Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

Lituanie (suite)

Jogaila (devenu plus tard Jagiełło en polonais) se convertit au christianisme, épousa la princesse héritière Hedwige d’Anjou et devint en 1385-86 roi de Pologne et de Lituanie sous le nom de Ladislas II Jagellon (1386-1434) [v. Jagellons]. Avec lui commença une longue période d’histoire commune qui dura jusqu’aux partages du xviiie s., traversée de périodes d’une association poussée et d’une franche hostilité, histoire commune qui a laissé des traces sur les rives de la Vistule et sur celles du Niémen.

En 1410, les Polono-Lituaniens furent vainqueurs des Teutoniques à la bataille de Grunwald.


Lublin

La fusion politique entre les deux pays de Pologne et de Lituanie fut lente, bien qu’ils eurent la plupart du temps les mêmes souverains ; la Lituanie conserva d’ailleurs son autonomie administrative jusqu’à l’Union de Lublin en 1569. Désormais, le grand-duché était incorporé définitivement à la Pologne (sénat et diète uniques siégeant à Varsovie). Cette union se fit sous la pression des tsars moscovites, qui menaçaient la Lituanie. Trois ans après l’union, le dernier Jagellon disparaissait, le trône devenait électif, et la Lituanie allait partager désormais le sort de la Pologne.

La polonisation des nobles et des villes, les entreprises communes favorisaient le développement d’une sorte de patriotisme lituano-polonais ; celui-ci ne parut pas menacé au début par la renaissance de la langue lituanienne, que soutenait l’Église catholique notamment dans l’évêché de Samogitie, rival de celui de Vilnious, dont le titulaire était d’habitude un Polonais de la Couronne. Certes, le chanoine samogitien Mikalojus Daukša (1527-1613) joua un grand rôle, mais c’est en latin que Radwan chanta en 1588 la gloire d’un Radziwiłł dans le poème héroïque Radivilias ; l’académie de Vilnious, fondée en 1579 à partir d’un collège de Jésuites, fut un centre très vivant de culture latino-polonaise, dont le rôle fut encore plus important que celui de l’académie latino-polonaise de Kiev. À côté de l’académie de Wilno furent fondés plusieurs collèges jésuites, orthodoxes ou calvinistes (à Kedainiai [auj. Kedaïniai] et à Biržai [auj. Birjaï], grâce à la branche protestante des Radziwiłł).

Au cours du xviie s., malgré de lourdes défaites, la Couronne, noyau de la res publica, resta assez forte pour continuer à assimiler les terres lituaniennes. Mais, sur les confins orientaux, Moscou poussait les pions de l’orthodoxie et du ruthénisme ; la vive réaction catholique et la politique pro-autrichienne de la dynastie mi-suédoise, mi-polonaise des Vasa lui facilitèrent la tâche. L’autonomisme lituanien reprit des forces lors des guerres suédoises du milieu du siècle, certains membres de la famille des Radziwiłł s’étant mis au service de la Suède et du Brandebourg, cependant que la grande guerre orientale menaçait sur les confins de la Lituanie et de l’Ukraine à la fois les intérêts des grands féodaux et ceux de la res publica.


L’époque contemporaine

En 1795, la Lituanie, déjà amputée de dizaines de milliers de kilomètres carrés à l’est, fut partagée entre Russie et Prusse : la Samogitie et l’Aukštaitija devinrent russes ; le district de Suwalki fut prussien et constitua avec le Podlachie et le pays masure le Neuostpreussen.

En 1815, la disparition de ce Neuostpreussen laissa à la Russie toute la Lituanie traditionnelle, mais la Prusse gardait la frange de Gumbinnen (auj. Goussev) à Memel (Klaïpeda) en passant par Tilsit (auj. Sovetsk). Grâce à cette frange, qui était un héritage du temps des Teutoniques, la Prusse put engager une longue action pangermaniste grâce aux livres et aux périodiques en lituanien, auxquels les historiens attribuent un rôle éminent dans le développement en Lituanie de ce qui fut plutôt une conscience ethnique qu’une conscience nationale. Cette propagande se trouva facilitée par le long conflit (aussi avec des prolongements littéraires) entre Russes et Polonais, qui prétendaient, chacun de leur côté, avoir droit à la Lituanie proprement dite et aux territoires de l’ancien grand-duché.

Dans la Lituanie russe l’assimilation fut vigoureusement poussée : la langue russe fut seule enseignée dans les écoles ; les catholiques, qui formaient l’immense majorité de la population, furent persécutés ; en 1839, l’Église uniate catholique de Ruthénie fut obligée de rejoindre l’Église orthodoxe. Aussi cette situation explique-t-elle que la Lituanie participa en 1831 au soulèvement de la Pologne contre le joug tsariste. Une autre révolte, tout aussi vaine, eut lieu en 1863-64, à la suite de laquelle 180 Lituaniens furent exécutés et 9 000 déportés en Sibérie.

Les Lituaniens résistèrent malgré tout à la russification grâce à leur langue, à leurs traditions et à leur religion. L’émancipation des serfs en 1861 ne profita pas à la politique russe ; au contraire, à partir de 1880, sous l’influence du clergé, on vit naître un nationalisme lituanien d’essence paysanne. En 1883 parut le premier journal lituanien, Aušra que remplaça Varpas (« la cloche »), de tendances démocratiques, voire socialistes. En 1905, les Lituaniens réclamèrent l’autonomie et obtinrent l’enseignement de leur langue.

Conquise en 1915 par les Allemands, qui y favorisèrent le nationalisme, la Lituanie demanda son indépendance le 16 février 1918, et la couronne fut proposée au duc d’Uvach, mais, après la défaite de l’Allemagne, la république fut proclamée en novembre 1918, et Augustinas Voldemaras (1883-1954) devint Premier ministre. Durant deux ans, comme les autres États baltes, la Lituanie allait servir de champ clos aux Allemands et aux bolcheviks.

Reconnue par l’U. R. S. S. en 1920, elle vit alors les troupes polonaises du général L. Żeligowski (1865-1946) s’emparer de sa capitale, Vilnious, le 9 octobre 1920. En janvier 1923, le port de Memel (Klaïpeda), administré par une commission interalliée, fut pris par les forces lituaniennes. Dans l’impossibilité de reprendre Vilnious, la nouvelle capitale fut établie à Kaounas (anc. Kovno).