Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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lexique (suite)

La lexicologie

La lexicologie peut se définir comme la description des structures du vocabulaire. Elle s’occupe, selon les tendances, de champs lexicaux (ensembles de mots reliés entre eux par des liens formels), de champs sémantiques (ensembles de mots ayant en commun une part de sens), de champs conceptuels (ensembles de termes impliqués dans un domaine défini de manière extralinguistique).


Dénotation et connotation

La question du sens est en outre compliquée par les problèmes de connotation et de dénotation. Si on prend par exemple des mots comme voiture et bagnole (ou soulier et godasse, ou tête et caboche), on peut dire que les objets désignés sont les mêmes ; mais bagnole, godasse, caboche renvoient à l’objet en introduisant une nuance complémentaire, révélatrice du comportement de celui qui parle ou du jugement qu’il porte sur l’objet. Cette nuance ajoutée au sens principal est une connotation. En réalité, tous les mots du vocabulaire général peuvent prendre ainsi des valeurs secondes selon les sentiments de celui qui parle, de celui à qui on parle, selon la situation, etc. Un mot comme neige par exemple n’aura pas du tout le même sens connotatif selon qu’il est employé par des skieurs ou par des paysans, alors que le référé (le sens dénotatif, ou dénotation) est identique. Chaque mot tend ainsi à prendre en fonction de la culture, des sentiments, de la vie de celui qui l’emploie ou de celui qui l’écoute une série de connotations : il arrive parfois que la généralisation de certaines d’entre elles provoque un glissement de sens.


Sens et signification des mots

Un mot se caractérise par l’association d’un sens donné à une certaine suite de sons susceptible d’un emploi grammatical donné. La forme du mot est le signifiant, les notions auxquelles elle renvoie constituent le signifié. La signification est le phénomène par lequel, en fonction du code linguistique auquel il appartient, un mot évoque chez le destinataire (l’interlocuteur de celui qui l’emploie) un certain signifié. La signification est également liée aux relations qu’un mot entretient avec d’autres unités à l’intérieur même du système de la langue. C’est ainsi que le sens de entendre (à l’origine « fixer son attention ») a évolué en fonction de la disparition progressive de ouïr et de l’existence de écouter. Les mots qui précèdent et les mots qui suivent une unité dans une phrase donnée contribuent à déterminer le sens qu’on va lui assigner : ainsi, L’infirmière veille pourra être ambigu (« L’infirmière ne dort pas » ou « L’infirmière est attentive », avec une ellipse du complément d’objet dans ce cas), alors que L’infirmière veille à ce que le malade reçoive tous les soins nécessaires est univoque, grâce à la présence du complément introduit par à ce que.

Ainsi, tout mot français doit être étudié de deux manières différentes. On peut d’abord se demander si telle unité peut prendre la place d’une autre, partout, dans certains contextes, ou nulle part, avec des changements de sens partiels, totaux ou sans changement de sens. C’est le point de vue des substitutions. Mais on peut aussi rechercher quels mots peuvent ou non être combinés avec telle ou telle unité, et de quelle manière.

Les possibilités de substitution permettent de définir les synonymes, ou mots qui se différencient par la forme, mais qui appartiennent à la même classe grammaticale et ont la même signification. Il est rare toutefois que la synonymie soit parfaite : beaucoup de synonymes ne sont pas interchangeables en tous lieux ; aigu et pointu sont synonymes dans certains contextes, mais on ne dit pas, notamment, un chapeau aigu. Plus nette est la synonymie qui existe entre mots appartenant à des registres différents (par exemple soulier et godasse) ; mais, dans ce cas, ce sont les discours et les situations dans lesquels ils sont produits qui sont différents.

Inversement, les formes polysémiques pourront être distinguées par les environnements : clé est polysémique (clé d’une serrure, d’un problème, d’un mystère, problème clé, mot clé). Chaque fois, l’environnement permettra d’assigner à clé le sens qui convient, sans risque d’erreur. Aussi un mot a-t-il d’autant plus de sens qu’il peut entrer dans des environnements différents. C’est la tradition lexicographique, mais non les structures lexicales, qui permet d’opposer à l’unité polysémique (forme unique qui prend des sens différents) les homonymes (mots différents qui se prononcent et/ou s’écrivent de la même manière).

L’analyse « sémique » du vocabulaire est une tentative pour essayer de systématiser l’étude du signifié, du contenu de chaque mot. Elle est donc d’une certaine manière un raffinement indispensable des recherches de définitions. On posera que la série des noms de siège (par exemple chaise, tabouret, pouf, fauteuil, etc.) ont en commun certains traits (« objet pour s’asseoir ») et d’autres traits différentiels (« avec dossier » ou « sans dossier », « avec plusieurs pieds » ou « sans pieds », « avec bras » ou « sans bras », etc.). Cette procédure est assez facile à appliquer pour les noms d’objets concrets, mais rencontre des difficultés beaucoup plus grandes pour les noms de notions.

Il faut distinguer l’analyse sémique de l’analyse « componentielle ». Cette dernière propose notamment de tenir compte des valeurs relationnelles des substantifs : voisin, par exemple, doit se décrire par le rapport établi entre deux noms (A est voisin de B) ; de même, on distinguera deux mots femme : femme 1 (caractérisé par le rapport A est une femme) et femme 2 (si A est la femme de B, B est le mari de A).

La notion de mot

Le problème essentiel du mot est celui de sa définition. Il existe à ce propos deux sortes d’attitudes : la première considère le mot comme une donnée provisoire qu’il faut admettre pour pouvoir avancer dans les recherches linguistiques ; la deuxième est la conception naïve selon laquelle le mot est une donnée indiscutable de la réalité.