Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Antarctique (suite)

• Les plates-formes flottantes. En plusieurs secteurs, la glace continentale s’écoule au-delà de la limite du continent et s’avance en flottant sur la mer. Parfois, ce sont d’étroites passerelles (celles prolongeant les glaciers de Mertz et Ninnis, terre Adélie), qui se terminent en spatule crevassée. D’autres fois, ce sont de larges promontoires, comme les plates-formes d’Amery et de Shackleton. Mais les plus importantes sont des plateaux occupant les encoignures des mers de Ross (plus grande que la France) et de Weddell (plates-formes de Filchner et de Larsen).

La glace colonisatrice s’incline vers le large en s’amincissant (l’épaisseur moyenne n’excède pas quelques centaines de mètres à l’amont, quelques dizaines à l’aval) et en prenant appui sur des îles et des hauts-fonds. La surface est une plaine neigeuse, aux crevasses rares, peuplée de quelques surélévations ou ondulations hautes de 5 à 20 m ; à 10 m sous la surface apparaît le névé, puis à 50 m la glace. Elle se termine sur la mer par une falaise (dite « barrière »), dont se détachent des blocs volumineux, et où se lit aisément la stratification originelle de la neige : par sa hauteur (20 à 50 m) et sa régularité, qui ont toujours frappé les navigateurs, elle constitue une muraille infranchissable.

La plate-forme est animée d’un triple mouvement : une oscillation due à la marée, exprimée par une crevasse qui la sépare du continent ou des points d’appui ; une progression sur la mer (de plusieurs centaines de mètres par an), surtout visible en été (en hiver, elle est contenue par la banquise, qui la contraint à se déformer) ; une dérive enfin sous l’emprise des courants littoraux, comme en mer de Weddell, où les plates-formes glissent vers l’ouest et provoquent une congestion des glaces contre la péninsule Antarctique.

Les plates-formes connaissent une double alimentation : atmosphérique (neige et fixation de l’humidité des brouillards) et océanique (accrétion par congélation de l’eau de mer). Mais leur bilan de masse est négatif : dans le cas de la plate-forme de Ross, qui ne recule plus comme entre 1841 et 1902, le gain superficiel (126 km3) et latéral (100 km2) est largement compensé par la fusion sous-marine et le vêlage, de telle façon que le déficit annuel s’élève à 60 km3. Aussi les plates-formes s’étalent-elles tout en s’amincissant.


La banquise australe

• La banquise permanente (ou interne). Tout le continent antarctique est ceinturé par de la glace de mer difficilement pénétrable. En hiver, elle forme un revêtement continu, sorte de conglomérat de glace jeune, soudant de vieux morceaux de banquise déformés par les compressions à des icebergs labourés par l’érosion, parfois échoués. En été, une fusion partielle, favorisée par la marée et les courants, contribue à la dissocier en plaques, ou floes, qui ménagent contre la côte (ou les plates-formes) un étroit couloir d’eau libre. L’ensemble se ressoude en hiver, en commençant par les régions abritées les plus proches de la côte.

Le déplacement vers l’ouest de la banquise interne fut prouvé par les dérives de nombreux navires qu’elle emprisonna (le Deutschland en 1912 ; l’Aurora, du détroit de McMurdo aux îles Balleny, en 1915). Il varie en vitesse (de 0,15 à 0,75 km/h) et en direction selon la force des vents et courants locaux et le dessin des découpures du continent. En mer de Weddell, les glaces dessinent une rotation jusqu’à la pointe de la péninsule Antarctique, où, reprises par le courant d’ouest, elles s’avancent en une pointe qui tend à isoler les accès orientaux de cette mer.

Faite d’éléments offrant une résistance différente aux vents et courants, la surface de la banquise est cassée de nombreuses discontinuités, qui permettent aux glaces de se comprimer et de s’accumuler, comme sur la façade occidentale de la mer de Weddell, où la pression considérable écrasa nombre de navires, comme l’Antarctica ou l’Endurance.

En été, la fusion, quoique limitée, et l’afflux d’eau douce continentale aboutissent à la création d’une eau littorale diluée (32,4 à 34 p. 1 000 en mer d’Amundsen) et réchauffée. Mais, en hiver, le tarissement de cet apport et la ségrégation des sels, consécutive à la restauration de la banquise, provoquent une substantielle augmentation de la salinité (plus de 34,7 p. 1 000), tant en surface que sur le fond, signalée en mer de Ross, sur la plate-forme de la terre Adélie, mais principalement en mer de Weddell, où l’eau se trouve parfois confinée dans de petites dépressions. Comme sa densité l’entraîne à dévaler la pente, elle est la source du renouvellement des eaux profondes, et joue ainsi un rôle hydrologique mondial.

Sur les fonds récemment dégagés par l’inlandsis, les dépôts actuellement apportés par les glaces varient régionalement et ne voilent qu’imparfaitement l’irrégularité des formes. La sédimentation est essentiellement siliceuse, car le calcaire est facilement dissous par les eaux froides du fond (les coquilles restent toujours minces et flexibles). Les fractions les plus fines sont aisément exportées par les courants de densité.

• La banquise saisonnière (ou externe). Dans la grande auréole s’étendant jusqu’à 60° sud en moyenne, la banquise est fréquente en hiver sous la forme d’un pack discontinu et dérivant ; mais elle devient rare, voire absente, en été, et surtout en automne. L’importance de ces variations exprime l’adoucissement des températures estivales, illustré par l’exhaussement de la ligne de névé, qui est reportée à plusieurs centaines de mètres : les îles ne sont couvertes que par des calottes glaciaires. Dense ou éparpillée, la banquise n’est pas faite de floes immenses comme dans l’Arctique, mais d’éléments petits et peu épais, poussés vers l’est et le nord-est, ou dansant au gré des houles. Les vents peuvent les chasser les uns contre les autres, sans toutefois provoquer de trop dangereux serrages. La banquise externe est aisément navigable en toutes saisons.