Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

littoral (suite)

L’ambiance climatique littorale peut, selon les régions, avoir une action stimulante ou sédative. Les côtes atlantiques, venteuses, fraîches et toniques, déconseillées aux hypernerveux et aux tuberculeux pulmonaires, sont au contraire des lieux de cure pour les malades atteints de tuberculose externe (par exemple Berck). Les séjours sur les rivages méditerranéens, ensoleillés et doux en hiver, sont bienfaisants dans un très grand nombre de maladies.


Leur hydrologie

Elle se singularise à deux points de vue.

• L’affrontement des écoulements marin et continental.
a) Sur un front de mer afluvial, les eaux de ruissellement infiltrées dans les roches peuvent resurgir très loin en mer (par exemple les littoraux karstifiés). Les nappes alluviales, inclinées vers le rivage, alimentent les lagunes et les sources qui suintent sur les falaises. Infiltrée dans les matériaux de l’estran, l’eau douce migre lentement vers la mer tout en se mélangeant partiellement avec l’eau de mer qui a percolé dans les sables ou les galets (fig. 3).
b) Dans les embouchures, la rencontre devient spectaculaire et souvent difficile à saisir en raison des conditions perpétuellement variables. Au fur et à mesure de sa remontée, l’onde de marée s’y déforme (allongement de la durée du jusant, formation d’un mascaret). Si un débit fluvial réduit n’oppose qu’une faible résistance à cette invasion, une crue importante peut contrarier, déformer, voire supprimer l’oscillation marégraphique d’un estuaire, qu’elle soit de salinité ou dynamique. Le coin salé (fig. 4 a) se déplace donc dans l’embouchure selon l’importance respective de la marée et du débit fluvial ; il peut même disparaître par mélange si les courants deviennent forts. L. Berthois a mis en évidence pour certains estuaires la présence d’une « lentille » d’eau rendue passagèrement immobile entre les poussées marine et fluviale (fig. 4 b). À la sortie de l’embouchure, l’eau, normalement moins dense que celle de la mer, s’étale en surface loin vers le large (écoulement hypopycnal) ; les eaux fortement chargées en troubles ou provenant des régions froides plongent directement vers le fond, qu’elles peuvent éroder (écoulement hyperpycnal).

• L’agitation côtière. Les eaux littorales sont brassées en permanence :
a) par la déformation des mouvements ondulatoires de toutes sortes, dont l’amplitude s’accroît (par exemple, le marnage est sensiblement plus important qu’au large) et dont la direction et le profil se modifient ; c’est ainsi que les houles, en atteignant la côte, s’adaptent aux découpures selon un phénomène classique de réfraction (fig. 5) qui les fait diverger dans les baies, mais converger vers les saillants (fig. 6) ; les houles subissent également une réflexion et une diffraction (fig. 7) ; en parvenant sur les petits fonds, la houle devient dissymétrique et, par excès de cambrure, donne naissance au déferlement (fig. 8) matérialisé par une ligne de brisants précédée d’une nappe d’eau qui monte (jet de rive) et redescend (retrait) sur le haut de l’estran (fig. 9) ;
b) par la formation de courants spécifiques : la marée, les ondes de tempêtes et les tsunamis provoquent l’apparition de courants rapides et tourbillonnaires dont les effets sont spectaculaires, parfois dévastateurs ; les houles engendrent des dérives littorales (cas des houles à incidence oblique [fig. 5]) ou des courants de retour perpendiculaires à la côte (cas des houles normales), ou encore des courants d’arrachement [fig. 10).


Leur vie

Les littoraux offrent des conditions éminemment favorables au développement de la vie.

• Les facteurs écologiques y présentent une extraordinaire variété qui est due :
a) à la diversité des biotopes selon leur exposition à la lumière, aux vents, aux houles et courants de toutes sortes ou selon la nature du substratum, qu’il soit rocheux ou sédimentaire, depuis les blocs ou les galets jusqu’aux vases les plus fines ;
b) à l’ampleur des variations qui affectent les milieux liquide (changements de salinité, de température, de pH, de turbidité, etc.) et solide (importance des remaniements sédimentaires, qui prennent le plus souvent la forme de mouvements alternés au gré des renversements des courants et des vents, des cycles d’émersion et de submersion, etc.).

• Les processus mécaniques et physico-chimiques imposent des adaptations remarquablement graduées.
a) L’étage supralittoral, soumis aux influences du vent (pression, déflation, déracinement), de l’évapotranspiration, des embruns et de l’excès de sel, est tapissé de sols peu évolués, jeunes et squelettiques. Les arbres sont interdits ou seulement tolérés dans les secteurs d’abri. Une végétation basse, buissonnante ou herbacée, caractérisée par son « port » éolien, parvient seule à se maintenir. Il s’agit donc d’un milieu géographique qui, par sa xérophilie et son halophytisme, évoque les régions arides.
b) L’étage mésolittoral, périodiquement incorporé à la terre ou à la mer, alternativement desséché ou hydraté, est recouvert par un sédiment pauvre, où la végétation est rare ou absente, sauf dans les régions tropicales (mangrove). Les fonds rocheux sont colonisés par des champs d’algues et, en certaines régions, forment le support idéal pour les constructions biologiques (« trottoirs » d’algues calcaires, édifices coralliens).
c) L’étage infralittoral, fortement remanié par les courants, se distingue par l’extension des peuplements végétaux (algues de divers types) et la colonisation des sables, protégés des forts déferlements par des phanérogames marines (posidonies, cymodocées) constituant des « herbiers » qui jouent un rôle essentiel dans l’engraissement ou la richesse biologique de nombreux rivages.


Leurs formes

L’eau et le vent dissipent leur énergie en déployant une activité morphologique propre, qui aboutit à la création de deux familles de formes.

• Les reliefs rocheux. Ils sont soumis à l’action corrosive des processus biochimiques, responsables de la formation de reliefs mineurs tels que lapiés, alvéoles, vasques ou encorbellements. Mais ce sont les matériaux fournis par les processus continentaux (thermoclastie, haloclastie, ruissellement) [v. érosion], mis à la disposition des courants, qui sont les agents essentiels de l’attaque des roches (usure, polissage, choc, mitraillage, etc.). Cette agressivité varie selon les domaines climatiques : nulle sur les côtes figées par le gel permanent, modérée dans les régions tropicales (construction et corrosion importantes, mais activité mécanique sensiblement freinée par la densité de la végétation descendant jusqu’à l’estran et la trop grande finesse des matériaux), elle prend toute sa violence en milieu tempéré, singulièrement dans les régions froides, où la roche, fragmentée par le gel, subit les violents coups de bélier des tempêtes et de la banquise côtière (v. Arctique [océan]).