Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

Louis IX ou Saint Louis (suite)

Les sources

Si les rouleaux des enquêtes de canonisation semblent avoir disparu des archives du Vatican à l’exception de quelques courts fragments, nous disposons en revanche des Mémoires de trois des principaux témoins de ce procès : Geoffroi de Beaulieu, confesseur du souverain ; Guillaume de Chartres, son chapelain ; Jean de Joinville*, enfin, son confident, notamment lors de la croisade d’Égypte. En outre, Guillaume de Saint-Pathus, confesseur de la reine Marguerite de Provence, a rédigé en latin un livre traduit sous le titre de la Vie et les miracles de monseigneur Saint Louis. Complétés par des milliers d’actes émanés de l’administration royale, ces Mémoires permettent de mieux connaître le plus illustre des Capétiens.

P. T.

➙ Capétiens / Cathares / Croisades / Francs / Joinville.

 E. Boutaric, Saint Louis et Alphonse de Poitiers (Plon, 1870 ; rééd. Le Portulan, Brionne, 1970). / J. de Joinville, Histoire de Saint Louis (Renouard, 1870). / E. Berger, Histoire de Blanche de Castille, reine de France (Thorin, 1893) ; Saint Louis et Innocent IV (Thorin, 1893) ; les Dernières Années de Saint Louis (Plon, Nourrit et Cie, 1905). / A. Lecoy de La Marche, la France sous Saint Louis et sous Philippe le Hardi (Libr. réunies, 1893). / C. V. Langlois, Saint Louis, Philippe le Bel, les derniers Capétiens directs, dans Histoire de France, sous la dir. d’E. Lavisse (Hachette, 1901). / A. D. Sertillanges, Saint Louis (Laurens, 1917). / C. Petit-Dutaillis, la Monarchie féodale en France et en Angleterre, xe-xiiie siècle (Renaissance du livre, coll. « Évolution de l’humanité », 1933 ; 2e éd., A. Michel, 1950). / R. Fawtier, les Capétiens et la France (P. U. F., 1942). / J. Madaule, Saint Louis de France (Éd. franciscaines, 1944). / A. Garreau, Saint Louis et son royaume (La Colombe, 1949). / L. Buisson, König Ludwig IX., der Heilige, und das Recht (Fribourg-en-Brisgau, 1954). / J. Levron, Saint Louis ou l’Apogée du Moyen Âge (Amiot-Dumont, 1957 ; nouv. éd., Perrin, 1970). / R. Branner, St Louis and the Court Style in Gothic Architecture (Londres, 1965). / Le Siècle de Saint Louis (Hachette, 1970). / H.-P. Eydoux, Saint Louis et son temps (Larousse, 1971). / G. de Saint-Pathus, la Vie et les miracles de Monseigneur Saint Louis (Éd. du Cèdre, 1971). / Saint Louis et l’Orient (Geuthner, 1971). / P. Labal, le Siècle de Saint Louis (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1972). / D. O’Connell et J. Le Goff, les Propos de Saint Louis (Gallimard, coll. « Archives », 1974).

Louis XI

(Bourges 1423 - Plessis-lez-Tours 1483), roi de France de 1461 à 1483, fils de Charles VII et de Marie d’Anjou.



Le personnage

Ni aussi cruel que l’ont dépeint ses adversaires, ni aussi génial que l’ont décrit ses admirateurs à la lecture des Mémoires élogieusement intéressés de Commynes*, Louis XI est un homme d’exception qui a réussi presque toujours à dominer les événements de son temps grâce à son intelligence et à son ardeur au travail.

De taille petite, de corps obèse, la face parcourue de tics nerveux, Louis XI devait pourtant séduire les humbles par la bonhomie de son attitude et les puissants par l’habileté de son verbe.


Le dauphin

Le dauphin Louis naît le 3 juillet 1423 de Charles VII et de Marie d’Anjou. Il est élevé au château de Loches par un précepteur gallican, Jean Majoris, et par un gouverneur confit en dévotion, Bernard d’Armagnac. En 1436, il est marié à Marguerite d’Écosse. Chargé en 1439 de mettre le Languedoc en état de défense, puis de rétablir l’ordre en Poitou, il prend en 1440 la direction dé la Praguerie, révolte féodale dirigée contre l’autorité de Charles VII, qui lui accorde pourtant son pardon avec le gouvernement du Dauphiné ! Investi de nouvelles missions de confiance en 1441 (lutte contre les Anglais), en 1443 (répression de la rébellion du comte d’Armagnac) et en 1444 (expédition en Suisse), le dauphin reste cependant hostile à son père et plus encore à ceux qui influencent le souverain, les chefs du parti angevin : René d’Anjou, Jean de Calabre et Charles du Maine jusqu’en 1444, Agnès Sorel, la favorite royale, et Pierre de Brézé depuis lors.

