Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

littoral (suite)

L’attaque marine fait apparaître une falaise (dont la base est parfois excavée de grottes et d’encoches au-dessus desquelles les parties laissées en surplomb s’éboulent par gravité) précédée d’un platier raclé par les sédiments et dont la surface, parfois plane (ou plate-forme d’abrasion), est le plus fréquemment creusée de stries, de sillons, de rigoles ou de cuvettes. Ce couple morphologique évolue différemment selon la résistance du matériel et les possibilités offertes au recul de la côte (fig. 11).
a) Dans les roches mal consolidées (a, b, c), la falaise régresse rapidement sous l’effet des processus aériens. Le platier est encombré de matériaux peu ou mal déblayés par la mer, dont le rôle apparaît comme accessoire.
b) Dans les roches consolidées (d, e, f), la falaise agit directement, en profitant de toutes les faiblesses de la roche (clivage, diaclases, schistosité). C’est dans les structures subhorizontales que les falaises sont les plus hautes et les plus raides, et que les platiers sont les plus étendus (d) ; dans les schistes, elles ont un profil très fréquemment adouci (e) ; dans les roches massives, elles sont très découpées, mais peu élevées (f).

Une côte rocheuse évolue normalement par extension du platier, recul et adoucissement de la falaise (fig. 12). Sa vitesse d’élaboration est parfois difficile à évaluer, mais paraît lente en de très nombreux cas. Les falaises entaillées en roche dure sont parfois considérées comme fossiles, c’est-à-dire façonnées par les hauts niveaux marins quaternaires, les processus actuels se bornant à redégager d’anciens platiers encombrés de dépôts. « Les rivages rocheux sont souvent des rivages retrouvés et non des rivages neufs » (A. Guilcher).

• Les reliefs sédimentaires. Les matériaux usés, triés et transportés par roulage, saltation ou suspension, sont déposés, de façon temporaire ou définitive, lorsque les courants connaissent une brusque perte de compétence. Cette accumulation est favorisée par l’environnement morphologique (étalement des courants à la sortie d’un passage rétréci par exemple) ou biologique (présence d’herbiers).
a) Dans les secteurs exposés, les particules les plus grossières forment des plages (ou des grèves), dont les reliefs mineurs sont schématiquement représentés sur la figure 13. Le profil transversal en est concave, surtout dans la partie haute, peuplée de matériaux de fort diamètre et donc peu mobiles. Démaigrissements et engraissements de l’accumulation, exprimés par le recul ou la progression du trait de côte, alternent selon les fluctuations de son alimentation en débris. La déflation peut y prélever une partie du sable pour l’accumuler en dunes au-dessus de la laisse de pleine mer. Les avant-dunes, parfois appuyées sur une falaise morte, sont colonisées par une végétation pionnière tolérant le sel et l’enfouissement rapide. En arrière s’édifient des dunes transversales à la direction du vent de mer ; plus ou moins fixées par la végétation, elles sont relativement stables. Comme il s’agit d’un couvert le plus souvent incomplet, les taches restées dénudées sont la proie du vent, qui les excave et édifie des monticules confus, puis des alignements longitudinaux ou paraboliques.
b) Dans les secteurs abrités, les fractions les plus ténues se décantent pour former des vasières. L’étage intertidal, ou wadden (fig. 14), comprend une partie basse, ou slikke, où la vase, nue, est sillonnée de chenaux dont les levées sont colonisées par une végétation halophile (salicornes) ; au-dessus de la limite des hautes mers moyennes (contact souligné par une microfalaise), le tapis végétal devient plus dense et la sédimentation fine, plus active : ainsi se forme le schorre, doté de son propre système de chenaux, dont le fond est tapissé de sable.

Finalement, la vase du schorre, consolidée et partiellement dessalée, n’est plus inondée que lors des très fortes tempêtes et marées ; la matière organique, abondante, fixe les tourbières, qui, par tassement, donnent naissance à des flaques curieusement placées en contrebas des chenaux. L’accélération de la sédimentation sous l’effet de phénomènes naturels ou anthropiques porte la partie haute de la vasière hors de la portée de la mer ; ainsi s’individualise le marais, aux limites fluctuantes, mais où les moindres dénivellations influent directement sur la qualité des sols et, partant, sur l’occupation humaine.

Géographiquement ces formes s’ordonnent de la manière suivante.

• Sur les littoraux afluviaux, une plage adossée s’installe au pied des côtes élevées ou s’allonge librement à partir d’un point d’ancrage pour former des flèches (tombolo, « queue de comète », poulier [fig. 15]), dont les pointes s’achèvent en crochets courbés par les courants. Entre le continent et la flèche ou entre deux flèches se forme une lagune communiquant avec la mer par une ou plusieurs passes (parfois appelées goulets de marée).

Dans les lagunes à issue unique, le colmatage est lent et la ceinture de marais discontinue. Lorsque les issues sont multiples, les flots, en se rencontrant, forment des seuils de sable fin qui finissent par diviser la lagune en petites unités morphologiques et hydrologiques distinctes. Les sédiments transitant par ces passes se déposent à leur débouché en deltas de marée (fig. 16) parcourus par des rides transversales.

• Dans les embouchures fluviales, les remaniements sont plus amples en raison de la force des courants et de l’abondance du matériel transporté. Dans les estuaires (fig. 17), où la mer conserve un rôle évacuateur important, le comblement reste embryonnaire : les sédiments fins s’accumulent en vasières latérales, et les sables en banc médian, racine d’un delta sous-marin externe qui ne peut émerger à cause de la force des courants. Le stade final du delta (fig. 18) est atteint lorsque les matériaux encombrent l’ancienne embouchure, qui se partage en plusieurs bras. Un delta comprend : des levées fluviales progressant vers la mer et se multipliant au fur et à mesure des défluviations ; un front dont la barre, gênante pour la navigation, est tronçonnée de chenaux, naturels ou dragués ; enfin des baies entre les levées. Le contour d’un delta dépend de la puissance du fleuve et de l’action de redistribution de la mer : si le débit est faible et si les houles sont actives, le front s’élargit plus qu’il ne s’allonge et a un tracé lobé (par exemple celui du Nil) ; un fleuve puissant, mais débouchant dans une mer peu agressive a un delta en patte d’oie (par exemple celui du Mississippi). La mer édifie des levées perpendiculaires à celles du fleuve et les allonge dans le sens des dérives ; les baies, où se déposent les argiles, tendent à se transformer en lagunes (marais maritimes), puis en lacs (marais d’eau douce), qui évoluent en tourbières ou s’agrandissent par action des houles locales (par exemple l’étang de Vaccarès, en Camargue). Tous forment un milieu idéal pour la fixation d’une faune aquatique et avicole spécifique.