Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

Lille (suite)

L’histoire de Tourcoing

Le bourg de Tourcoing est cité pour la première fois dans un acte du xie s. Au siècle suivant, on mentionne ses « serges, fripes et camelots ». Car, comme Roubaix, sa voisine du « plat-pays », Tourcoing manifeste très tôt une vocation drapante spécifique. En 1491, Maximilien Ier d’Autriche accorde à la ville une foire franche. Après avoir souffert des luttes religieuses du xvie s., Tourcoing — qui, en 1549, compte 1 357 feux, le chiffre le plus élevé du « plat-pays » — connaît sous les archiducs, puis sous la monarchie française une grande prospérité, favorisée en 1776 par la fin du monopole lillois. Le 18 mai 1794, Moreau remporte, sur le territoire de Tourcoing, une victoire capitale sur une armée anglo-autrichienne.

Le xixe s. voit l’essor prodigieux de l’industrie tourquennoise. La ville, qui, en cent ans, passe de 11 000 à 82 000 habitants et où travaillent des milliers de « frontaliers » belges, reçoit 76 000 t de laines brutes en 1901 ; la même année, son bureau de conditionnement voit passer 26 000 t de peignés. En 1905, la place compte 11 établissements de peignage mécanique, 26 filatures (417 000 broches) de laine, 7 filatures (4 5000 broches) de laines cardées, 24 retorderies (118 500 broches), 16 filatures de coton (540 000 broches), 5 800 métiers à tisser, qui fournissent draperies, robes, doublures, et 4 établissements de tissus d’ameublement. En outre, Tourcoing possède une industrie propre de tapis, notamment de tapis de luxe, et de nombreux établissements de bonneterie, de teinturerie, d’apprêts, de constructions mécaniques... Tourcoing connaît aussi la plaie du paupérisme prolétarien, envers du développement économique ; mais les idées socialistes y pénètrent moins qu’à Roubaix.

Depuis, la ville a subi les fluctuations de la conjoncture et de la nouvelle révolution industrielle. Mais, dans le cadre de la communauté urbaine, elle continue de partager avec Roubaix le titre de « capitale de la laine ».

Tourcoing est la patrie d’Albert Roussel et du poète patoisant Jules Watteeuw, dit le Broutteux (1849-1947).

P. P.


Le développement urbain

Le noyau primitif de la ville s’allonge dans le sens nord-sud selon ce qui fut et reste l’axe principal de circulation. Au sud, la rue de Paris (anciennement rue des Malades) ; au centre, la place du Général-de-Gaulle (anciennement Grand-Place) ; au nord, les rues Esquermoise et Grande-Chaussée. Le centre des affaires et du commerce est resté près de la place du Général-de-Gaulle. La période bourguignonne et préfrançaise a laissé ici un ensemble monumental important de baroque flamand : rangées de maisons, Palais Rihour, résidence des ducs de Bourgogne, ancienne Bourse. Les architectes du xixe s. ont su s’en inspirer, et, aujourd’hui, l’opinion publique se passionne pour la rénovation ou la reconstruction des anciennes façades, qui redonne au centre un cachet longtemps méconnu. La partie sud, détériorée par les trop célèbres courées, a été rasée ; on y a construit de grands immeubles et la première tranche du centre directionnel. La partie nord est également dégradée, mais elle a conservé des ensembles monumentaux remarquables (rue de la Monnaie, hospice Comtesse) et est en voie de restauration.

Après le rattachement à la France, en 1667, Vauban fit construire au nord-ouest, dans les marais, la citadelle, dotant Lille d’un monument exceptionnel. Un nouveau quartier combla le vide entre la citadelle et le noyau primitif ; des rues à angle droit, notamment la rue Royale, y sont bordées de beaux hôtels de style classique.

La poussée industrielle du second Empire fit éclater les remparts de Louis XIV, remplacés par une enceinte de forme triangulaire, qui se lit encore sur les cartes. Lille annexa les communes voisines — Fives, Wazemmes, Moulins-Lille, Esquermes —, et la population passa de 52 000 à 216 000 habitants. L’extension se fit vers le sud, ce qui plaça le centre dans une position curieusement excentrique. Au contact de cette extension et du noyau primitif, à la place des fortifications de Louis XIV, de grands boulevards (de la Liberté, Louis-XIV) sont bordés d’hôtels particuliers et d’édifices publics (préfecture, palais des Beaux-Arts, facultés). La partie annexée, percée de grands boulevards, a été rapidement occupée par un habitat résidentiel ; seule l’extrémité est et sud-est a accueilli quelques usines.

Actuellement, le « triangle » des fortifications du second Empire est utilisé par le boulevard périphérique ; la partie sud est occupée par de grands immeubles ; la partie nord-est est destinée à la seconde tranche du centre directionnel ; à côté d’une cité administrative de 22 étages, de l’hôtel de la communauté s’élèvent des immeubles groupant bureaux, restaurants, salles de spectacle, en attendant la création d’une gare souterraine donnant accès au métro, aux trains à très grande vitesse (T. G. V.) et à quatre autoroutes. Cet ensemble, achevé, devrait assurer à Lille le niveau d’équipement d’une grande métropole.

La banlieue s’est développée surtout selon une direction S.-O. - N.-E. et est à dominante industrielle au sud-est (Fives) et le long de la Deûle et de la Marque (ou Marcq) [Haubourdin, Saint-André et une partie de La Madeleine]. Aujourd’hui, l’agglomération s’étend fortement vers l’est, d’abord par la construction de la Z. U. P. de Mons-en-Barœul, ensuite par le développement de Villeneuve-d’Ascq, ou Lille-Est : les universités des sciences, des lettres et de droit s’y installent dans deux campus ; les plans sont prévus pour accueillir environ 100 000 habitants ; puissamment quadrillé d’autoroutes, cet ensemble sera relié au centre par un métro aérien.

Roubaix (109 797 hab.) et Tourcoing (102 543 hab.) se sont développées au xixe s. Leurs banlieues se sont étendues en direction de Lille et ont débordé de l’autre côté de la frontière. Les deux villes, et particulièrement Roubaix, ont été fortement marquées par l’industrialisation rapide. Usines et habitat sont imbriqués jusque dans le centre et les courées ; ces rangées de très petites maisons, perpendiculaires aux rues, posent d’épineux problèmes. Là aussi, une rénovation est en cours. Déjà une grande partie du centre de Roubaix a été rasée et reconstruite selon un urbanisme très moderne.