Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

Lysippe

En gr. Lysippos, sculpteur grec (Sicyone, près de Corinthe, v. 390 av. J.-C. - ?).


Son activité exceptionnellement féconde — la tradition lui attribue plus de 1 500 œuvres — s’étend sur une grande partie du ive s. av. J.-C., depuis la statue de Pélopidas consacrée à Delphes peu après 369 jusqu’au groupe illustrant la Chasse de Cratère, exécuté pour le même sanctuaire avec la collaboration de Léocharès vers 320, ou au Séleucos Ier Nikatôr, et son influence fut prépondérante sur l’art de toute la période hellénistique*. Il exécuta des commandes pour de nombreuses cités grecques avant de s’attacher à la cour de Macédoine et plus particulièrement à Alexandre. Il travailla surtout le bronze ; aucun original ne nous est parvenu, et son œuvre ne nous est souvent connue que par des copies romaines.

Il montra une prédilection pour la représentation des corps athlétiques et adopta un canon différent de celui de Polyclète* : les corps sont plus minces, plus sveltes, les membres plus allongés, les têtes plus petites, aux yeux profondément enfoncés. L’Apoxyomenos, jeune athlète qui, après l’exercice, enlève au strigile l’huile dont il s’est enduit, tend en avant son bras droit, tandis que le gauche barre presque horizontalement la poitrine. Le poids du corps ne repose pas complètement sur la jambe d’appui, ce qui donne à la figure une allure dansante ; l’artiste note ainsi l’imminence d’un mouvement et anime son personnage, impression accentuée par le geste des bras, qui rend plus sensible la profondeur. Avec Lysippe, la statuaire grecque prend possession de la troisième dimension.

L’Ex-voto des Thessaliens de Delphes nous permet d’entrevoir plus clairement l’art de Lysippe : les neuf statues qui le composaient, copies en marbre d’un groupe de bronze érigé dans sa patrie à la demande de Daochos II de Pharsale, représentaient les effigies de la famille et des ancêtres de celui-ci ; elles ont été exécutées non par le maître lui-même, mais par son atelier. L’Hagias, lutteur victorieux au pancrace, se dresse nu, après l’épreuve, prêt à reprendre le combat ; l’expression obstinée, un peu inquiète de l’athlète, sa musculature souple et puissante, son élan comme suspendu dénoncent l’énergie et la force contenues du pugiliste.

Lysippe renouvela aussi l’iconographie divine ; il sculpta ainsi des statues de dieux — Zeus pour Tarente, Sicyone et Argos, Poséidon pour le sanctuaire de l’isthme de Corinthe, Éros pour Thespies — ou encore une allégorie comme le Kairos, le génie de l’« Occasion qui passe ». Il s’attacha tout particulièrement à la personnalité d’Héraclès, qu’il représenta à divers moments de son existence : l’Héraclès Farnèse, accablé par le fardeau de ses travaux et aspirant à la délivrance ; l’Héraclès Epitrapezios, statuette créée pour Alexandre, montrant le héros comblé festoyant à la table des dieux.

Il fut le portraitiste attitré d’Alexandre, qu’il suivit au moins au début de son expédition. Le plus célèbre de ces portraits est l’Alexandre à la lance, dont l’Hermès Azara du Louvre nous conserve le souvenir, avec la tête penchée sur l’épaule gauche, le regard humide tourné vers le ciel. On lui attribue les originaux de nombreux autres portraits remarquables à la fois par leur réalisme et par l’idéalisation du modèle.

O. P.