Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Anne d’Autriche

Reine de France (Valladolid 1601 - Paris 1666).


Fille du roi d’Espagne Philippe III, elle reçoit une éducation pieuse, mais on se préoccupe peu de sa formation intellectuelle. Dès 1609, on agite des projets d’union avec la cour de France, et, au traité de Fontainebleau (1611), le mariage d’Anne et du jeune Louis XIII est décidé.


L’épouse de Louis XIII

Le mariage est célébré à Bordeaux en 1615. Cette union sera un échec total : Louis XIII reste insensible à la beauté de la jeune reine. D’un mari aussi froid et qui, de plus, a renvoyé en Espagne toutes ses dames, Anne, déjà légère d’esprit, se détache peu à peu. Une série de mésaventures et d’imprudences de sa part renforceront l’aversion de son époux.

En 1625 a lieu l’« affaire Buckingham ». C’est la scène dite « du jardin d’Amiens » : l’ambassadeur d’Angleterre, dont la prestance a séduit la reine, s’y montre plus qu’entreprenant. Le scandale éclate, et Louis XIII, furieux, chasse la duchesse de Chevreuse, amie de la reine, qui a favorisé l’intrigue. L’absence de progéniture du couple royal fait de l’incapable Gaston d’Orléans, frère du roi, l’héritier du trône, et les conspirations les plus folles vont, jusqu’à la fin du règne, se nouer autour de lui.

La première est le complot de Chalais, qui, en 1626, se propose d’assassiner Richelieu, de déposer le roi et de donner à Gaston son trône et son épouse. On ne sait si la reine, qui répondit à ses accusateurs « qu’elle aurait trop peu gagné au change », y a trempé, mais Louis XIII, profondément blessé, n’oubliera pas.

L’éloignement du roi ne fait que s’accroître, lorsque Anne s’immisce dans la politique, d’abord en supposant à Richelieu ; elle est, comme bien d’autres, une victime de la journée des Dupes (1630). Elle a le tort, ensuite, de donner prise au cardinal par ses imprudences. En 1637 a heu l’« affaire du Val-de-Grâce » : par l’entremise de l’abbesse de ces lieux, une Espagnole, Anne entretient une correspondance suivie avec son frère Philippe IV, alors en guerre avec la France ; la reine n’est sauvée que par le silence de son valet de chambre, qui est embastillé. Cette « trahison » peut s’expliquer par le fait qu’à l’époque la politique extérieure de Richelieu rencontre en France une grande opposition, de la part principalement du « parti dévot », outré des alliances protestantes du roi de France contre la très catholique Espagne. L’éducation religieuse d’Anne, comme ses liens de famille, la pousse dans cette voie.

Après cet événement, la reine subit une sorte d’exil à la Cour, mais, l’année suivante, l’enfant tant attendu s’annonce, et enfin la reine accouche d’un fils.

La naissance d’un dauphin, en écartant du trône de France le lâche conspirateur qu’est Gaston d’Orléans, renforce, dans l’État comme au-dehors, l’autorité personnelle du roi et de son ministre. Cependant, on n’en sait pas gré à la reine, et sa maternité ne lui donne aucune autorité politique. Ni la naissance d’un second fils, Philippe, en 1640, ni la mort de Richelieu n’empêchent Louis XIII de manifester froideur et dédain envers sa femme.


La régente

Cependant, le roi ne va survivre que de quelques mois à son ministre, mort le 4 décembre 1642. Sous l’influence du cardinal Mazarin, que lui a légué Richelieu, il accorde à regret la régence à Anne d’Autriche et la lieutenance générale du royaume à son frère, mais en les liant tous deux à un conseil de régence où figurent Mazarin, le prince de Condé et les secrétaires d’État.

À la prière d’Anne d’Autriche, le parlement annule ces sages dispositions aussitôt après la mort du roi (1643) et lui confie la régence.

L’opinion s’attend à un revirement spectaculaire de la politique française, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. On sait Anne ennemie du cardinal, mais la régente n’épouse pas les querelles de la reine et, si elle rappelle quelques amis fidèles comme la duchesse de Chevreuse, elle confie les affaires à Mazarin, qui devient « chef du Conseil et ministre d’État ». « Surveillant » de la régente, le cardinal a l’adresse d’en devenir le confident. Fut-il quelque chose de plus ? On a beaucoup épilogue sur le sujet. Toutefois, il ne semble pas qu’il y eut mariage secret : la piété de la reine comme son orgueil infirmeraient plutôt cette hypothèse. À l’époque, les ambitions déçues de ceux qui comptaient bien rallumer sous la régence les troubles de la minorité de Louis XIII alimentèrent les calomnies.

Quoi qu’il en soit, Anne d’Autriche soutient le cardinal Mazarin contre vents et marées, et c’est par lui qu’est continuée la politique de Richelieu. Pour l’histoire, il suffit de constater qu’au moment de choisir contre ces brouillons qui ne désirent que détruire les résultats acquis sous le dernier règne elle sut prendre le meilleur parti et s’y maintenir. Dès lors, retracer sa vie, c’est faire le récit de la Fronde* et du ministériat de Mazarin*.

Sans instruction, la reine était d’une nature un peu épaisse et paresseuse. Avec l’âge, elle s’alourdit par excès de nourriture et de sommeil, au point que Retz l’appelle « la grosse Suissesse ». Dédaignée de son époux, il semble que sa vanité ait souffert plus que son cœur ; il ne paraît pas non plus qu’elle ait porté beaucoup d’affection à ses enfants. Malgré tout, elle ne manquait ni de séduction ni de bonté. On a dit aussi que sa piété était formaliste et qu’elle manquait de jugement. Le choix qu’elle fit de Vincent de Paul, qu’elle imposa, contre le gré de Mazarin, à la présidence du Conseil de conscience, ne semble pas confirmer cette façon de voir.

Anne consacra ses dernières années à des ouvrages de piété et de charité. Elle se retira souvent dans cette abbaye du Val-de-Grâce qu’elle avait fait construire.

P. R.

➙ Fronde / Louis XIII / Louis XIV / Mazarin / Richelieu.