Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

anthropologie (suite)

Quelques concepts utilisés et débattus en anthropologie sociale

Culturalisme

Conception générale selon laquelle l’homme s’intègre par le biais de l’éducation dans le milieu social où il est né, qui fait de la culture le fondement des structures sociales, et qui définit la culture comme un système de comportements appris. (V. l’article.)

Diffusionnisme

Conception de l’anthropologie selon laquelle l’histoire culturelle de l’humanité s’exprime par des formes hétérogènes diverses, 1o qui ont pris naissance dans des milieux humains géographiquement éloignés, linguistiquement sans rapport, etc., 2o qui se sont diffusées progressivement depuis leur lieu de naissance, simultanément ou successivement, et se sont interpénétrées. L’hypothèse générale est que la nouveauté culturelle est en quelque sorte beaucoup moins fréquente que l’emprunt, conscient ou non, déformé ou non.

Évolutionnisme

Conception de l’anthropologie selon laquelle chaque groupe de l’humanité passe par une série de phases qui sont comparables entre elles, en sorte que, pour chaque société, l’évolution est toujours la même, quelles que soient les différences observées, par ses étapes et par la direction.

Pattern culturel

Selon R. Benedict, ensemble d’éléments cohérents qui se retrouvent dans plusieurs comportements des membres d’une ethnie, et qui constituent par là même un ensemble culturel spécifique de cette ethnie, la caractérisant par opposition aux autres.

Trait culturel

Caractéristique distinctive que l’on repère dans une culture donnée (exemple : mode d’habitation, mode de filiation), et dont on définit la nature à l’aide d’une théorie générale, au sein de laquelle la culture en cause se situe globalement par opposition à d’autres cultures, en fonction des oppositions ou des similitudes observées pour chacun de ces traits.


Histoire de l’anthropologie

L’anthropologie est une discipline jeune. En simplifiant quelque peu, on peut considérer que la Seconde Guerre mondiale fait le partage entre les fondateurs et les représentants des tendances actuelles. Du côté des précurseurs, on peut évidemment aller chercher très loin ; tous les individus qui, par goût ou par profession, ont voyagé ou porté une certaine attention aux coutumes des peuples étrangers peuvent passer pour des précurseurs de l’anthropologie. Dans la tradition française, Montesquieu* et Rousseau* sont les plus fréquemment cités, non sans raison. Montesquieu assignait comme objet à l’Esprit des lois : « les lois, les coutumes et les divers usages de tous les peuples de la terre ». Rousseau, dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, traçait les grandes lignes d’une vaste enquête à travers le monde (Moyen-Orient, Asie, Amérique), qu’il aurait aimé voir accomplir par des penseurs comme Montesquieu, Buffon, Diderot, d’Alembert, Condillac... : « ... Supposons, écrivait-il, que ces nouveaux hercules, de retour de ces contrées mémorables, fissent ensuite à loisir l’histoire naturelle, morale et politique de ce qu’ils auraient vu, nous verrions nous-mêmes sortir un monde nouveau de dessous leur plume, et nous apprendrions ainsi à connaître le nôtre... » La pensée du xviiie s. dans son ensemble pourrait être dite « anthropologique », dans la mesure où elle fut tout à la fois sensible à l’exotisme et soucieuse de déchiffrer sur toute institution originale la marque de la nature humaine. Montesquieu et Rousseau ont eu en outre le souci d’ébaucher une méthode d’interprétation des faits sociaux, de substituer la curiosité à l’effarement devant les usages étrangers, de classer et de comparer les différents types de sociétés, d’envisager différents types de déterminismes (historiques, géographiques, climatiques).

Des deux grands courants de pensée qui ont constitué au xixe s. et dans les premières décennies du xxe s. l’anthropologie actuelle, on peut dire, avec beaucoup d’approximation, qu’ils sont marqués, le premier par l’« évolutionnisme », le second par le « diffusionnisme ». La littérature, les témoignages pour les uns, les expériences de terrain pour les autres ont confronté les anthropologues avec des sociétés « étranges », différentes de celles des anthropologues venus les étudier, présentant entre elles des différences et aussi des ressemblances. L’ensemble de ces différences pouvait être expliqué de deux façons : par rapport à une conception unitaire de l’homme et évolutionniste de la société, ou par rapport à une conception particulariste des cultures. Ou bien toute société humaine passe par les mêmes stades d’évolution, et les différences entre les sociétés contemporaines ne sont que temporelles (les peuples dits « primitifs » sont les « ancêtres contemporains » de l’anthropologue) ; ou bien il y a entre les sociétés des différences irréductibles, et rien n’indique que les cultures qui les caractérisent soient des étapes différentes d’un même chemin.

Quant aux ressemblances entre des sociétés éloignées les unes des autres (institutions, croyances, coutumes), elles opposaient de la même façon « évolutionnistes » et « diffusionnistes ». Pour les premiers, elles étaient le signe du parallélisme des cultures séparées géographiquement, mais évoluant de façon semblable et parallèle ; pour les seconds, les ressemblances devaient s’expliquer historiquement par la diffusion du trait culturel commun depuis son lieu de naissance. L’incompatibilité de ces deux types d’explication reflète assez la double vocation de l’anthropologie. Son universalisme la contraignait à ne concevoir les différences entre sociétés qu’en termes d’avance ou de retard ; l’original pur, la différence radicale, c’était l’impensable pour l’idéal anthropologique. Quand les anthropologues portaient leur regard sur une société particulière, c’est à l’unité de cette société qu’ils devenaient sensibles : la nécessité de tout décrire les invitait à tout comprendre et à se montrer sensibles à l’unité de l’ensemble intégré formé par une société et sa culture, son organisation et ses valeurs ; l’impensable, c’était qu’une « culture » ne fût que la préfiguration, la reproduction ou le souvenir d’une autre culture.