Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
K

Kun (Béla) (suite)

Revenu en Hongrie à la fin de 1918, il employa les fonds donnés par Lénine à la création d’un journal communiste, Vörös Újsáqg, dans lequel il attaquait violemment le gouvernement réformateur du comte Mihály Károlyi. Le 24 novembre 1918, il fonda le parti communiste hongrois (Kommunisták Magyarországi Pártja, KMP). Il poursuivit l’agitation en profitant de la désorganisation économique consécutive à la défaite et en promettant aux Hongrois l’aide des Russes pour repousser les envahisseurs roumains.

Le gouvernement le fit emprisonner le 22 février 1919 ; mais, le 21 mars, sous l’effet de la réaction populaire, furieuse de voir les Roumains envahir la Transylvanie, les Tchèques la Slovaquie et les Serbes le Banat, Károlyi remit le pouvoir au « prolétariat hongrois » : Kun devint commissaire aux Affaires étrangères, c’est-à-dire le véritable chef du Conseil exécutif des commissaires du peuple. « À l’ultimatum de l’Entente exigeant la cession de territoires hongrois à l’oligarchie roumaine, déclarèrent les communistes, le peuple hongrois répond par la proclamation de la dictature du prolétariat. » La république des Conseils devait durer 133 jours.

Instaurant une politique très rigoureuse, le nouveau gouvernement créa l’armée rouge, nationalisa les industries et les grandes propriétés, mais il se heurta à de graves difficultés extérieures et intérieures. En mai 1919, un gouvernement contre-révolutionnaire se forma à Szeged avec l’archiduc Joseph, l’amiral Horthy et le comte Bethlen. L’armée rouge hongroise, après quelques succès contre les troupes tchécoslovaques en Slovaquie, échoua dans son offensive contre les Roumains, qui marchèrent alors sur Budapest (juill.).

Le 1er août, Béla Kun s’enfuit en Autriche ; interné quelque temps à Vienne, il reçut l’autorisation de se réfugier en Russie. Il réapparut à Vienne en 1928 ; de là il essaya de soulever la Hongrie. Arrêté et de nouveau relâché, il retourna en U. R. S. S., où il joua un rôle important au sein de la IIIe Internationale. Accusé de « trotskisme », il disparut au cours des grandes purges staliniennes de 1939. Khrouchtchev le réhabilita en 1956.

P. P. et P. R.

➙ Hongrie.

 M. Karolyi, Gegen eine ganze Welt (Munich, 1924). / A. Szelpal, les 133 Jours de Béla Kun (Fayard, 1959). / R. L. Tökés, Béla Kun and the Hungarian Soviet Republic (New York, 1967).

Kupka (František ou François)

Peintre tchèque (Opočno, Bohême, 1871 - Puteaux 1957).


Il fut l’un des pionniers de l’art abstrait, qu’il imposa au Salon d’automne de 1912 avec deux toiles : Amorpha, fugue en deux couleurs et Amorpha, chromatique chaude.

Une formation artisanale précède ses études artistiques, commencées à Jaroměř, puis poursuivies aux Académies des beaux-arts de Prague (1887-1889) et de Vienne (1889-1894), où il expose au Kunstverein de 1892 des portraits et des paysages. Sa personnalité secrète, méditative et passionnée de recherches plastiques se forme dans le climat d’ésotérisme et de spiritualité toujours latent en Europe centrale et particulièrement manifeste à la fin du xixe s. Le jeune Kupka s’intéresse aux sciences, à la métaphysique (Nietzsche, Schopenhauer), mais aussi à l’occultisme et à l’astrologie. L’esthétique symboliste et le goût décoratif du Jugendstil, alors florissant à Vienne et à Munich, marquent ses premières œuvres (v. Art nouveau). Cette influence, confirmée par un voyage en Scandinavie en 1894, persistera jusque dans certaines de ses recherches abstraites. Mais c’est à Paris, où il arrive cette même année, que, aux termes d’une longue évolution, Kupka trouvera son style original. D’abord installé à Montmartre (1895-1906), il donne des dessins polémiques et anarchisants à l’Assiette au beurre, au Canard sauvage, aux Temps nouveaux, puis illustre des ouvrages pour bibliophiles : 1902-1904, l’Homme et la terre d’Élisée Reclus ; 1905-1909, le Cantique des cantiques (commandé par Élie Faure), Lysistrata d’Aristophane, Prométhée d’Eschyle, etc.

De 1906 à sa mort, il occupe à Puteaux un atelier proche de celui de Jacques Villon. Aux toiles d’influence impressionniste et symboliste succèdent des œuvres violemment expressives, comme la Môme à Gallien (1909, Galerie nationale, Prague). Kupka est sensible au tumulte des mouvements nouveaux : fauvisme*, cubisme*, futurisme* ; mais, dès 1909, avec les Touches du piano (Galerie nationale, Prague), ses efforts tendent « à libérer la couleur de la forme ». Le Nocturne de 1911 atteint ce domaine de l’abstraction pure, où se cristallisent à la même époque les recherches de Kandinsky* et de Malevitch* en Russie, de Delaunay* et de Picabia* en France. La lecture de Chevreul, de Newton, de Bergson, l’influence des théories musicales de son ami Walter Rummel (1887-1953) ont déterminé cette mutation. Deux tendances apparaissent alors dans son art : d’une part, la géométrie rigoureuse et le chromatisme froid des Plans par couleurs et des Plans verticaux ; d’autre part, la richesse colorée et le dynamisme des formes curvilignes évoquant tantôt un tourbillon cosmique, tantôt la croissance végétale.

Kupka participe, sans que son nom figure au catalogue, au premier Salon de la Section d’or en 1912, après lequel Apollinaire baptise orphisme cette recherche de rythmes plastiques, également poursuivie par Robert et Sonia Delaunay. Engagé volontaire pendant la Première Guerre mondiale, il est ensuite nommé professeur à l’Académie de Prague et envoyé à Paris pour conseiller les étudiants tchèques résidant en France. Vers 1928-1930, il s’oriente vers une ascèse plus rigoureuse des formes, caractérisée par les Plans en diagonales, et adhère (1931) au groupe Abstraction-Création. Des rétrospectives (1936, Paris, Jeu de paume ; 1946, Prague ; 1951, New York ; 1958, Paris, musée d’Art moderne) présentent au public l’œuvre longtemps inconnue de cet artiste solitaire, soucieux d’une « deuxième réalité », où l’imagination abstraite déploie les plus pures de ses séductions.

S. M.

 J. Cassou et D. Fédit, Kupka (Tisné, 1964).
CATALOGUE D’EXPOSITION. Kupka, musée d’Art moderne, Belgrade (Belgrade, 1969).