Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
L

langue (suite)

Ainsi, à côté de certitudes (familles indo-européenne, finno-ougrienne, afro-asiatique, etc.), bien des problèmes restent à résoudre en ce qui concerne les familles de langues. Certains sont secondaires ou concernent des langues peu connues, peu parlées ou même disparues. D’autres sont plus graves : on hésite encore à affirmer la parenté du basque avec les langues caucasiennes ou avec quelque autre famille. Quant aux contours et aux subdivisions de la famille chamito-sémitique, ils restent à définir avec exactitude. Il en va de même pour la place du bantou. Enfin, il est difficile de corroborer certains regroupements des grandes familles (la réunion par exemple des familles finno-ougrienne et altaïque en une famille ouralo-altaïque qui pourrait comprendre aussi le japonais et le coréen, ou bien la réunion de l’indo-européen, du dravidien et du finno-ougrien, ou encore celle de l’indo-européen et du sémitique) ; on en est dans ce domaine à de pures hypothèses de travail. Malgré le caractère souvent séduisant de celles-ci, la science impose là-dessus la plus grande prudence.

Les langues auxiliaires internationales

On appelle langues auxiliaires internationales (L. A. I.) des langues créées de manière systématique par une personne ou un groupe de personnes pour permettre l’intercompréhension entre individus de langues différentes quel que soit leur pays d’origine. Le terme de langues artificielles qu’on leur applique quelquefois sert à les opposer aux langues naturelles, ou langues tout court (mais aussi aux sabirs, pidgins, créoles nés quasi spontanément) ; il a toutefois pour inconvénient de masquer une distinction importante, celle qui existe entre les éléments des L. A. I., qui sont naturels (empruntés aux langues existantes), et les éléments artificiels, créés de toutes pièces par les inventeurs.

À toutes les époques de contacts entre civilisations, on a utilisé des langues naturelles comme langues internationales (le latin par exemple), mais on a aussi tenté de créer des L. A. I., et les spécialistes d’interlinguistique (discipline qui s’occupe de la création et de l’évolution des L. A. I.) pourraient facilement énumérer deux cents systèmes complets. D’une manière générale, tout en proclamant leur caractère international, elles se créent à partir d’une langue ou d’un groupe de langues, auxquels elles empruntent les traits grammaticaux et les radicaux de mots les plus communs, en essayant d’éviter tout ce qui est vraiment trop particulier à une seule langue. Voici à titre d’exemple cinq L. A. I. assez connues.

• Espéranto (créé en 1887 par le docteur Zamenhof [1859-1917]). Les racines des mots (rarement déformées) sont empruntées aux langues européennes, surtout romanes (il existe aussi quelques racines artificielles). Les mots composés se forment régulièrement selon des schémas fixés à l’avance. La terminaison des mots est fixe. Il existe des dizaines d’« espérantides », formes rénovées nées de tentatives plus ou moins heureuses d’améliorer l’espéranto.

• Ido (créé par L. Couturat et L. de Beaufront [Paris 1907-1909]). C’est une forme née de l’espéranto, dont elle garde les traits essentiels, avec toutefois une dérivation plus régulière et plus précise et moins de racines artificielles.

• Interlingua (système mis au point par le docteur Alexander Gode de New York et adopté en 1951 par l’I. A. L. A. [International Auxiliary Language Association]). Il emprunte ses racines aux langues naturelles (anglais notamment). Il n’y a pas de fixité des parties du discours, ni de familles régulières de mots : le système de formation des mots est conforme à ce qui existe dans les langues naturelles et, de ce fait, peu régulier.

Interlingue ou occidental (créé par E. de Wahl [Tallin 1922]). Les racines sont essentiellement romanes. Dérivation et conjugaison sont peu régulières malgré un effort pour introduire des constantes.

Volapük (créé en 1879-80 par le curé Johann Martin Schleyer [1831-1912]). C’est une langue à racines naturelles déformées (empruntées surtout à l’anglais). Le système de formation des mots composés est arbitraire, et les déclinaisons sont relativement compliquées.

Le succès et les limites des L. A. I. peuvent se résumer ainsi : les utilisateurs de l’ensemble des L. A. I. sont vraisemblablement plusieurs millions dans le monde entier ; ils ont leurs congrès internationaux, leurs émissions de radio, leur presse, leur théâtre, leur littérature. C’est beaucoup... et c’est peu par rapport au but fixé. Le grand nombre de variétés de L. A. I. confirme l’enthousiasme qu’inspire l’idée en même temps que le manque d’universalité de ses réalisations.

J.-B. M.

 A. Meillet et M. Cohen (sous la dir. de), les Langues du monde (Champion, 1924 ; 2e éd., C. N. R. S., 1952). / P. Burney, les Langues internationales (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1961).

Languedoc

Pays du sud de l’ancienne France.



Les origines

Vocable apparu au xiiie s. pour nommer l’ensemble des pays d’expression occitane, le mot Languedoc désigne essentiellement les territoires s’étendant entre le Rhône et la Garonne, entre la Méditerranée et le Massif central, en y incluant le Velay, le Gévaudan et le Vivarais. Constituant à l’origine la moitié occidentale de la province de Gaule Narbonnaise, formée vers 120-118 av. J.-C. autour de la via Domitia, axe routier qui unit l’Italie à l’Espagne, le Languedoc est l’objet d’une intense romanisation, marquée par la création de nombreuses colonies, dont les plus célèbres sont celles de Narbo Martius (auj. Narbonne) en 118-117 av. J.-C. et de Nemausus (Nîmes). Le futur Languedoc est occupé par les Vandales (407-409), puis par les Wisigoths, qui s’y établissent à partir de 413, enfin par les Francs, qui n’annexent que sa moitié occidentale, au lendemain de Vouillé en 507. Il échappe en fait aux conséquences des grandes invasions jusqu’à l’arrivée des Arabes, qui occuperont à partir de 713 le Bas-Languedoc (prise de Narbonne en 719), entraînant par contrecoup l’intervention destructive de Charles Martel, puis son annexion par Pépin le Bref en 759. Incorporé par Charlemagne en 778 au royaume d’Aquitaine, qu’il protège contre les invasions sarrasines par la constitution de la Marche d’Espagne, le Languedoc est repeuplé au viiie et au ixe s. par des immigrants espagnols.