Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

Londres (suite)

Tilbury est aussi un modeste port de voyageurs (lignes régulières vers les Pays-Bas). Le trafic de voyageurs s’effectue surtout par les aéroports (lesquels ont aussi un trafic marchandises non négligeable en valeur). London Airport est, avec 14 millions de passagers, le premier aéroport d’Europe et le quatrième du monde. Le second aéroport londonien, Gatwick, n’a que 2 millions de voyageurs ; un troisième aéroport pour avions « bruyants » sera construit sur un site désert dans l’île de Foulness.


La fonction industrielle

Londres a toujours été le premier centre industriel de la Grande-Bretagne, et sa part dans le total de l’emploi industriel n’a cessé de croître depuis un siècle : 15 p. 100 de l’effectif anglo-gallois en 1861, 18 p. 100 en 1921, 20 p. 100 de nos jours. Les industries londoniennes se distinguent par la faible représentation ou l’absence des secteurs de base (sidérurgie, textile, chimie minérale) et par un développement poussé des secteurs à haute valeur ajoutée (matériel électrique, automobile, aéronautique, électronique, etc.). La présence du port et des aéroports, d’un marché très étendu et diversifié, d’une main-d’œuvre éduquée, d’instituts de recherche nombreux et de haut niveau compensent largement l’absence quasi totale de matières premières d’origine locale.

Certaines industries ont une localisation portuaire, en particulier celles qui traitent des matières premières importées, celles qui ont besoin de gros volumes d’eau ou du charbon qu’apportent les caboteurs, ou encore les industries sales, dangereuses ou nauséabondes, qui doivent se tenir à l’écart de l’agglomération et sous le vent de celle-ci, c’est-à-dire à l’est. Aussi, les installations industrielles de grande taille sont-elles nombreuses tout le long de l’estuaire.

À l’amont, au voisinage immédiat des vieux bassins, se pressent les usines traitant les denrées alimentaires importées (meuneries, raffineries de sucre, biscuiteries, fabriques de confiture, usines traitant le thé et les matières grasses) et les cuirs (tanneries). Woolwich a longtemps eu deux spécialités, aujourd’hui en voie de disparition : la fabrication d’explosifs et celle des câbles télégraphiques et du matériel téléphonique. Dagenham a une grande usine d’automobiles et de tracteurs (Ford), accompagnée d’une fonderie et d’une jetée pour l’exportation des voitures. Les centrales thermiques au charbon (Barking, Greenhithe) ou au pétrole (Erith, Tilbury) puisent dans le fleuve leurs eaux de refroidissement et comptent parmi les plus puissantes du royaume.

La basse Tamise a la plus forte concentration nationale d’industries du papier-journal, à partir des bois et des pâtes de Scandinavie, à Purfleet, à Swanscombe et à Gravesend, ainsi que la plus forte concentration nationale des industries du ciment à Grays-Thurrock, à Swanscombe et à Northfleet ; le calcaire est extrait sur place dans les carrières de craie du revers des Downs, l’argile provient des dragages du fleuve, et le charbon est livré par le cabotage.

Tout à l’aval, à l’entrée de l’estuaire, on raffine le pétrole importé à Shellhaven (Shell), à Coryton (Mobil) et dans l’Isle of Grain (British Petroleum). Canvey Island reçoit et stocke le méthane liquide saharien et aura la quatrième raffinerie de pétrole de l’estuaire.

Les industries situées dans le centre et les quartiers orientaux de Londres ont une structure et des productions toutes différentes. Il s’agit ici de petites usines et d’ateliers, parfois de dimension artisanale, dispersés dans la masse des quartiers résidentiels et presque invisibles. Sans cesse, de petites entreprises disparaissent et d’autres surgissent pour exploiter un brevet ou lancer un produit nouveau. Les fabrications appartiennent souvent aux secteurs de luxe ou d’usage rare et ont une haute valeur sous un faible poids.

Un grand nombre de ces petites entreprises travaillaient à l’origine exclusivement pour une clientèle riche, à la demande. Ce n’est qu’à partir du milieu du xixe s. qu’elles se sont adaptées aux productions de masse, mécanisées, pour une clientèle populaire. Cette transformation structurelle s’est quelquefois accompagnée d’une migration d’ouest en est, du centre vers les quartiers pauvres de l’East End.

Il en est ainsi de l’artisanat du cuir et du vêtement masculin, dont le secteur luxueux est resté dans le West End, à proximité de la Cour et du Parlement ; de là, le grand nombre de tailleurs, de chausseurs (et jadis de selliers et de fabricants de harnais) de part et d’autre de Regent street, en particulier à Savile row ; le vêtement d’avant-garde a son quartier général à Carnaby street. L’habillement féminin de luxe s’est établi au xixe s. un peu plus au nord, au-delà d’Oxford street, derrière les grands magasins qui jalonnent cette rue.

L’industrie de la confection de masse de l’East End ne date que du milieu du xixe s., après l’invention de la machine à coudre (1846) et de la machine à couper les tissus (1858). Les chefs d’entreprise furent souvent des Juifs d’Europe centrale ; la main-d’œuvre comptait de même un grand nombre de Juifs qui avaient fui les pogroms de l’Empire russe et qui travaillaient chez eux, aux pièces. Le travail en chambre a presque disparu, l’industrie s’est concentrée en petits ateliers, et la main-d’œuvre juive de jadis a laissé place à une main-d’œuvre d’immigrés arrivés plus récemment (Antillais). De l’East End, l’industrie s’est répandue plus au nord, dans la vallée de la Lea. Par le nombre d’emplois (180 000), la confection est la première industrie londonienne, et la ville détient à elle seule 30 p. 100 de la confection britannique.

Dans l’industrie du mobilier, la migration vers l’est a été plus poussée. L’ancien artisanat des meubles fabriqués à la demande a totalement disparu du West End, où ne subsiste plus (à Tottenham Court road et dans les rues adjacentes) que le commerce de gros et la vente au détail. La fabrication proprement dite s’est rassemblée dans les quartiers proches du port (Stepney) et le long du canal latéral à la Lea (à Hackney, Bethnal Green, Tottenham, Edmonton), par où arrivent les bois et les contre-plaqués importés. Il y a là une foule de petites entreprises de scierie, de menuiserie, de fabrication de miroirs, de vernis, de ressorts, de bourrages pour fauteuils, etc. Avec 70 000 emplois, Londres est également le premier centre britannique pour l’industrie du mobilier.