Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

Laurier (Wilfrid) (suite)

Le développement du peuplement conduit Laurier à cautionner les changements dans la carte politique du Canada : les provinces de la Saskatchewan et de l’Alberta sont créées en 1905. Malgré un combat d’arrière-garde, Laurier renonce, ici comme au Manitoba, à accorder un embryon d’enseignement en français aux minorités catholiques ; désabusé, il en viendra à avouer : « Nous sommes forcés d’arriver à la conclusion que le Québec seul est notre patrie parce que nous n’avons pas de liberté ailleurs. »

Pourtant, sur le plan de la politique étrangère, le Premier ministre marque d’abord avec éclat sa solidarité avec l’impérialisme britannique : bien que les sympathies du Québec, exprimées par Henri Bourassa (1868-1952), soient massivement du côté des Boers, Laurier patronne l’envoi de plusieurs contingents de volontaires pour lutter contre ces derniers (1899). Cette fidélité à Londres oblige Laurier à un dur sacrifice lorsque se pose le difficile problème de la frontière entre l’Alaska et le Canada : pour ne pas créer de graves incidents entre Londres et Washington, qui en est déjà venu à envoyer ses « marines » dans les régions contestées, le Premier canadien doit accepter les conclusions d’une commission favorable aux États-Unis (1903). L’incident achève de le persuader qu’il faut obtenir la plus large marge d’action possible pour Ottawa : un premier succès est pour lui la négociation directe d’un traité de commerce avec la France (1907). En 1909, un « département des Affaires extérieures » est établi à Ottawa, et la marine canadienne est créée, tout au moins sur le papier.

Ce nationalisme « canadien » s’oppose de plus en plus au nationalisme québécois d’Henri Bourassa, qui a fondé le Devoir en 1910. Or, l’opposition catholique et française va se conjuguer avec celles des conservateurs anglophones et des milieux industriels lorsque Wilfrid Laurier, à la demande des Américains, va chercher à alléger le protectionnisme ; Rudyard Kipling lui-même sonnera son petit hallali, à la veille des élections de 1911 : « C’est son âme elle-même, télégraphie-t-il, que le Canada risque demain. » Les conservateurs sont élus partout avec une large avance.

Wilfrid Laurier refusera, pendant la Première Guerre mondiale, d’entrer dans un cabinet d’union nationale et restera jusqu’à sa mort le chef de l’opposition.

S. L.

 R. Tanghe, Laurier, artisan de l’unité canadienne (Mame, Tours, 1960). / J. Schull, Laurier, the First Canadian (Toronto, 1965).

Lausanne

V. de Suisse, ch.-l. du canton de Vaud*, sur le lac Léman ; 140 000 hab. (Lausannois).


Au ier s. av. J.-C. est attestée l’existence, sur les bords du lac, du vicus de Lousonna, qui jouait déjà le rôle de carrefour routier. À l’époque des grandes invasions, Lousonna changea de site ; les habitants, pour des raisons de sécurité, se réfugièrent sur des hauteurs dominant le lac Léman. Les deux ruisseaux le Flon et la Louve, par les dépressions qu’ils ont creusées, déterminèrent le site primitif de la ville. La Cité fut le noyau initial autour duquel s’agglomérèrent d’autres quartiers topographiquement bien délimités. L’extension progressive explique l’aspect particulier de Lausanne, « ville toute en montées et en descentes ». À la fin du vie s., le dernier évêque d’Avenches transféra son évêché à Lausanne. Pendant près de neuf siècles, la ville resta une cité épiscopale autonome, distincte du reste du pays de Vaud lorsque celui-ci devint savoyard. Longtemps, les évêques de Lausanne restèrent des personnages de premier plan. L’influence de Lausanne, en Occident, était considérable. En 1275, la ville fut le lieu de la réconciliation entre l’empereur Rodolphe de Habsbourg et le pape Grégoire X. L’année 1449 vit le duc de Savoie Amédée VIII, antipape sous le nom de Félix V, renoncer dans la cathédrale de la ville à la dignité pontificale au profit de Nicolas V, terminant ainsi un schisme de dix ans. Toutefois, dès 1368, la bourgeoisie locale s’était affranchie de l’autorité épiscopale et avait obtenu une charte urbaine. L’indépendance de la ville prit fin en 1536 lorsque Berne, en conflit avec la Savoie, occupa Lausanne. Berne imposa la Réforme. Lausanne devait rester bernoise jusqu’en 1798, lorsque le Directoire mit fin au régime ancien en Suisse. L’acte de médiation promulgué par Bonaparte en 1803 déclara Lausanne chef-lieu de canton. À partir de cette date, l’histoire de la ville se confond avec celle du canton de Vaud et de la Suisse. L’année 1874 vit l’installation à Lausanne du Tribunal fédéral, la plus haute juridiction de la Confédération. Au début du xxe s., le rôle international de la ville s’accrut. Lausanne fut le lieu de signature d’un certain nombre de traités : paix d’Ouchy (auj. quartier de la ville) entre l’Italie et la Turquie en 1912 ; traité de Lausanne entre cette dernière et les Alliés en 1923 ; conférence des Réparations en 1932.

