Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

Lituanie (suite)

La production industrielle ne repose pas sur l’industrie lourde, mais le taux de croissance de 1960 à 1968 (144 p. 100) est très supérieur au taux moyen de l’U. R. S. S. (95 p. 100). La république a sans doute bénéficié de larges investissements destinés à réparer les dégâts causés par les hostilités. Elle fournit des matières premières de qualité à une industrie alimentaire et textile : le seigle traditionnel et le blé, cultivés sur des surfaces équivalentes ; la betterave à sucre et le maïs fourrager, qui se sont considérablement développés depuis un quart de siècle ; le lin-fibre traditionnel, cultivé à quelque distance de la côte, sur les croupes morainiques, autour des lacs, au fond des vallées alluviales ; le gros bétail et les porcs, qui assurent une importante production de lait et de viande. Le secteur secondaire se divise ainsi en quatre groupes d’importance à peu près égale : la cellulose et le bois, la petite mécanique et l’électricité, les industries alimentaires variées, la filature et le tissage du lin et de la laine.

Villes et industries sont donc situées à l’intérieur. Vilnious (en lit. Vilnius) est l’ancienne capitale du district polonais connu en Occident sous le nom de territoire de Wilno et qui était effectivement peuplé d’une majorité de Polonais avant la guerre (presque tous rapatriés vers la Pologne nouvelle). La ville polonaise atteignait 215 000 habitants en 1939 ; elle est passée à 236 000 habitants en 1959 et à 372 000 en 1970. Kaounas (en lit. Kaũnas), ancienne capitale, ne dépassant guère 150 000 habitants avant la guerre, a atteint 214 000 habitants en 1959 et 300 000 en 1970. C’est Vilnious qui a été préférée comme capitale, mais leurs rôles industriel, commercial et culturel se différencient difficilement. Les autres villes souffrent du développement parallèle des deux grandes cités. Chiaoulaï (en lit. Siauliai), au nord, comptait 88 000 habitants en 1970, et Panevejis (en lit. Panevežys) 72 000. Le littoral reste peu développé. Le port de Klaïpeda, l’ex-Memel germanique, est situé au nord d’un des plus beaux haffs (lagunes) du littoral baltique, presque entièrement fermé par une flèche sableuse. La population de Klaïpeda est passée de 35 000 habitants avant la Seconde Guerre mondiale à 90 000 en 1959 et 140 000 en 1970. Le port est presque chaque année libre de glaces ou aisément dégagé par l’action des brise-glace. Il vient d’être atteint par une branche du gazoduc en provenance du gisement de Dachava, en Ukraine, et les industries fondées sur l’énergie à bon marché et la chimie des hydrocarbures doivent se développer au cours du plan 1971-1975. Comme Kaliningrad, située dans l’ancien territoire allemand de Prusse-Orientale, Liepaïa et Ventspils, situées en Lettonie, Klaïpeda doit accroître considérablement ses activités et sa population dans le cadre de la nouvelle politique d’ouverture vers les mers. Le développement de la pêche dans la Baltique et l’Atlantique Nord, celui des chantiers de constructions navales sont déjà amorcés.

A. B.


L’histoire


La puissance lituanienne

La protohistoire de la Lituanie reste un domaine mal connu ; les humanistes lituaniens avaient avancé une hypothèse romaine ou une hypothèse germanique (Hérules) ; depuis, on a beaucoup parlé de la communauté primitive balto-slave, installée sur le rivage, de l’embouchure de la Vistule au golfe de Riga.

Si l’on admet que, depuis le ve s., il existait plusieurs territoires séparés par marais et forêts, il semble que les conflits, notamment les incursions scandinaves, imposèrent de bonne heure un embryon d’organisation communautaire, qui ne se substitua pas aux chefs de tribus (viešpats).

Au ixe s., c’est sous la forme slave de Litva que le pays apparaît dans les textes, ce qui semble indiquer l’importance grandissante du conflit entre les Russes, qui cherchaient à atteindre la mer, et les tribus lituaniennes, désireuses de s’étendre vers l’est. Peu à peu, celles-ci réalisèrent la conquête de Grodno, de Minsk, de Polotsk et poussèrent en direction de Pskov et Novgorod, installant des colonies paysannes sur les terres conquises.

Les princes russes, divisés et hostiles les uns aux autres, ne purent guère s’opposer à ce vaste mouvement, rendu peut-être plus pressant par la poussée germanique qui s’exerçait sur la côte baltique à l’embouchure de la Dvina.

Guerre offensive à l’est, combats défensifs à l’ouest, incursions en territoire polonais, jeu complexe d’alliances successives : c’est sous ces auspices que se développa la puissante Lituanie médiévale, fédérée plus énergiquement par Mindaugas (v. 1200-1263). Établi solidement en Aukštaitija (Aoukchtaïtiïa), ce dernier, qui appartenait à une des familles de kunigas (princes) qui s’étaient imposées depuis le xe s., put soumettre également la Žemaitija (Samogitie), région qui avait été pourtant assez puissante pour vaincre en 1236 les chevaliers Porte-Glaive (bataille de Chiaouliaï). Il fut couronné roi en 1253 avec l’accord du pape Innocent IV. Après une décennie difficile, il fut assassiné ; son règne fut marqué par le début de la grande offensive des chevaliers Teutoniques en direction de la Samogitie qui séparait leurs possessions de Prusse des terres livoniennes des Porte-Glaive.

Une nouvelle période de grandeur fut celle du règne de Gédymin (1316-1341), qui se rapprocha de la Pologne, des marchands de Riga, du pape : en même temps, Gédymin consolida les acquisitions en Ukraine, protégea celle-ci contre les Tatars, créa un siège métropolitain orthodoxe, qui se maintint jusqu’en 1330, et accéléra ainsi une certaine russification de la Lituanie. Mais, à sa mort, son État fut partagé entre ses sept fils, ce qui donna lieu à de nouveaux désordres. Toutefois, la Lituanie, avec sa capitale Vilnious, était devenue une des grandes puissances européennes ; ses structures sociales étaient solides et reposaient sur un partage des responsabilités entre de nombreux paysans libres et les boyards, chefs militaires. La colonisation s’était développée ; des villes et des forteresses nombreuses affirmaient la puissance de l’État, dont les ressources s’étaient accrues. La langue commune lituanienne paraît avoir été déjà assez unifiée, mais la langue officielle était de plus en plus le biélorusse.