Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

acclimatation (suite)

Les essais d’acclimatation ont été et sont encore parfois très désordonnés, mais, aujourd’hui, la F.A.O. ainsi que quelques pays (États-Unis, U. R. S. S., Australie) essayent, en organisant la collecte des échantillons végétaux ainsi que leur traitement, de tirer au mieux parti des possibilités offertes par l’acclimatation à l’agriculture, notamment grâce à :
— l’enrichissement de la flore existante par l’introduction de nouvelles espèces (en liaison avec des programmes de sélection de plus en plus importants) permettant de mieux valoriser les surfaces cultivées (extension du Tournesol, du Maïs, du Blé dur en France ; essais de la Betterave à sucre en Afrique du Nord ; essais d’implantation de Légumineuses dans les cocoteraies de Polynésie) ;
— l’utilisation de plantes spontanées ou de variétés cultivées dans d’autres pays comme fournisseurs de caractères héréditaires intéressants (résistance au froid, précocité, productivité) servant à la création de variétés nouvelles adaptées à un climat particulier (création des variétés de Blé australiennes à partir de plantes indiennes, canadiennes et anglaises présentant des caractéristiques complémentaires). La conservation du matériel végétal (en végétation ou à l’état de semences) doit être soigneusement réalisée pour qu’il puisse servir de « banque génétique ».

Les tentatives d’acclimatation ne sont fécondes que si certaines règles sont respectées, notamment les mesures sanitaires (quarantaine) pour éviter l’introduction de parasites et les essais de végétation de relativement longue durée (pour éliminer l’effet possible de circonstances climatiques exceptionnelles, masquant l’adaptation ou l’inadaptation réelle au climat local). Ces efforts répondent à deux préoccupations principales : utilisation optimale des surfaces par un matériel végétal bien adapté au milieu naturel et présentant des caractéristiques économiques intéressantes ; diversification des productions, permettant de limiter l’extension de cultures excédentaires.

H. M.


Acclimatation des animaux

Son but, parfois scientifique, mais surtout d’ordre pratique, est d’obtenir un rendement économique accru des productions que l’on exige de la part de l’animal. Ainsi, on cherchera une augmentation de rendement en viande et en lait chez les Bovins ou en laine chez les Ovins.

Chaque espèce animale a, en fonction de ses particularités physiologiques, une aire écologique dans laquelle elle vit normalement : les Rennes et les Chiens sont les seules espèces domestiques utilisées dans la toundra et la forêt arctiques, les Chameaux peuvent seuls parcourir les déserts, tandis que les Moutons et les Chèvres sont exploités dans les zones subdésertiques. Les Bovins, les Ovins, les Caprins et les Chevaux sont largement répandus dans les zones tempérées et dans la savane. Si les Bovins sont aussi présents dans les forêts tropicales, les Ovins, les Poneys et quelques Bovins peuvent, de leur côté, être exploités dans les régions montagneuses.

Des animaux de plaine (Bovins, Ovins) transportés en altitude se montrent beaucoup moins résistants que les animaux caractéristiques de certaines de ces zones, tels les Lamas, qui sont utilisés comme animaux de bât jusqu’à 6 000 m. En effet, la pression atmosphérique et donc la pression de l’oxygène y sont nettement plus basses. L’animal doit, en conséquence, modifier ses mécanismes physiologiques pour s’adapter à cette nouvelle situation. Il en résulte qu’un animal de plaine qui doit être transporté à haute altitude souffrira moins s’il passe par une étape intermédiaire de plusieurs semaines à altitude moyenne.

Pour réaliser une acclimatation aussi parfaite que possible, les principaux moyens utilisés sont les suivants :

• le choix des individus. On prendra des jeunes sujets en bonne santé présentant des qualités d’adaptation au nouveau milieu. On devra pour cela choisir les plus robustes, les mieux conformés, sans tares et sans parasites ;

• une alimentation de haute qualité. S’il s’agit d’herbivores, on agira sur les sols pour les amender et leur faire produire un fourrage de haute qualité nutritive contenant les éléments minéraux (calcium et phosphore) nécessaires et présentant une haute teneur en vitamines permettant une croissance rapide des animaux ainsi nourris ;

• la mise à l’abri des rigueurs du nouveau climat. Les nouveaux importés devront arriver au printemps ou en une saison où les écarts de température entre leur milieu d’origine et leur nouveau milieu sont les plus faibles. On habituera progressivement les animaux aux nouvelles conditions climatiques ;

• une sélection rigoureuse. Pendant l’acclimatation, les descendants des nouveaux importés qui ne se développeront pas assez rapidement et ceux qui seront tarés ou mal conformés seront éliminés ;

• une hygiène parfaite. Il faudra éviter aux animaux nouvellement introduits tout contact microbien ou parasitaire.

On pourra considérer comme pleinement réussie une acclimatation qui permettra d’obtenir facilement des naissances et qui atteindra le but économique recherché.

Beaucoup d’exportations d’animaux de zones tempérées vers les zones tropicales et subtropicales n’ont pas été couronnées de succès, tant parce que les animaux introduits avaient de la peine à s’adapter à la chaleur que parce qu’ils étaient soumis à des infestations parasitaires non contrôlées (Tiques, parasites intestinaux, etc.). Par contre, les importations d’animaux des zones chaudes vers les zones tempérées ont donné des résultats remarquables (qu’il suffise de citer l’exemple du Cheval arabe) : l’adaptation est beaucoup plus facile et, surtout, les conditions d’élevage sont nettement plus favorables dans les pays développés de la zone tempérée.

P. B. et J. B.

Histoire de l’acclimatation

Depuis la plus haute antiquité, les Égyptiens avaient acclimaté quantité d’espèces animales pour les utiliser comme bêtes d’ornement de parcs ou de volières.

Les Grecs importèrent chez eux la Pintade d’Afrique, multiplièrent le Lapin, le Furet et élevèrent à l’état domestique des Sarcelles et des Grues. Les Arabes introduisirent dans les pays conquis de nombreuses espèces animales, qui s’y acclimatèrent : le Chameau, le Dromadaire, le Zébu, le Buffle, le Ver à soie.

On doit aux Romains l’introduction des Daims en Angleterre. Ceux-ci y vécurent fort bien, et une souche de ces animaux fut importée en France au xiiie s.

Les Espagnols rapportèrent de leurs explorations d’outre-mer le Dindon, le Cobaye, le Canard musqué et le Serin (du Sénégal).