Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

Limoges (suite)

Limoges fut aussi, à partir des ateliers monastiques de Saint-Martial, une ville d’émailleurs dont la production se répandit jusqu’à Jérusalem, à Kiev et en Irlande. On appelait les émaux opus Lemovicum (œuvre de Limoges). Ils servaient à orner les autels et les objets du culte, puis, quand la liturgie du saint sacrement se développa, les réserves eucharistiques. Les ateliers de Limoges produisirent d’abord des émaux cloisonnés, puis inventèrent le procédé dit « champlevé », qui consiste à sculpter sur du cuivre, au marteau et au burin, les cavités qui recevront l’émail. Les lingots de cuivre arrivaient de l’étranger, et le sous-sol limousin produisait l’or, l’antimoine, le manganèse, l’oxyde d’étain, à l’exception de l’oxyde de cobalt, que l’on importait (v. émail). Au moyen de matrices, les émailleurs de Limoges transformaient les têtes de rivets en visages humains.

Cet art a connu deux grandes périodes : aux xiie et xiiie s., puis aux xve et xvie s. On peut admirer au musée municipal de Limoges une collection de 300 émaux qui comprend notamment une douille de crosse du xiie s. en cuivre émaillé de vert, turquoise, bleu et blanc, où deux oiseaux s’inscrivent dans un cercle, et un coffret eucharistique (v. 1200) orné d’émaux représentant le Pantocrator, les bras ouverts, siégeant sur les nuées, encadré par la Vierge, saint Pierre et les apôtres dans des mandorles, pièce remarquable d’un artiste parvenu à une maîtrise exceptionnelle. Les influences de l’art byzantin et de l’islām sont manifestes dans les œuvres des émailleurs limousins, comme dans celles des orfèvres de Conques.

À la fin du xiiie s., les artistes limousins, qui possédaient à fond les techniques du repoussé, forgèrent de grandes feuilles de cuivre et en recouvrirent des statues de bois. Leur renommée était telle qu’ils recevaient des commandes princières de Champagne, d’Angleterre et d’Espagne.

Au xve s., Limoges lança la mode des émaux peints. Le musée municipal conserve de l’atelier de Monvaerni (auteur supposé des premiers émaux peints) l’Adoration des Mages et la Mise au tombeau du Christ, et le Louvre douze plaques représentant les scènes de la Passion. On peut voir au musée de Cluny, à Paris, le Calvaire, émail peint de Nardon Pénicaud (v. 1470 - v. 1542), encore d’inspiration gothique ; à Londres, au Victoria and Albert Museum, l’Annonciation de l’atelier du Triptyque de Louis XII. Peu à peu, les émailleurs cessèrent de créer et se contentèrent de reproduire des œuvres célèbres, dont celles de Dürer*.

Limoges, centre d’une province particulièrement riche en art roman, ne possède aucun monument de ce style, Saint-Martial ayant été détruit à la Révolution. L’art gothique y a laissé la cathédrale Saint-Étienne, commencée en 1273 et attribuée à l’architecte Jean Deschamps, à qui l’on doit les cathédrales de Clermont et de Narbonne. Sa construction dura longtemps puisque la partie occidentale du transept et les deux dernières travées du chœur datent de la fin du xve s. Une extrême pureté de lignes caractérise l’intérieur sévère de l’édifice, aux voûtes hardies, que le jubé, réalisé sous l’épiscopat de Jean de Langeac, pare des grâces de la Renaissance. Le portail Saint-Jean du transept nord (début du xvie s.), étroit et élancé, à trois étages avec une grande rose losangée, est une réussite achevée du style flamboyant. Deux autres églises gothiques s’élèvent à Limoges : Saint-Michel-des-Lions (xive-xvie s.), sans transept ni abside, à trois nefs de même hauteur éclairées de larges verrières, et Saint-Pierre-du-Queyroix (xiiie-xvie s.), qui a la forme d’un rectangle irrégulier.

L’architecture classique est représentée par l’ancien palais épiscopal (1766-1787), œuvre des frères Joseph (1731-1797) et Mathurin (1732-1793) Brousseau, qui abrite le musée municipal.

Depuis la découverte du kaolin à Saint-Yrieix, au xviiie s., l’industrie de la porcelaine* s’est développée à Limoges. Turgot*, intendant de la généralité, l’encouragea par la création d’une manufacture. En plus de ses productions de grande série, cette industrie a fabriqué, surtout avant la Révolution, au temps de la Manufacture royale du comte d’Artois, toute une vaisselle de haute qualité ornée de fleurettes en semis et guirlandes, puis, au début du xixe s., des pièces aux lignes pures du genre de la fameuse cafetière de Balzac, blanches à bandes et filets de couleur.

Le musée national Adrien-Dubouché est, après celui de Sèvres, le plus riche des musées de céramique de France, avec 10 000 pièces de divers pays et surtout des porcelaines de Limoges.

J. P.

 C. de Lasteyrie, l’Abbaye Saint-Martial de Limoges (Picard, 1901). / J. Maury, M. M. S. Gauthier et J. Porcher, Limousin roman (Zodiaque, la Pierre-qui-Vire, 1960).

Limousin

Région économique s’étendant essentiellement sur la partie nord-ouest du Massif central. Capit. Limoges*.



La situation

Elle groupe les trois départements de la Creuse, de la Corrèze et de la Haute-Vienne (16 932 km2 et 738 726 hab.). L’ancienne province du Limousin stricto sensu correspondait approximativement aux seuls départements de la Corrèze et de la Haute-Vienne. Les géographes y adjoignent le Confolentais et le Nontronnais (env. 2 000 km2 et 80 000 hab.), qui présentent les mêmes aspects physiques et humains et subissent l’influence de Limoges.

De nombreux traits communs caractérisent cet ensemble : même relief de plateaux où les seuls accidents notables sont de grandes gorges ; même nuance océanique (dégradée et rendue plus rude par l’altitude) du climat ; même comportement dans l’ancienne économie (combinaison très extensive de céréales mal venues, d’élevage médiocre de moutons et de bovins, extension des landes dans le paysage rural, enclavement des petits groupes humains, faible densité de population) ; même évolution du système agricole vers l’élevage bovin de boucherie, prédominant sur d’autres productions du bétail, même extension des bonifications par chaulage du pré et du bocage, même orientation vers des marchés urbains lointains (Paris, Lyon) ; organisation de l’espace dominée par le hameau lâche, la bourgade à vaste champ de foire ; discrétion générale de l’urbanisation (les villes sont peu nombreuses, les espaces urbanisés bien localisés) ; problèmes omniprésents de dépeuplement généralisé, de désindustrialisation spontanée et de stagnation économique.