Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Londres (suite)

L’influence des chemins de fer commence à se faire sentir dès le milieu du xixe s. La première ligne de métro date de 1863. La loi de 1882 sur les tarifs ferroviaires à prix réduit pour les voyages quotidiens favorise l’apparition des premières banlieues, en particulier celles de la vallée de la Lea, une enfilade de villes-dortoirs se constituant autour des gares ferroviaires. Les autobus à moteur (1899), les tramways (1901), puis l’électrification et l’extension du métropolitain contribuent à leur tour à l’étalement de l’agglomération et au desserrement des quartiers centraux, peu à peu envahis par les bureaux.

La population du Grand Londres dépasse 2 300 000 habitants en 1851, 3 700 000 en 1881 (14 p. 100 de la population anglo-galloise), 6 500 000 en 1901, 7 500 000 en 1921. En 1939, le Grand Londres atteint son effectif maximal de près de 8 700 000 habitants (21 p. 100 de la population anglo-galloise).

Depuis cette date, le phénomène de dépopulation, qui, jusqu’alors, ne concernait que les quartiers centraux, s’est étendu à l’ensemble de l’agglomération : le Grand Londres n’avait plus que 8 200 000 habitants en 1961, un peu moins de 8 000 000 en 1966, 7 380 000 en 1971. La politique de redistribution de la population, entreprise par l’État après la Seconde Guerre mondiale, est en partie responsable de cet allégement des densités.

Désormais, la croissance de l’organisme londonien se reporte dans la couronne externe de la région métropolitaine. La population de cette couronne, entre les cercles de 25 et 60 km de rayon, augmente plus vite, par accroissement naturel, par afflux de provinciaux et par recasement de Londoniens, que ne diminue celle du Grand Londres. La couronne externe avait 3 460 000 habitants en 1951, 4 450 000 en 1961 et 5 300 000 en 1971.


Les fonctions de l’agglomération

Londres cumule toutes les fonctions importantes en Grande-Bretagne : capitale politique, premier port, principal centre industriel, plus grande place financière, premier foyer culturel.


La fonction politique

L’extraordinaire développement spatial et humain de l’agglomération s’explique surtout par la concentration des fonctions politiques et des personnels à haut niveau de vie attachés à ces fonctions. Une Cour s’est précocement rassemblée autour de la personne royale. Depuis le xiiie s., le Parlement national se réunit à Londres pour la session d’hiver ; composé de personnes influentes et parmi les plus riches du royaume, il contribua à fixer dans la capitale tout un monde d’hommes de loi, d’artistes, d’artisans des métiers d’art, d’hôteliers, d’entrepreneurs de spectacles, de domestiques, qui vivaient de ses largesses. L’inclusion des Galles, de l’Écosse et, pendant un temps, de l’Irlande entière dans le royaume, puis la conquête d’un empire qui, à son apogée vers 1940, s’étendait sur le quart du globe et rassemblait le quart de la population mondiale multiplièrent les activités politiques de Londres et gonflèrent démesurément l’effectif des fonctionnaires et des employés de bureau.

Au xxe s., l’extension des responsabilités de l’État dans le domaine économique et social va dans le même sens. L’État est devenu en Grande-Bretagne le plus gros employeur, le premier client des entreprises, le premier producteur d’énergie, le premier transporteur, le plus grand distributeur d’informations, le plus gros détenteur de capitaux, le premier distributeur de crédit. Outre que ces tâches nécessitent l’emploi de centaines de milliers de personnes dans la capitale, elles ont aussi un grand pouvoir d’attraction sur les firmes privées qui travaillent pour le compte de l’État ou sollicitent quelque chose de lui : aussi la plupart des grandes firmes britanniques ont-elles leur siège social à Londres, qui tend à devenir une « métropole de la paperasserie », une énorme concentration de bureaux.

La décentralisation des fonctions de l’État commence à peine et ne concerne pas encore les fonctions de direction. Depuis la Seconde Guerre mondiale, par exemple, l’Administration des douanes s’est installée à South-end-on-Sea, la Météorologie nationale à Bracknell, les Archives agricoles à Guildford, la Compensation des chèques postaux à Bootle, etc.


La fonction portuaire

Londres a toujours eu le port le plus actif du royaume et même, de l’époque élisabéthaine au début du xxe s., du monde. La fonction portuaire s’étire, de façon discontinue, sur plus de 80 km, de la Tour de Londres au banc de Nore, et dépend donc étroitement des conditions nautiques que l’on rencontre dans l’estuaire.

La baie de la Tamise, rétrécie vers l’ouest en entonnoir, s’ouvre largement aux courants de marée : elle est encombrée de bancs de sable, de direction N.-E.-S.-O., parallèles à la direction principale des courants. Ces bancs constituent des hauts-fonds dangereux pour la navigation, d’autant qu’ils se déplacent lentement et semblent progresser vers l’intérieur de l’estuaire. Ils laissent entre eux des chenaux d’une profondeur minimale de 10 m à marée basse. En amont du Nore, l’Autorité du port de Londres (Port of London Authority) est obligée de draguer sans arrêt le chenal navigable.

L’estuaire proprement dit commence à Gravesend, où les pilotes du port prennent les commandes des navires. Cette précaution est rendue nécessaire par la difficulté de la navigation (fortes marées, brouillards, courbure prononcée des méandres). L’estuaire étant un fond de vallée submergé par la remontée du niveau marin, la profondeur diminue régulièrement vers l’amont : 15 m à Gravesend, 11 m à Erith, 6 m à Barking, 4 m à la Tour, à marée basse. Les plus gros navires attendent à Gravesend la marée haute avant de remonter l’estuaire.

Le marnage est, en effet, imposant et augmente vers l’amont à cause du resserrement du lit mineur : 5,4 m en vive-eau et 4 m en morte-eau au Nore, 6 m et 4,3 m à Gravesend, 6,6 m et 5 m à la Tour. La marée déplace d’énormes volumes d’eau deux fois par jour ; on estime que, dans l’estuaire, 1/15 000 seulement de l’eau a une origine fluviale, le reste étant constitué d’eau de mer. La navigation marine cesse à la Tour. Plus en amont, de la Tour à Teddington, il y a encore un important trafic de péniches fluviales. À l’écluse de Teddington se termine le petit fleuve Tamise, avec ses cygnes et ses navires de plaisance.