Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

Lyon (suite)

Crises et renouveau (xvie-xxe s.)

La vie intellectuelle de la ville, animée par Marguerite de Navarre, par Étienne Dolet (1509-1546) et par Sébastian Gryphe (1493-1556) est particulièrement intense au xvie s. ; c’est l’époque de l’école lyonnaise, illustrée par Maurice Scève (1501 - v. 1560), Barthélemy Aneau († 1561), Antoine Héroët (v. 1492-1568), Pernette du Guillet (v. 1520-1545) et « la Belle Cordière », Louise Labé (1524-1566). Favorisée par l’augmentation de la population (40 000 hab. en 1515, 50 000 en 1550, 60 000 en 1610, 90 000 en 1700, 120 000 en 1815) et par la croissance d’un prolétariat ouvrier non encadré par des corporations, facilitée enfin par l’émeute de la faim de 1529, la propagation de la Réforme aboutit aux révoltes religieuses de 1562-63 et politiques de 1589. Perdant sa situation privilégiée de ville frontière du fait de l’annexion de la Bresse en 1601, définitivement supplantée par Paris comme capitale financière du royaume lors de la crise de 1709, la ville est étroitement contrôlée par les intendants (Trudaine, Bertin, Fiesselles). Elle devient en 1790 le chef-lieu du département de Rhône-et-Loire. Girondine, refusant les excès de la dictature jacobine de J. Chalier en 1793, elle se révolte contre ce dernier le 29 et le 30 mai, et le fait guillotiner le 16 juillet. Assiégée par les troupes de la Convention (8 août - 7 oct.), rebaptisée le 12 octobre Commune-Affranchie et réduite alors au seul ressort de l’actuel département du Rhône, elle connaît la Terreur montagnarde de Collot d’Herbois et de Fouché. De nouveau « Lyon » après le 9-Thermidor, elle élit des députés royalistes en 1796, puis républicains en 1797.

Elle reprend son essor au temps du Consulat et de l’Empire grâce à l’introduction du métier Jacquart. Lyon devient une ville industrielle ; le tissage et la teinture attirent des milliers d’ouvriers : la population dépasse 100 000 habitants au milieu du xviiie s. Momentanément affaiblie par les révoltes des canuts* en 1831 et en 1834, elle est sous le second Empire un grand centre ferroviaire et bancaire grâce à la construction du P. L. M. et à la fondation du Crédit Lyonnais en 1863. En 1869, l’ouverture du canal de Suez facilite son accès au marché extrême-oriental de la soie. Cette industrie textile sera très peu affectée par l’invention de la machine à vapeur : les immeubles de la Croix-Rousse ont été construits pour des tisseurs travaillant à bras, et la fabrique du xixe s. conserve les structures artisanales du travail à façon. Cependant, la grande industrie s’impose peu à peu, d’abord dans la fabrication de certains produits chimiques, puis dans la teinture, la mécanique, la construction électrique, les filatures de fibres artificielles et synthétiques, etc. La ville occupe alors la rive gauche du Rhône, la Guillotière et les Brotteaux, Monplaisir et Gerland : sa population, qui a dépassé 250 000 habitants au milieu du xixe s., plafonne aux environs de 450 000 pendant la première moitié du xxe s. La vie urbaine se développe dans les communes périphériques (Villeurbanne, Vaulx-en-Velin, Décines-Charpieu, Bron, Vénissieux, Saint-Priest, Saint-Fons) pour former une agglomération qui a déjà plus de 600 000 habitants en 1946 et qui dépasse le million en 1968.

Le développement monumental s’accentue au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle la ville a été, entre 1941 et 1944, la capitale de la Résistance française. À son histoire, au xxe s., doit être associé le nom de son maire E. Herriot*.

Le développement économique montre le rôle particulier joué par la région proche de Lyon, composée de pays très différents les uns des autres. La ville y a trouvé une partie de ses approvisionnements en produits alimentaires (vins du Beaujolais, viande et fruits de l’Ouest lyonnais, céréales et produits laitiers de la Dombes et du bas Dauphiné, vins, fruits et légumes de la vallée du Rhône), de la main-d’œuvre pour ses industries textiles et aussi quelques ressources naturelles (matériaux de construction, charbon de Saint-Étienne, pyrites de Chessy et de Sain-Bel, énergie hydro-électrique du Rhône). Cependant, toutes ces ressources restent limitées. Le déclin rapide de la place de Lyon à la fin du xvie s. fut accéléré par la pauvreté du plat pays environnant. Au xixe s., de l’énergie et des matières premières en plus grande quantité auraient provoqué sans doute un développement industriel plus rapide, moins exclusivement dominé par la soierie.

P. T.


Les fonctions actuelles

Actuellement, d’après les statistiques de la population active, le secteur tertiaire dépasse très légèrement le secteur secondaire. Comme d’autres grandes villes françaises, Lyon souffre de la centralisation des affaires sur Paris. Cette situation est d’autant plus étonnante que plusieurs grandes firmes françaises (Pechiney, le Crédit Lyonnais, Rhône-Poulenc, Rhône-Progil) sont nées à Lyon et possèdent encore dans la ville ou la région des établissements très importants ; mais les sièges sociaux et les directions générales sont installés dans la capitale. Cependant, l’infrastructure bancaire lyonnaise reste importante ; de nombreux services juridiques, commerciaux, financiers permettent de considérer cette ville comme un bon centre de gestion, surtout pour les entreprises moyennes, nombreuses dans la région. Lyon compte aussi des administrations publiques et des organisations professionnelles ayant compétence pour les huit départements de la Région Rhône-Alpes. Toutes ces activités permettent d’envisager un certain développement des surfaces réservées aux bureaux : la presqu’île reste le quartier traditionnel des affaires, mais, sur la rive gauche, à la Part-Dieu, surgissent les architectures verticales d’un nouveau centre, dont le principe est de regrouper des administrations, des commerces, une bibliothèque, un auditorium. Autre aspect du secteur tertiaire, la recherche scientifique s’est beaucoup développée à l’université et dans les laboratoires de l’industrie, surtout dans les domaines du textile, de la chimie et de l’électricité. La population étudiante dépasse 30 000 personnes.