Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

Liège (suite)

Détruite par Notger et reconstruite par ses soins, l’église Saint-Denis (987) a gardé une tour et un austère narthex de style roman ; le chœur est ogival, et la décoration intérieure est de pur style rococo, avec des voûtes fleuries d’arabesques. Dans le transept, un magnifique retable en bois sculpté représente les scènes de la passion du Christ. D’origine brabançonne, il fut réalisé vers 1510.

Dans la cathédrale Saint-Paul se retrouvent les trois formes du gothique. De son aspect primitif (971) ne subsiste que son narthex roman. Sa tour date du xive s., le portail est de style Renaissance, et l’intérieur est orné de rinceaux à l’italienne (1557). Un cloître à trois galeries jouxte l’édifice. Son trésor, provenant en majeure partie de l’ancienne cathédrale Saint-Lambert, comporte deux reliquaires fameux, celui de saint Lambert et celui de Charles le Téméraire. Le musée diocésain est lui aussi attenant à la cathédrale.

L’église Saint-Jean-l’Évangéliste fut construite au xe s. par l’évêque Notger sur le modèle du sanctuaire carolingien d’Aix-la-Chapelle ; rebâtie au xviiie s., elle le fut curieusement sur le même plan octogonal. Le cloître attenant a des galeries gothiques ; le seul vestige de l’époque romane est la tour édifiée vers 1200. La décoration intérieure de plusieurs autres églises de Liège présente un caractère baroque très pur.

Le premier et principal monument profane est le palais des Princes-Évêques (1526-1538). Brûlé et rebâti en 1737, il porte les traces de ces vicissitudes. Ses façades extérieures en ont pâti, mais la première cour intérieure, aux soixante arcades, est imposante, tandis que la seconde cour a un charme plus intime. Conçu par Arnold Van Mulken, qui fut aussi l’architecte de l’église Saint-Jacques aux riches voûtes flamboyantes, ce palais reste, malgré quelques rénovations contestables, l’édifice le plus marquant de Liège.

La maison Curtius (v. 1600), bâtie pour un riche munitionnaire, est un exemple typique de Renaissance mosane. Dans ses collections, le Moyen Âge est particulièrement bien représenté. Parmi les pièces les plus précieuses, l’évangéliaire de Notger, dont le plat de la reliure est orné d’un bel ivoire mosan (v. 980-1000). Dans les annexes, le musée du Verre possède, outre ses collections anciennes, une section moderne internationale.

Ville séculaire d’armuriers, Liège se devait d’avoir un musée d’Armes : établi dans l’ancienne préfecture du département de l’Ourthe, nombre de souvenirs de l’époque napoléonienne y sont conservés. L’hôtel d’Ansembourg (v. 1735) est remarquable par l’authenticité de son décor. Il abrite de très beaux meubles de style liégeois et des objets du xviiie s.

D’un charme discrètement vieillot, le musée Grétry, établi dans la maison natale du compositeur, est pleine de souvenirs personnels. L’hôtel de ville, dit « la Violette », nom que l’on retrouve dans les textes depuis le xiiie s., fut démoli en 1691. Le bâtiment actuel, d’ordonnance classique, fut élevé entre 1714 et 1718. Sur la même place se trouve le Perron, curieux vocable pour désigner une fontaine symbolisant les franchises communales : conçu en 1697 par le sculpteur liégeois Jean Delcour (1627-1707), il est orné de charmantes figures des trois Grâces soutenant la pomme de pin, « symbole de la solidarité civique ». Du même artiste, la Vierge à la fontaine (1695), dressée à l’entrée de la rue Vinâve-d’Île.

Les temps modernes ont vu naître plusieurs autres musées : celui de la Vie wallonne (1912), voué principalement à la vie quotidienne de la Wallonie au xixe s. ; le musée d’Art wallon, groupant peintres et sculpteurs, depuis Lambert Lombard (1506-1566) jusqu’à Paul Delvaux* ; le musée des Beaux-Arts, riche en œuvres contemporaines, notamment des expressionnistes flamands et surtout des peintres de l’école de Paris. Au crédit de l’architecture moderne, il y a lieu de citer le vaste palais des Congrès (1958) dans le parc de la Boverie.

R. A.

 L. Koenig, Histoire de la peinture en pays de Liège (Liège, 1952). / J. Puraye, Liège sous l’Empire (Bruxelles, 1954). / S. Collon Gevaert, J. Lejeune et J. Stiennon, Art roman dans la vallée de la Meuse aux xie et xiie siècles (Bruxelles, 1963). / A. M. Fize-Lejeune, Répertoire bibliographique des trouvailles archéologiques de la province de Liège (Bruxelles, 1965). / J. Philippe, Liège, terre millénaire des arts (Libr. Halbart, Liège, 1971).

Liège (province de)

Province de la Belgique orientale ; 3 876 km2 ; 1 020 000 hab. Ch.-l. Liège*.


Située sur des grands axes de circulation, riche en ressources industrielles, financières, intellectuelles, la province dispose de nombreux atouts. Mais elle doit vaincre les difficultés actuelles communes en Europe aux régions houillères et propres en Belgique aux régions wallonnes. De 1960 à 1970, la population n’a augmenté que de 2,5 p. 100 ; la natalité est faible ; le solde naturel a même été négatif en 1970 ; le solde migratoire est légèrement positif (+ 2 200 de 1960 à 1970), mais formé pour moitié d’étrangers, et l’évolution s’est détériorée après 1966. Le produit intérieur brut de la province représentait 12 p. 100 du produit belge en 1960 et seulement 10,6 p. 100 en 1970.

Les deux tiers méridionaux de la province sont formés par l’Ardenne et, pour la plus grande partie, par l’Ardenne schisto-gréseuse, la plus élevée. Les plateaux se situent entre 400 et 500 m, et le massif des Hautes Fagnes culmine à 692 m au signal de Botrange. De belles vallées, telle celle de l’Amblève, s’y encaissent. Les forêts occupent une large place, mais la fagne subsiste encore sur certaines hauteurs. La population est ici assez faible (densité inférieure à 50 hab. au km2) ; elle se groupe en petits villages où l’élevage est l’activité principale. Le Condroz, avec ses reliefs allongés, est plus bas (300 m) et occupe peu de place, mais offre les beaux paysages de la vallée de l’Ourthe. L’Ardenne, vers le nord, s’arrête à la vallée de la Meuse et, à l’est de Liège, est limitée par la Vesdre. Le sillon Meuse-Vesdre est un grand axe de circulation et de vie industrielle, ce qui n’exclut pas la beauté des paysages.