Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

Louis XII (suite)

En ces années, la politique française semble vaciller. Le roi, malade, subit l’emprise de sa femme, qui, furieuse de ne pas avoir de fils, jalouse Louise de Savoie, la mère de l’héritier présomptif, François d’Angoulême. Elle fait signer à Louis XII le traité de Blois (1504), qui aurait ruiné, s’il avait été appliqué, toute la politique de Louis XI et des Beaujeu : en effet, la fille aînée du roi, Claude, devait épouser le futur Charles Quint et recevoir en dot le Milanais, la Bretagne et la Bourgogne.

Mais le roi heureusement se ressaisit et réunit à Tours l’assemblée des états, qui réclame le maintien de l’intégrité nationale ; les fiançailles, le 21 mai 1506, de François d’Angoulême, héritier du trône de France, et de Claude, héritière du duché de Bretagne, en sont le gage.

Louis XII va se laisser entraîner de nouveau dans l’imbroglio des affaires italiennes. Après avoir vaincu une révolte des Génois en 1507, il entre dans une ligue antivénitienne fomentée par l’ambition du pape Jules II. En 1509, le roi repasse les Alpes et bat les Vénitiens à Agnadel. Satisfait. Jules II s’empresse de conclure une alliance antifrançaise pour chasser les « Barbares » d’Italie, rompant avec Louis XII, « dont il ne veut pas être le chapelain ». Il s’allie avec les Vénitiens, les vaincus d’hier, et, grâce au cardinal de Sion, Matthäus Schiner, avec les Suisses, qui ferment les Alpes au roi de France. En octobre 1511, une « sainte ligue » est constituée avec Venise, les Suisses, Ferdinand d’Aragon et le roi d’Angleterre.

Au début, Louis XII, grâce au talent militaire de Gaston de Foix (1489-1512), occupe Bologne et Brescia, et l’emporte sur les coalisés près de Ravenne, le jour de Pâques 1512 (bataille où périt Gaston de Foix). L’empereur Maximilien se joint alors aux coalisés ; 18 000 Suisses se rassemblent à Vérone et rendent Milan au Sforza, tandis que Gênes se révolte contre les Français.

Jules II triomphe en Italie et jette l’interdit sur la France entière, qu’il menace d’envahir. Lui mort, les Français, qui se sont alliés aux Vénitiens, reprennent un instant le Milanais, mais les Suisses, soulevés par le cardinal de Sion, défont complètement les troupes de Louis XII à Novare (1513) et les poursuivent jusque sous les murs de Dijon. Le roi abandonne le Milanais et, pour rompre la coalition, traite séparément avec le pape Léon X et le roi d’Angleterre, dont il épouse la sœur, Marie (il est veuf d’Anne depuis janvier 1514).

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces guerres continuelles ne portent pas atteinte à la prospérité du royaume, car elles se déroulent à l’extérieur et éloignent la noblesse turbulente du pays. De plus, grâce au butin conquis en Italie, Louis XII peut diminuer d’un tiers les impôts ; il est vrai qu’il laissera des finances obérées à son successeur. Louis XII, pour toutes ces raisons, était un roi populaire : on le vit bien aux états généraux de Tours, lorsqu’on lui décerna le titre de « Père du peuple ».

À Louis XII, prince humaniste, revient aussi le mérite d’avoir codifié les coutumes (ordonnance de mars 1499) et d’avoir formé la plus riche collection alors connue de livres de l’Antiquité en réunissant les bibliothèques des rois de Naples et des ducs de Milan à sa bibliothèque de Blois ; il a aussi été le premier roi à demander à ses envoyés à l’étranger de lui acheter les meilleurs ouvrages qu’ils trouveraient.

Le roi mourut dans la nuit du 31 décembre 1514 au 1er janvier 1515. Il ne laissait que deux filles, Claude, mariée au futur François Ier, et Renée, la savante duchesse de Ferrare.

P. P. et P. R.

➙ Alexandre VI / Borgia / Bretagne / Charles VIII / France / Italie (guerres d’) / Valois.

 M. Darcy, Louis XII (les Œuvres françaises, 1937). / J. A. Neret, Louis XII (Ferenczi, 1948).

Louis XIII

(Fontainebleau 1601 - Saint-Germain 1643), roi de France de 1610 à 1643.



La France en 1610

Lorsque le poignard de Ravaillac, le 14 mai 1610, donne la couronne au petit Louis XIII, âgé de neuf ans, et la réalité du pouvoir à la reine mère, Marie* de Médicis, quel est ce pays que le roi Henri IV a pacifié après les sanglantes luttes religieuses du xvie s. ?

En 1610, la France est peuplée d’environ 15 millions d’habitants. En bien des domaines, elle demeure encore la France du Moyen Âge, divisée en divers particularismes : politiques, juridiques et linguistiques. À la base de l’échelle sociale, une masse inculte, la paysannerie, agitée parfois de sursauts de désespoir suscités par les crises économiques. En haut de l’échelle, une élite qui, seule, a conscience de former le royaume : la noblesse, le haut clergé, la bourgeoisie de robe ou de négoce.

Le pouvoir monarchique, grâce à son religieux prestige, s’impose à tous : il est le lien indispensable qui rassemble les forces vives de la nation. Mais ce pouvoir est loin encore d’être absolu. Les traditions féodales de la noblesse, héritage médiéval, l’échec de la royauté à imposer une religion unique dans le pays (compromis de l’édit de Nantes) vont plutôt dans le sens d’une obéissance mitigée, tempérée par les « droits » des différents corps de la société. C’est sur ce point que Louis XIII et Richelieu feront surtout porter leurs efforts ; la soumission au pouvoir, le service du roi primant toutes les autres fidélités, ce sera l’œuvre essentielle de ce règne.

Dans cette France de 1610, il y a cependant des forces nouvelles qui ne sont pas héritées du Moyen Âge. L’économie a été profondément transformée au cours du siècle précédent à cause de l’afflux des métaux précieux venus du Nouveau Monde, qui ont engendré la hausse des prix, l’essor du grand commerce*, la constitution d’un capitalisme* et une certaine mutation des richesses et des propriétés. Certes, la société française conserve ses structures anciennes, les réalités économiques y sont de moins en moins accordées et ne reflètent plus l’état réel de cette société.