les cils, enfin l’existence de la bride mongolique, ou repli orbito-palpébral, qui cache la caroncule lacrymale du bord interne de l’œil et s’accompagne d’un boursouflement adipeux de la paupière supérieure. Cette triple association ne se montre constante que chez certains Mongols du Nord (Toungouses, Bouriates, Samoyèdes) ; sa fréquence diminue chez les Chinois, encore plus chez les Japonais et les Indonésiens, pour devenir à peu près nulle chez les Polynésiens. On la retrouve chez les Esquimaux, mais elle s’estompe notablement dans la plupart des populations amérindiennes. L’œil mongolique vrai n’existe ni dans le groupe blanc ni dans le groupe noir.


Proportions et forme du nez

Le profil du nez peut être concave, droit ou convexe, son extrémité arrondie ou pointue, sa base relevée, horizontale ou plongeante. Ses proportions accusent de très importantes variations, qu’on a précisées par un indice nasal, qui représente le rapport de sa largeur à sa hauteur et permet de distinguer : les leptorhiniens, nez étroits ou hauts (indice jusqu’à 69,9) ; les mésorhiniens, nez moyens (de 70 à 84,9) ; les platyrhiniens, nez larges ou bas (à partir de 85).