Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

animation (suite)

• L’avant-garde. Le dessin animé tente également certains chercheurs indépendants, qui suivent les traces d’un Oskar Fischinger venu aux États-Unis poursuivre ses travaux sur l’abstraction : ainsi Mary Ellen Bute, John et James Whitney, Douglas Crockett, le peintre abstrait Robert Breer, Carmen D’Avino, Teru (Jimmy) Murakami. Dans un autre ordre d’idée, Saul Bass renouvelle le générique de films (l’Homme au bras d’or de Preminger).


Le développement et la multiplication des écoles nationales

• L’école canadienne et l’école britannique. Le « Canadien » Norman McLaren est né en Écosse en 1914. Il réalise son premier film d’animation en 1935 (Camera makes Whoopee). Appelé par Grierson au National Film Board canadien en 1941, il prend la tête, deux ans plus tard, d’un groupe d’animateurs qui, travaillant en toute liberté, orientent leurs travaux dans des directions totalement inexplorées. McLaren essaie toutes les techniques : pastel animé (Là-haut sur les montagnes, 1946), dessin direct sur pellicule (Blinkity Blank, 1954), films en relief stéréoscopique (Now is the Time, 1951 ; Around is around, 1951), animation image par image de personnages humains (les Voisins, 1952), d’objets (Histoire d’une chaise, 1957) et de chiffres (Rythmetic, 1956), abstractions géométriques (Mosaïques, 1965), films de trucages, etc. Autour de McLaren travaillent notamment Grant Munro, Colin Low, Derek Lamb, Jim MacKay, Gerald Potterton, Wolf Kœnig.

En Grande-Bretagne, après les expériences de Len Lye, auquel McLaren doit beaucoup, c’est Joy Batchelor et John Halas qui monopolisent, dès la fondation de leur compagnie en 1940, la majeure partie de l’animation, étendant leur domaine aux films scientifiques, industriels et publicitaires. Halas et Batchelor ont aussi produit le long métrage britannique d’animation, Animal Farm (1954), d’après l’œuvre de George Orwell. En dehors des centaines de cartoons produits par cette puissante compagnie, certains créateurs originaux jouent les francs-tireurs et se sont fait connaître en remportant de nombreux prix dans les festivals consacrés à l’animation (festivals d’Annecy et de Mamaia notamment). George Dunning, Canadien de Toronto, travaille jusqu’en 1949 au National Film Board, qu’il quitte pour fonder sa propre compagnie avec J. MacKay, la Graphic Associated, puis vient en 1956 en Grande-Bretagne, où il s’occupe activement de télévision. Son long métrage le Sous-marin jaune (1968) constitue une date importante dans l’évolution de l’animation par la parfaite adéquation entre un style visuel « pop », des références littéraires empruntées à l’univers de Kafka, de Lewis Carroll ou de Limerick et un accompagnement musical dû aux Beatles. Robert Godfrey, né en Australie, est l’auteur de Do-it-Yourself Cartoon-Kit (1961) et d’Alf Bill and Fred (1964). Richard (Dick) Williams, né lui aussi au Canada, après avoir passé trois ans à polir sa Petite Île (1958), confirme ses dons dans Love me, love me, love me (1961), The Majestic Fool (1969) et de nombreux films publicitaires. Quant à Peter Foldes, il partage ses activités entre la Grande-Bretagne et la France (Animated Genesis, 1952 ; Appétit d’oiseau, 1965), montrant une prédilection particulière pour le dessin à transformations insolites.

• L’animation en France. L’individualisme règne en France chez la plupart des cinéastes tentés par l’animation : l’initiative privée et souvent les déboires qu’elle dissimule n’ont pas permis à un mouvement stable de se former et d’affirmer une originalité nationale. Néanmoins, parmi les essais les plus curieux, il faut faire une place à l’œuvre d’Alexandre Alexeieff ; cet ex-décorateur de théâtre pour Komissarjevski, Pitoeff, Jouvet et Baty est l’inventeur (avec Claire Parker) d’une technique nouvelle, l’écran d’épingles, qu’il employa notamment dans Une nuit sur le mont Chauve (1933) et le Nez (1963). Il faut également signaler celle de Paul Grimault, auteur du Voleur de paratonnerres (1945), du Petit Soldat (1947) et d’un long métrage, la Bergère et le ramoneur (1948-1953), dont le scénario est dû à la plume de Jacques Prévert. Parmi les autres cinéastes dignes d’intérêt, il faut citer Jean Image, Omer Boucquey, Jean Jabely, Henri Lacam, René Laloux, Julien Pappé, Arcady, Jacques Vausseur, Manuel Otero, Jacques Leroux, André Martin, Michel Boschet, Albert Pierru, Piotr Kamler, Henri Gruel, J.-F. Laguionie et le peintre Robert Lapoujade, auteur de remarquables courts métrages et d’un film ambitieux, le Socrate (1968), où l’animation était étroitement mêlée à la fiction.

• Les écoles d’Europe centrale. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’animation a connu un prodigieux développement dans la plupart des pays d’Europe centrale. Financièrement soutenu par l’appui de l’État et sentimentalement par les suffrages des spectateurs, le cinéma d’animation a permis à plusieurs graphistes de premier plan de s’exprimer.

Tchécoslovaquie. Depuis les xviie et xviiie s., la Tchécoslovaquie est le berceau du théâtre de marionnettes. En 1931 paraît sur les écrans le premier film consacré à cet art quasi national. Quatre ans plus tard, Jiří Trnka* fonde à Prague son propre Théâtre de marionnettes. Ce n’est pourtant qu’après la dernière guerre qu’il débute au cinéma, et par des dessins animés. Mais il se spécialise bientôt dans le film de poupées, qui, selon lui, ont « infiniment plus de présence que des dessins ». L’œuvre de Trnka s’étend sur une vingtaine d’années et comporte plusieurs longs métrages remarquables, comme le Rossignol de l’empereur de Chine (1948), le Prince Bayaya (1950), Vieilles Légendes tchèques (1953), le Songe d’une nuit d’été (1959). Mais Trnka n’est pas une personnalité isolée. Autour de lui gravitent une dizaine d’animateurs de renom comme Karel Zeman, qui se spécialise dans les films de trucages pour la jeunesse, mêlant avec un rare bonheur le dessin animé, les marionnettes et les acteurs (Aventures fantastiques, 1956, d’après Jules Verne), Břetislav Pojar (Un verre de trop, 1954 ; le Lion et la chanson, 1958), Miloš Makovec, Hermína Týrlová, Jan Švankmajer. Quant au dessin animé, ses meilleurs représentants sont Jiří Brdečka (l’Amour et le dirigeable, 1948 ; Attention, 1961 ; Gallina Vogelbirdae, 1963), Zdeněk Miler (Le millionnaire qui vola le soleil, 1948), Vladimir Lehký (Oiseaux bizarres, 1965), Eduard Hofman (la Création du monde, 1956), d’après les dessins de Jean Effel), Josef Kábrt, Zdeněk Smetana.