Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

Louis XVI (suite)

L’armée à la fin du règne de Louis XVI

Forte d’environ 170 000 hommes, elle n’occupe en Europe que le quatrième rang, mais peut, dit Louis de Puységur (1727-1807), ministre en 1788, être portée à 250 000 hommes pour entrer en campagne ; 21 divisions permanentes comprenant 52 brigades d’infanterie, et 32 de cavalerie sont réparties sur le territoire, la plupart sur les frontières du nord-est.

Le métier des armes est un service volontaire avec contrat passé entre le roi et la recrue, qui adopte souvent un nom de guerre. « Sans-Souci » aime en général son métier ; il est logé, touche 24 onces (800 g) de pain de munitions, 6 ou 8 deniers pour sa nourriture et son entretien. Il est habillé : son uniforme est seyant, il peut se marier et, s’il est malade, il est soigné à l’hôpital. La discipline est sévère : les coups de baguette corrigent les récalcitrants. « Va-de-bon-cœur » a des loisirs qu’il peut utiliser pour améliorer sa solde par de menus travaux en ville ou pour écouter au café les bavards qui pérorent sur la réforme du royaume. L’agitation des esprits a gagné les officiers, dont le zèle diminue : ils sont 9 000 employés sur 32 000. L’avancement est à l’ancienneté et par corps pour les officiers subalternes, au choix et par arme pour les officiers supérieurs. Les colonels sont nommés par le roi. Peu instruit, l’officier mène une vie monotone et difficile ; l’état-major est pléthorique et médiocre : 11 maréchaux, 196 lieutenants généraux, 770 maréchaux de camp, soit 1 159 officiers généraux ; 300 ont un commandement, une quarantaine seulement une réputation justifiée, tels V. F. de Broglie (1718-1804), C. E. G. de Castries (1727-1800), P. H. de Ségur (1724-1801), J. B. de Rochambeau (1725-1807), L. de Conflans (1711-1774), La Fayette*... L’armée, qui semble vivante, s’affaiblit depuis un demi-siècle. En 1781, on exige des candidats officiers quatre générations de noblesse paternelle, mesure rétrograde et maladroite envers la bourgeoisie. « Les grandes armées sont celles d’un grand idéal », a écrit A. M. L. de Montbarrey (1732-1796), adjoint de Claude Louis de Saint-Germain (1707-1778) au secrétariat d’État à la Guerre. Celle de Louis XVI porte bien le nom d’armée royale, mais le roi n’évoque plus l’idée d’un vrai chef militaire. Par tradition, les militaires restent liés à son service.

C’est pourquoi, tout en étant attaqués et humiliés par la Révolution, ils ne se révolteront pas et passeront, enseignes déployées, au service de la nation.

Organisation

En 1789, l’armée de terre comprend :
— la Maison du roi, très diminuée par rapport à celle de Louis XIV* ou de Louis XV, soit 1 200 gardes du corps, les cent-suisses et la brigade hors ligne, qui regroupe le régiment des gardes françaises (6 bataillons à 4 compagnies casernées à Paris, dont un assure chaque semaine à Versailles la garde du roi) et le célèbre régiment des gardes suisses.
— Les troupes réglées : infanterie, 102 régiments à deux bataillons et 12 bataillons de chasseurs à pied ; cavalerie, 61 régiments dont 18 de dragons, 6 de hussards et 12 de chasseurs à cheval.

Le 64e régiment d’infanterie s’appelle le Royal Artillerie et compte 7 corps de 20 compagnies. Le corps royal du génie, créé en 1776, est composé d’officiers ingénieurs et de compagnies de sapeurs et de mineurs ; 33 compagnies de maréchaussée surveillent les routes et maintiennent l’ordre.

H. L.


La Révolution

La préparation des élections, leur déroulement ainsi que la rédaction des cahiers de doléances se font, dans beaucoup de régions, au milieu des émeutes du « quatrième ordre », celui des pauvres artisans ou paysans. Depuis 1778, le vin se vend mal. En 1789, les prix remontent, car la vendange a été insuffisante, mais le petit paysan n’a pas un contingent commercialisable, il reste dans la gêne. Dans le même temps, le prix du grain s’élève, mais la production du métayer n’est pas telle qu’il puisse en tirer profit. Dans les villes, le compagnon est souvent réduit au chômage ; la concurrence anglaise permise par le traité de 1786 accroît encore le malaise des fabricants français, notamment des textiles. Des émeutes éclatent : c’est le cas à Paris, au faubourg Saint-Antoine, le 28 avril 1789. Des ouvriers prêtent au propriétaire d’une manufacture de papiers, Réveillon, l’intention de baisser les salaires de ses employés à 15 sous par jour. Malgré la force armée, la foule enfonce les portes et jette au feu registres de comptabilité, meubles et effets. La troupe tire, les émeutiers se dispersent.

Il n’y a pas là le signe d’un affaiblissement de la fidélité à la monarchie. Les cahiers de doléances révèlent au contraire que, dans l’ensemble du corps social, c’est le loyalisme qui domine. Ils montrent aussi l’antagonisme entre les privilégiés et le tiers. De cette lutte, de jour en jour plus âpre, la brochure de Sieyès porte témoignage :

« Qu’est-ce que le tiers état ? Tout. La prétendue utilité d’un ordre privilégié pour le service public n’est qu’une chimère [...] sans lui, tout ce qu’il y a de pénible dans ce service est acquitté par le tiers ; sans lui, les places supérieures seraient infiniment mieux remplies ; si les privilégiés sont parvenus à usurper tous les postes lucratifs et honorifiques, c’est en même temps une iniquité odieuse pour la généralité des citoyens et une trahison pour la chose publique. »

C’est la spécificité de la Révolution française que d’être cette lutte sans merci entre une aristocratie qui défend par tous les moyens ses « droits » et la bourgeoisie poussée en avant par les masses populaires. Dans ce combat, la monarchie peut-elle être d’un autre côté que celui de l’aristocratie ? À qui en doute, il faut rappeler la séance du 2 mai 1789, où les députés aux États généraux furent présentés au roi : il reçut le clergé à huis clos dans son cabinet, ceux de la noblesse, selon le cérémonial, les portes grandes ouvertes ; les représentants du tiers défilèrent dans sa chambre à coucher.