Malgré ce riche passé, Lausanne resta un gros bourg jusque vers 1850, n’abritant alors que 15 900 habitants (1709 : 7 400. Si, dans l’ensemble, Lausanne se présente comme une ville jeune, la vieille ville ne cesse de donner son caractère particulier à l’organisme urbain actuel. À la cité primitive s’ajoutèrent au cours du Moyen Âge les quartiers du Bourg, de Saint-Laurent, du Pont et de la Palud. Ces quartiers, situés sur leurs collines respectives, s’unirent au xve s. C’est là que se trouvent les monuments les plus anciens : la belle cathédrale gothique (xiiie s.), le château épiscopal (xive-xve s., auj. siège du gouvernement cantonal), etc. Après le passage à la Réforme, il se créa une académie de théologie protestante qui devint au xixe s. l’université de Lausanne. Celle-ci a pour siège le palais de Rumine, vaste édifice élevé de 1898 à 1904, qui abrite en outre divers musées scientifiques ainsi que le musée cantonal des Beaux-Arts, riche en œuvres des artistes vaudois (du xviiie au xxe s.). Tous les autres quartiers sont de création récente, à l’exception des villages annexés. La Louve et le Flon furent couverts au début du xixe s. afin de gagner des terrains. L’essor urbain s’accéléra à partir de 1880, entraînant de gros travaux d’urbanisme. Le centre des affaires, toutefois, resta dans la vieille ville. La place Saint-François, obtenue grâce à la démolition d’un couvent de Franciscains, en est à peu près le centre. Là se groupent commerces, banques, poste centrale, restaurants. Du fait des difficultés topographiques, on dut installer la gare au sud du Bourg. Elle fut reliée, par une rampe à forte pente, à la gare de triage établie à Renens. Faute de place dans la ville, l’installation d’entrepôts, de réservoirs, d’usines se fit surtout à Renens, qui n’était encore, en 1850, qu’une commune agricole de 362 habitants, mais en comptait 17 100 en 1970. De 29 400 habitants en 1880, la population de Lausanne est passée à 64 400 en 1910, 92 000 en 1942, 106 800 en 1950 et 140 000 en 1970. Sur ce dernier chiffre, 21,5 p. 100 étaient des étrangers (dont 12 300 Italiens). En 1970, seulement 9,2 p. 100 de la population sont d’origine lausannoise ; par contre, les Vaudois sont 36,6 p. 100 et les Confédérés 32,7 p. 100, montrant ainsi l’attraction de la ville sur l’ensemble de la Suisse. L’industrie et l’artisanat n’occupent que 25 p. 100 de la main-d’œuvre (machines, imprimeries). Le bâtiment emploie près de 15 p. 100 des travailleurs. C’est le secteur tertiaire qui domine l’économie de la ville. Commerce, banques et assurances concentrent à eux seuls près du tiers des actifs. La ville compte de beaux magasins, attirant une clientèle lointaine, sans parler des étrangers de passage. Par ses services, Lausanne s’est hissée au premier plan des villes suisses. Les transports, les postes et l’hôtellerie fournissent du travail à 15 p. 100 de la population active. En 1970, l’hôtellerie a enregistré près d’un million de nuitées (dont 70 p. 100 par les étrangers). Ville de congrès et d’art (Festival international de musique), Lausanne joue un rôle croissant en Suisse. Le Crédit foncier vaudois, dont le siège est dans la ville, est la huitième banque suisse ; la Banque cantonale vaudoise, la onzième. La Interfood S. A. (Suchard-Tobler) se classe au treizième rang des entreprises industrielles suisses. Grâce au lac Léman, l’attraction de la cité, qui possède de nombreuses promenades et parcs, ne cesse d’augmenter. L’agglomération compte à présent seize communes, dont les plus dynamiques sont à l’ouest de la ville. Au total, l’agglomération réunit, en 1971, plus de 220 000 habitants, la part des communes périphériques dans le total ne cessant de croître.

F. R.

➙ Vaud.