Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

livret d’opéra et d’opéra-comique (suite)

 L. Gallet, Notes d’un librettiste. Musique contemporaine (Calmann-Lévy, 1891) ; Préface au livret de Thaïs (Calmann-Lévy, 1894). / A. Van Loo, Sur le plateau. Souvenirs d’un librettiste (Ollendorff, 1913). / Armory, Cinquante Ans de vie parisienne. Souvenirs et figures (Jean-Renard, 1943). / S. Zweig, Die Welt von Gestern. Erinnerungen eines Europäers (Stockholm, 1944 ; trad. fr. le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen, A. Michel, 1948). / M. Zamacoïs, Pinceaux et stylos (Fayard, 1948). / A. Mouézy-Eon, les Adieux de la troupe. Souvenirs de théâtre (la Table ronde, 1963).

Lloyd George (David)

Homme d’État britannique (Manchester 1863 - Llanystumdwy, Caernarvonshire, 1945).



Le démocrate radical

David Lloyd George (quoique né à Manchester, où son père exerçait le métier d’instituteur) est d’ascendance purement galloise. Parmi ses ancêtres, il ne compte que des artisans et des paysans. Orphelin de père à deux ans, il est élevé par sa mère et son oncle, cordonnier de village et pasteur d’une secte baptiste. Profondément marqué par son enfance et sa jeunesse, passées au cœur de la campagne galloise au contact des humbles, il s’est toujours senti Gallois plutôt qu’Anglais et s’est voulu le champion des « petits » contre les « gros », du peuple contre les aristocrates, des nationalités contre les empires dominateurs. Ses vues sur la société restent toujours imprégnées de l’image de la société rurale galloise : d’un côté, les propriétaires fonciers, conservateurs et anglicans ; de l’autre, le peuple, libéral et non conformiste. Indépendance d’esprit et de comportement, volonté individualiste de petit producteur, sens aigu de la dignité, droit au respect et à la justice, telles sont les notions qui le guideront toute sa vie, car il les a puisées au plus profond des traditions galloises.

En partie formé à l’école du village, en partie autodidacte, Lloyd George entre à seize ans comme clerc de notaire dans l’étude d’un bourg voisin, puis s’établit à son compte comme avoué peu après (1884). Homme de loi énergique, obstiné, habile, il prospère peu à peu, tout en commençant à se mêler à la politique locale du côté libéral. En 1890, il est élu au Parlement pour la circonscription de Caernarvon, qu’il va représenter sans interruption pendant cinquante-cinq ans. À la Chambre des communes, il s’affirme comme un impétueux nationaliste gallois, et se situe à l’aile gauche du parti libéral. Partisan de réformes avancées, orateur plein de vigueur et d’imagination, il se fait remarquer au moment de la guerre des Boers par ses attaques contre le bellicisme conquérant des impérialistes. Lorsque les libéraux reviennent au pouvoir en 1905, Lloyd George est appelé au gouvernement par H. Campbell-Bannerman pour diriger le ministère du Commerce et de l’Industrie. Il y déploie une grande activité : aussi, quand H. H. Asquith remplace H. Campbell-Bannerman comme Premier ministre, il confie à Lloyd George les Finances (1908).

Chancelier de l’Échiquier pendant sept ans, Lloyd George est le second personnage du gouvernement et se lance dans une politique sociale audacieuse correspondant à ses idées radicales. C’est ainsi qu’en 1908 il introduit une loi pour la retraite des vieux travailleurs, puis en 1911 une loi sur les assurances sociales (National Insurance Act), destinée à combattre la misère due à la maladie et au chômage, système d’assurance obligatoire avec une triple cotisation des salariés, des patrons et de l’État. Mais c’est le budget de 1909 — le plus célèbre de l’histoire britannique — qui place Lloyd George au centre de la bataille politique. Pour faire face à l’augmentation des armements navals, il accroît considérablement la pression fiscale sur les riches (impôt renforcé sur le revenu, droits sur les successions, taxation des grandes propriétés foncières), ce qui provoque une tempête de protestations chez les possédants et le rejet du budget par la Chambre des lords. Alors, Lloyd George se déchaîne en philippiques fougueuses contre l’aristocratie. Il dénonce l’égoïsme des privilégiés : « les lords contre le peuple ».

Après deux élections coup sur coup qui confirment la majorité libérale (janv. et déc. 1910), la tension politique atteint son comble, et la crise constitutionnelle n’est dénouée que par l’abaissement des lords (Parliament Act de 1911). De l’épreuve de force, Lloyd George sort triomphant et très populaire auprès des masses.


Le leader national

La Première Guerre mondiale donne à Lloyd George l’occasion de jouer un nouveau rôle, car jusque là il s’était peu intéressé aux affaires internationales. L’invasion de la Belgique par l’Allemagne le convainc de la nécessité pour la Grande-Bretagne d’entrer dans la guerre. À partir de là, il se fait l’avocat passionné de la lutte jusqu’à la victoire, sans faiblesse, sans atermoiement, sans compromis. De nouveau, sa pugnacité naturelle s’allie à sa conviction politique. Dès l’automne 1914, il attire l’attention du gouvernement sur le problème vital des munitions. Aussi, lorsqu’en mai 1915 est formé un gouvernement de coalition réunissant libéraux et conservateurs, il se voit attribuer le portefeuille des Munitions. Chargé ainsi de toute la production de guerre, il déploie dans ce secteur une énergie inlassable, bataillant contre les vues étroites des fonctionnaires et des militaires, multipliant dans des proportions considérables les fabrications (en 1916, trois semaines suffisent pour produire autant d’obus que pendant toute l’année 1914-15).

En juin 1916, à la mort de Kitchener, il est nommé ministre de la Guerre. Mais Lloyd George est convaincu que la conduite de la nation en guerre sous la direction d’Asquith manque de vigueur et de décision. Lui-même, chez qui se rejoignent l’ambition et le patriotisme, se voit comme le seul leader capable de gagner la guerre. Au surplus, il bénéficie de l’appui des conservateurs et de l’opinion.

Affaibli par les intrigues, Asquith doit démissionner, et Lloyd George lui succède comme Premier ministre le 7 décembre 1916. Pendant six ans (déc. 1916 - oct. 1922), il dirige la politique de la Grande-Bretagne. D’abord, il s’agit de mener le pays à la victoire : à la tête d’un cabinet de guerre restreint (cinq membres), il galvanise les énergies, insuffle confiance, fait front devant les revers et les troubles de l’année 1917, renforce la coordination avec les Alliés, en particulier avec la France. Incarnation, comme Clemenceau, de la volonté de vaincre, il atteint comme lui le point culminant de la popularité avec la signature de l’armistice en novembre 1918. Aussitôt, le stratège se mue en diplomate. Lors de la conférence de la Paix à Paris, Lloyd George joue un rôle décisif dans la réorganisation territoriale et politique de l’Europe. Au cours des âpres négociations menées avec Th. W. Wilson et Clemenceau, il se montre tour à tour opiniâtre et subtil, imaginatif et retors, habile et insaisissable. Les traités de paix portent pour une bonne part l’empreinte de son réalisme et de son sens aigu des intérêts britanniques. À l’intérieur, après avoir conduit à une victoire électorale écrasante la coalition des conservateurs et de la majorité des libéraux (déc. 1918), il dispose d’une autorité que nul autre leader politique n’est en mesure de lui contester, mais c’est au prix de la cassure du parti libéral, dont la division va être irrémédiable.