Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

Lituanie (suite)

Malgré le vote d’une constitution démocratique en 1922, un coup d’État le 17 décembre 1926 institua dans le pays un régime autoritaire, celui d’Augustinas Voldemaras, qui fut chassé en 1929 par le président de la République Antanas Smetona (1874-1944). Sous l’influence du gauleiter nazi, Memel fut rattachée au IIIe Reich le 22 mars 1939. Après l’accord germano-soviétique et l’écrasement de la Pologne, la Lituanie se vit restituer Vilnious, mais dut accepter des bases militaires soviétiques sur son territoire.

Envahie par les Soviétiques en juin 1940, elle devint le 21 juillet une république soviétique, cependant que l’élite lituanienne et les prêtres catholiques étaient déportés en Sibérie. Occupée par les Allemands de 1941 à 1944, elle fut incorporée dans un Ostland qui regroupait les trois États baltes et la Biélorussie. Elle fut reconquise en juillet-août 1944 par les troupes soviétiques, et, le 28 janvier 1945, le territoire était complètement libéré.

J. B. N. et P. R.

➙ Jagellons / Pologne / Russie / U. R. S. S.

 J. Mauclère, le Pays du Chevalier blanc. Essai d’histoire du peuple lituanien (Spes, 1931). / A. Bossin, la Lituanie (Rieder, 1933). / J. Meuvret, Histoire des pays baltiques (A. Colin, 1934). / M. Hellmann, Grundzüge der Geschichte Litanens und des litanischen Volkes (Darmstadt, 1966). / J. Ochmanski, Histoire de la Lituanie (en polonais, Varsovie, 1967).

liturgie

Ensemble des rites de célébration du service divin.


Fondé sur un récit traditionnel qu’il rapporte, un rite liturgique se présente toujours comme l’évocation d’une histoire sacrée relatant des événements anciens et fondant une action rituelle de l’homme afin de lui permettre de se situer dans le monde.

Mais la liturgie n’a pas qu’une fonction d’intégration sociale : elle transmet une inspiration et témoigne d’un événement mythique qui a eu lieu au commencement. La célébration liturgique se présente ainsi parmi les actions des hommes comme un geste explicatif et efficace, offert en exemple par rapport à tous les autres comportements humains et revêtant l’existence temporelle de significations dernières.

La liturgie juive et la liturgie chrétienne se différencient des liturgies indo-européennes en ce qu’elles sont fondées sur un événement historique et non pas seulement sur un donné original : la révélation du Sinaï et la croix du Christ. Reliant le temps rituel à cet événement historique primordial, la liturgie a dès lors pour fonction d’actualiser sans cesse cet événement fondamental : elle en devient le mémorial.


La liturgie juive

Dans le judaïsme*, le service liturgique (avoda) a pour origine la révélation de la Torah faite à Moïse au mont Sinaï. Destiné essentiellement à sanctifier le temps, jours, semaines, mois, an, il rythme la vie de la communauté juive.

La liturgie juive est moins un « rite », au sens habituel du mot dans l’histoire des religions, qu’une mitsva, une « ordonnance ». Comme la Torah elle-même (Décalogue), la mitsva cultuelle est donnée non à l’infinitif, mais au futur : ce n’est pas un précepte, c’est avant tout une promesse. D’autre part, la liturgie a pour fin d’initier chaque membre du peuple juif à une certaine attitude, qui doit être spécifique du juif, et à une certaine manière d’être homme dans la vie : elle véhicule un sens de l’existence plutôt qu’elle ne prescrit des actes particuliers. Les temps du culte sont ceux qui rappellent à l’homme le projet du Créateur à son endroit, qui est de sanctifier et d’humaniser la vie.

Le service liturgique a toujours un caractère communautaire, qu’il soit accompli au foyer familial ou à la synagogue. La condition pour que la prière puisse constituer un acte de culte officiel est non pas la présence d’un prêtre, mais celle du nombre voulu de participants, soit dix hommes religieusement adultes (minyan). Les offices sont normalement présidés par le rabbin, maître chargé de l’enseignement et de la prédication, et dirigés par un officiant (hazan), mais ni l’un ni l’autre n’ont de caractère sacerdotal. Les descendants des anciens prêtres (kohanim) ont pour seule fonction de bénir la communauté à la fin de l’office.


La liturgie chrétienne

La liturgie du christianisme* puise par ses origines dans celle du judaïsme. Commémoration de la promesse et sanctification du temps, elle devient ici, en outre, d’un mot emprunté à saint Paul, « mystère », présence de la transcendance dans le temps. Dans les liturgies d’origine sémitique (liturgies syriaques, surtout syriaque orientale), la célébration reste cependant centrée sur l’attente eschatologique (Marana tha ! [Viens, Seigneur Jésus !]), tandis que, dans les liturgies d’origine grecque, elle chante surtout la venue de Dieu dans le monde, événement central du christianisme, qui doit avoir pour effet la transformation progressive du monde et de l’histoire. Dieu est « passé » sur la terre ; tout est désormais achevé et a reçu son sens.

Cette émergence de significations nouvelles dans la liturgie du christianisme ne se produisit pas immédiatement. Les premiers disciples étaient juifs et continuèrent de participer au culte du Temple ou à celui de la synagogue. Mais, selon l’ordre qu’ils avaient reçu du Christ, ils inaugurèrent des réunions propres : « Ils se montraient assidus à l’enseignement des Apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Actes des Apôtres, ii, 42).

Le recueil de la Didakhê (fin du ier s. ou début du iie) fournit des indications succinctes sur la célébration primitive du baptême et sur celle de l’eucharistie. Le document le plus ample et le plus précis est, un peu plus tard, la Tradition apostolique sur les ordinations d’Hippolyte de Rome (iiie s.), recueil dont l’origine semble syrienne, mais qui reflète les lignes générales de la liturgie commune à l’Orient et à l’Occident au iie s. À travers ces rares textes, on peut reconnaître une célébration axée sur l’initiation des catéchumènes et sur la célébration eucharistique.