Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
K

Koubas (suite)

En ce qui concerne l’organisation politique, c’est le chef des Bouchongos, le Nyim, qui représente l’autorité exécutive et judiciaire suprême ; celle-ci repose sur la force divine. Le Nyim est habituellement l’aîné du lignage royal, dont la nomination est ratifiée par le conseil de la Couronne. Son pouvoir surnaturel dispense la fécondité et assure l’abondance des récoltes. La statuette (ndop) qui le représente est vénérée après sa mort et exprime les caractéristiques profondes de la culture kouba et des liens entre la royauté et le sacré. C’est le Nyim qui nomme les dignitaires (kolm), qui possèdent un titre et une plume (les plus importants ont le droit de porter une plume d’aigle) : ils résident dans la capitale. Les chefferies sont organisées sur le même modèle, mais elles payent un tribut au Nyim.

La production alimentaire est essentiellement agricole : maïs, haricots, arachides, manioc. Il existe également un petit élevage de chèvres, de poules, de canards ; l’élevage des moutons est réservé au clan royal, et la chasse est une activité de prestige. Ces activités relèvent d’une division sexuelle du travail : ainsi, les hommes défrichent les champs de forêt, et les femmes ceux de savane ; c’est l’homme qui chasse ou qui pêche en pirogue, et c’est la femme qui pêche à l’épuisette. La fabrication des outils, le tissage du raphia relève de l’activité masculine. Les ressources naturelles disponibles ont conduit à des spécialisations régionales en ce qui concerne les productions de biens artisanaux ou rares qui font l’objet d’échanges : les poteries, les nattes, les paniers, le sel, la viande, les peaux, etc. L’art kouba est extrêmement développé et l’un des plus brillants de l’Afrique centrale (ainsi les statues royales). La réputation des pagnes de raphia leur a valu la qualification de velours du Kasaï.

La religion kouba connaît un dieu créateur qui intervient lorsqu’on l’implore. Il n’existe pas de culte des morts, et les esprits de la nature expriment une force surnaturelle (ngesh). Enfin, la sorcellerie semble assez active.

J. C.

 J. Vansina, les Tribus Ba-Kuba et les peuplades apparentées (Musée royal du Congo belge, Tervuren, 1954).

Kouei-tcheou

En pinyin Guizhou, province de la Chine méridionale ; 174 000 km2 ; 20 millions d’hab. Cap. Guiyang (Kouei-yang).


La province est sans doute la plus mal connue, la plus isolée et, après le Yunnan (Yun-nan), la moins densément peuplée de la Chine méridionale.

C’est une province montagneuse. L’altitude moyenne est de 1 000 m environ, avec une pente générale du nord-ouest (Daloushan [Ta-leou-chan]) vers le sud-est. Les terrains plats sont rares : ils ne représenteraient guère que 5 p. 100 de la superficie. Le paysage est disséqué et tourmenté. Au Guizhou, plus que dans aucune autre province chinoise, dominent les calcaires, qui couvrent ici 90 000 km2, calcaires dévoniens, permiens et triasiques, épais de 5 000 à 7 000 m. Ils donnent les extraordinaires paysages rendus célèbres par la peinture chinoise : le Guizhou oriental est un karst à pitons (hums) assez semblable à celui du Guangxi (Kouang-si*), quoique moins disséqué, avec une forêt de hums et de petits plateaux à flancs verticaux de 100 à 180 m de hauteur relative, séparés par des poljés de grande taille ; l’eau de surface manque, à l’exception des principales rivières, qui passent d’un poljé à l’autre ; par contre, la circulation souterraine est très importante, favorisant l’existence de lacs temporaires, sans émissaire, dus aux crues des rivières souterraines. Le Guizhou occidental est un plateau de 1 200 à 1 500 m d’altitude, un causse accidenté de dolines et de quelques poljés, situés généralement dans les synclinaux ; le paysage de hums est représenté, mais moins vigoureusement qu’à l’est ; les « hums » n’ont que 50 à 60 m de commandement et ressemblent plus à des tombes qu’à des pitons (karst à « coupoles ») ; l’érosion karstique a été ici moins vigoureuse, d’une part parce que les couches calcaires alternent avec d’autres roches, d’autre part parce que ce Guizhou occidental a été soulevé récemment et est toujours en voie de soulèvement. Le sud du Guizhou est drainé vers le Xijiang (Si-kiang) et le nord vers le Yangzijiang (Yang-tseu-kiang), notamment par le Wujiang (Wou-kiang).

La province est très humide, et le nombre des jours de pluie y est supérieur à celui de toute autre province chinoise. Les contrastes thermiques sont plus marqués qu’au Guangxi et même qu’au Sichuan (Sseu-tch’ouan), par suite d’un hiver plus froid ; la saison végétative ne dure que huit à dix mois. Le Guizhou a gardé en partie sa belle couverture végétale, et l’exploitation forestière est importante : cèdres et pins sont flottés vers le sud. Les dépressions, vallées et poljés, sont très densément peuplées de Han (Chinois proprement dits) et cultivées en rizières ; en hiver, les rizières portent maïs, blé, sorgho, colza et tabac : la province est célèbre par son « maotai », alcool de blé et de sorgho, et surtout par son tabac, notamment autour de Guiding (Kouei-ting), au centre. Les montagnes, surtout au sud, sont peuplées faiblement de minorités très diverses : on compte 82 groupes différents ; les principaux sont les Puyi, de langue apparentée au thaï, qui sont 1 250 000 et ont ici leur principale aire de peuplement, et les Miao, qui peuplent notamment le « département autonome Puyi-Miao », avec pour capitale Duyun (Tou-yun).

Le Guizhou n’est pas dépourvu de richesses minières (charbon, phosphates de Kaiyang [K’ai-yang]), mais il a longtemps souffert de son isolement. Les voies ferrées vers Chongqing [Tch’ong-k’ing] (au Sichuan) et Liuzhou (Lieou-tcheou) [au Guangxi] ne datent que d’une dizaine d’années ; celle qui doit joindre Kunming (K’ouen-ming [au Yunnan (Yun-nan)]) n’est pas achevée. La vie urbaine et l’industrie ont une importance limitée. Il faut citer Zunyi (Tsouen-yi), sur la voie ferrée du Sichuan, centre de tissage de la soie, et la capitale, Guiyang, centre ferroviaire et usine de machines-outils.

J. D.