Louis tente en vain en 1446 de soulever l’Agenais et de contraindre le roi à lui abandonner le gouvernement du royaume (complot de Razilly).

Relégué en Dauphiné*, le jeune prince transforme cette principauté en un véritable État indépendant, tout en réglant à son avantage les litiges territoriaux l’opposant au Saint-Siège à propos de la moitié de la ville de Montélimar et au duc Louis de Savoie à propos des comtés du Diois et du Valentinois.

Secrètement allié depuis 1446 à ce dernier prince, Louis, qui est veuf depuis 1445, épouse sa fille, Charlotte de Savoie — richement dotée de 200 000 écus —, le 9 mars 1451, malgré l’opposition paternelle.

Allié à l’usurpateur du duché de Milan, Francesco Sforza, achetant Monaco aux Grimaldi, entretenant contre Charles VII des relations diplomatiques étroites avec les ducs de Bourgogne et d’Alençon et avec le comte d’Armagnac, Louis est privé alors de sa pension par son père, qui impose à son beau-père la signature du traité d’alliance de Cleppé du 27 octobre 1452. Furieux, le dauphin ravage la Bresse savoyarde en 1454. Mais, redoutant une nouvelle intervention de Charles VII, il quitte secrètement le Dauphiné le 30 août 1456 et se réfugie à Genappe en Brabant auprès du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, qui lui accorde une pension annuelle de 36 000 livres. Il intrigue contre Charles VII, qui meurt le 22 juillet 1461 convaincu d’avoir été empoisonné sur l’ordre de son fils.


Les débuts du règne

D’Avesnes, où il s’est rendu dès le 17 juillet, Louis XI se dirige aussitôt vers Reims, où il est couronné le 15 août par Philippe le Bon, puis vers Paris, où le duc de Bourgogne l’accueille le 31 août aux acclamations des bouchers. Appelant aussitôt à de hautes fonctions les compagnons de son exil, Louis XI recrute des conseillers de valeur, tels les Italiens Louis de Valpregue et Boffile le Juge. Il débauche les meilleurs serviteurs de ses grands vassaux, tel Philippe de Commynes, transfuge de la cour de Bourgogne en 1472, et ne tient aucun compte de l’humilité, de l’origine ou des tares qui marquent le bailli Jean de Doyat ou le barbier Olivier le Daim. En fait, seuls importent la compétence et le dévouement, bien rétribués, de ceux qui vont permettre à l’« universelle araignée » de tisser sa toile. Mais, en attendant qu’ils soient en place, le jeune roi coalise contre sa personne les intérêts de ceux qu’il lèse : conseillers de Charles VII, qu’il destitue en masse, quitte à leur restituer par nécessité leurs fonctions dans un bref délai ; membres de la Cour des aides, qu’il supprime de 1462 à 1464 ; clergé, qu’il contraint en 1463 à déclarer tous ses biens sous peine de confiscation ; universitaires parisiens, dont il réduit l’audience par la création de l’université de Bourges ; maisons d’Anjou et d’Orléans, auxquelles nuisent ses alliances italiennes, notamment celle qui l’unit aux Sforza de Milan ; maison de Bretagne, dont les officiers royaux tentent de réduire l’indépendance, notamment en matière de régale, dont le roi s’attribue la levée le 15 octobre 1464 ; maison de Bourgogne enfin, qu’il mécontente par l’appui qu’il promet aux Liégeois dès 1461 contre leur prince-évêque. Louis de Bourbon, neveu de Philippe le Bon et surtout par l’obligation dans laquelle il met ce dernier avec l’aide des Croÿ de lui restituer les 12 septembre et 8 octobre 1463 les villes de la Somme contre le versement des 400 000 écus d’or prévu par le traité d’Arras de 1435.

Furieux de cette concession paternelle, Charles le Téméraire coalise alors facilement les princes mécontents en une ligue dite « du Bien public », dont la direction nominale est confiée à l’héritier présomptif du trône, Charles de France, duc de Berry, frère cadet de Louis XI.