Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

Lima (suite)

Les fonctions de capitale politique, renforcées par le centralisme de l’organisation administrative péruvienne, font de Lima le lieu de résidence de l’essentiel des fonctionnaires du pays. Il s’y ajoute les fonctions culturelles héritées du passé, la concentration de l’aristocratie espagnole dans la ville dès le début de la colonisation ayant favorisé le développement d’une université aujourd’hui très importante. Mais Lima est également la capitale économique. Traditionnellement, elle demeure le lieu de résidence des grands propriétaires terriens vivant de l’agriculture moderne des oasis péruviennes ou de l’élevage des grandes estancias andines. Elle est également le lieu d’installation des directions des grandes entreprises minières exploitant les richesses du sous-sol andin ainsi que celui des directions des banques, des assurances et des grandes maisons de commerce, donc des activités du tertiaire supérieur qui, d’une façon générale, encadrent la vie économique péruvienne. C’est ainsi que les vingt et un organismes bancaires péruviens ont tous leur siège social à Lima. La capitale joue ainsi un rôle dominant par rapport aux espaces productifs de la nation : le fait est particulièrement net dans les oasis de la côte septentrionale, où l’économie de plantation est entièrement dépendante des entreprises commerciales et financières de Lima, non seulement pour l’exportation des denrées produites, mais pour l’importation des aliments nécessaires à la vie des habitants. Cette fonction de relais enrichit la capitale, mais elle s’exerce aux dépens des régions d’économie primaire, qui perdent ainsi une plus grande partie de la richesse engendrée par leurs activités de production. Aussi Lima, qui n’abrite que 18 p. 100 de la population du pays, fournit-elle la moitié du montant total des salaires, et la majorité des cadres s’y concentrent. L’activité commerciale représente environ 75 p. 100 de l’ensemble du commerce national, tandis que le marché financier de la capitale assure 98 p. 100 des transactions bancaires du pays.

À cette fonction de direction de l’économie, la ville ajoute enfin un rôle de production industrielle non négligeable, puisque les usines installées dans son périmètre urbain et dans ses alentours fournissent 80 p. 100 du chiffre d’affaires des industries péruviennes. Leur gamme va de la construction urbaine — avec les cimenteries, les briqueteries, les menuiseries — aux industries de substitution des importations, industries textiles, industries du cuir. Elles répondent essentiellement au marché péruvien. En effet, le loyer de l’argent est élevé et les entreprises ne peuvent se développer qu’à l’abri de hautes barrières douanières. Leur localisation dans la capitale correspond à des avantages économiques divers : présence des infrastructures nécessaires, de l’équipement électrique, de la main-d’œuvre, des services financiers et commerciaux et surtout de l’essentiel de leur marché, la fraction riche de la population péruvienne habitant Lima.

Le comportement de cette fraction riche limite d’ailleurs l’essor industriel : une partie des revenus est, en effet, dépensée en produits importés (automobiles par exemple). Il s’y ajoute les frais des voyages de tourisme en Europe ou aux États-Unis dont le montant est presque égal à celui des recettes apportées au Pérou par le tourisme international.

De ce fait, les entreprises industrielles, dont aucune n’emploie plus de 1 000 ouvriers, gardent des dimensions relativement modestes et leur croissance reste limitée : l’emploi industriel n’augmente que de 3 p. 100 par an en moyenne, alors que l’accroissement de la population de Lima est double. Cette croissance urbaine n’est pas seulement liée à l’essor des emplois tertiaires. Elle résulte aussi d’un accroissement démographique général plus rapide que la croissance économique, ce qui aggrave le problème des sans-emplois et la prolifération des quartiers pauvres dans la ville.


La croissance démographique

Lima comptait déjà 25 000 habitants au début du xviie s., grâce à ses fonctions de capitale de la vice-royauté. Mais, jusqu’à la fin du xixe s., sa croissance urbaine fut relativement lente, puisque, à cette époque, la ville ne comptait encore que 100 000 habitants. À partir du début du xxe s., la croissance démographique s’accélère par suite du rôle de plus en plus dominant de la capitale dans la vie économique du pays et de l’attraction qu’elle exerce sur les migrations de population ; aussi Lima compte-t-elle plus de 2 millions d’habitants en 1970 (2,5 en incluant El Callao). Au fort excédent naturel s’ajoute l’important groupe des migrants venus de l’ensemble du Pérou. En valeur absolue, les plus forts contingents sont fournis par la partie de la sierra andine proche de Lima et atteinte par les routes et la voie ferrée. Les oasis côtières du Nord envoient également un nombre important de migrants. Souvent, ce sont des paysans de la montagne qui descendent d’abord dans cette zone de plantation, avec l’espoir de trouver du travail, puis, déçus, reprennent leur voyage jusqu’à la capitale. L’ampleur de ces déplacements de population ne cesse d’augmenter, tandis que leur importance relative tend à diminuer : entre 1941 et 1945, le nombre de migrants arrivés à Lima n’excédait pas 90 000, mais représentait 53 p. 100 de l’accroissement total de la population ; entre 1951 et 1955, il est déjà de 161 000, mais ne représente plus que 48,5 p. 100 du total ; entre 1961 et 1965, il est d’environ 400 000, sans que son importance relative ait augmenté. En effet, ces migrants sont pour la plupart de jeunes adultes dont l’installation provoque un grand essor du nombre de naissances dans la ville et donc de la part de l’accroissement naturel. Lima, qui n’abritait que 8 p. 100 de la population péruvienne en 1940, en renferme maintenant près de 20 p. 100, ce qui ne manque pas de poser des problèmes dans l’organisation du tissu urbain.