Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
K

Kouang-tong

En pinyin Guangdong, province de la Chine méridionale ; 220 000 km2 ; 40 millions d’hab. (estimation de 1964). Cap. Canton*.


Le Guangdong est la province la plus méridionale de la Chine. L’été est chaud et humide comme partout en Chine orientale, mais l’hiver n’est pas froid (la moyenne de janvier est de 13,8 °C à Canton). On peut parler de climat tropical : le gel est à peu près inconnu à basse altitude ; l’hiver est plus doux encore sur la côte, dans la presqu’île de Leizhou (Lei-tcheou) et dans l’île de Hainan (Hai-nan). Les pluies sont abondantes (Canton reçoit 1 619 mm de pluies en 143 jours), avec, cependant, d’assez grandes différences dues à l’exposition dans un pays de relief mouvementé ; ces pluies tombent en été, de mai à la mi-septembre surtout ; toutefois, il n’y a pas de vraie saison sèche. Les précipitations sont plus abondantes encore sur les côtes, où les typhons sont fréquents de juin à septembre. Dans ces conditions, la végétation naturelle était une forêt dense sempervirente, aux espèces très variées, avec lianes, bambous, camphriers, lauriers et aussi des essences tempérées (du type quercus) ; elle a été à peu près partout détruite par l’homme et a cédé la place à une forêt très claire à Pinus massoniana ; elle couvre encore cependant les pentes des montagnes de Hainan.

Le Guangdong est montagneux, bien qu’il ne soit pas très élevé ; le relief est vigoureux ; les pentes sont abruptes et souvent ravinées. Le Xijiang (Si-kiang) [fleuve de l’Ouest] ainsi que le Beijiang (Pei-kiang) [fleuve du Nord] et le Dongjiang (Tong-kiang) [fleuve de l’Est], qui le rejoignent dans l’estuaire du Zhujiang (Tchou-kiang) [la « rivière des Perles »], traversent souvent les chaînons en gorges. Dans l’Ouest, les calcaires (dévoniens, permiens et triasiques) forment un paysage de karst à pitons ; dans l’Est dominent granites et rhyolites, qui donnent un littoral élevé, rocheux, découpé, frangé de nombreuses îles, dont la plus célèbre est Hongkong* ; la mangrove à rhizophora occupe les fonds de baie. Séparée de la terre ferme par un modeste détroit, la grande île de Hainan (34 000 km2) est plus montagneuse encore : le Wuzhishan (Wou-tche-chan), ou mont des Cinq-Doigts, dépasse 1 800 m.

Les plaines sont rares : plaine du nord de Hainan, petit delta de Shantou (Chan-t’eou), construit par le Hanjiang (Han-kiang), et surtout delta de Canton. Ce dernier a été construit par les alluvions du Xijiang, du Beijiang et du Dongjiang, qui ont rattaché de nombreuses îles à la terre ferme (dont celle qui a fixé le site de Canton), de sorte que buttes et mamelons sont nombreux. Vallées et plaines sont à peu près seules cultivées, ce qui représente environ 15 p. 100 de la superficie. Les pentes sont livrées, sur 700 000 ha, aux cultures sur brûlis, que pratiquent des minorités — Yao sur le continent (20 000 Yao peuplent le « district autonome Yao » de Liannan (Lien-nan), Miao et Li à Hainan —, ou à quelques cultures sèches (patate), pratiquées par les Han. Vallées et plaines sont cultivées de façon très intensive par des Han. Le peuplement Han a été tardif dans cette Chine méridionale : les Cantonais seraient arrivés à la fin de l’époque Tang (T’ang) et au début de l’époque Song (xe s.), établissant en plaine des villages fortifiés et détruisant systématiquement la forêt ; au xvie s. sont arrivées en outre quelques populations dites « Hakka », c’est-à-dire originaires du Henan (Ho-nan). Il s’agit toujours de remarquables agriculteurs. Les fleuves ont été endigués, de sorte que les sols ne sont plus renouvelés et sont, de ce fait, assez médiocres, ce qu’on s’efforce de compenser grâce à l’emploi de tous les engrais traditionnels (engrais humain, boues, engrais verts). L’irrigation avait été rendue difficile : l’installation récente de stations de pompage électrique est, à cet égard, une solution féconde. La culture du riz est naturellement dominante, avec pratique généralisée de la double récolte annuelle : alors que l’ensemble des terres cultivées en plaine ne représente que 2 800 000 ha, 4 700 000 ha sont moissonnés en riz ; chacune des deux récoltes peut donner 30 q à l’hectare ; en outre, une troisième culture est faite sur 40 p. 100 des rizières durant l’hiver (blé, haricots, soja, tubercules ou tabac). Mais cette agriculture intensive est également variée. À proximité de Canton, des rizières ont été transformées en potagers, où quatre récoltes de légumes sont possibles dans l’année ; riz et légumes peuvent être aussi associés, des légumes étant cultivés sur les parties hautes (versants des digues). Surtout, la chaleur du climat a permis le développement, inégalé en Chine, des cultures des fruits (manguiers, goyaviers, letchis, ananas, agrumes) et de la canne à sucre. L’hévéa est cultivé à Hainan en fermes d’État. Le Guangdong est le troisième producteur chinois de soie : le mûrier, cultivé en plaine, donne sept à huit cueillettes dans l’année ; la sériciculture est généralement associée avec la pisciculture, pratiquée dans des mares qui occupent les bas-fonds (130 000 ha) : les poissons sont nourris avec les sous-produits de la nourriture des bombyx, cependant que les mares, curées, fournissent la boue qui sert d’engrais aux mûriers ; cette pisciculture est un véritable « engraissement », les alevins pêchés dans le Xijiang, en amont, étant véritablement gavés ; le rendement atteindrait 2 600 kg de poisson à l’hectare (R. Dumont). Enfin, l’élevage est très important : buffles pour le travail et surtout porcs et canards pour les marchés urbains, y compris celui, considérable, de Hongkong.

Cette remarquable agriculture supporte des densités extrêmement élevées, supérieures à 1 000 habitants au kilomètre carré dans les plaines. Mais les ressources autres qu’agricoles sont peu nombreuses. La principale est une active pêche maritime pratiquée par des populations très particulières, endogamiques, jusque dans le golfe du Tonkin. Dans ces conditions, le Guangdong a été le principal foyer d’émigration vers les « mers du Sud » (vers le Cambodge, la Thaïlande, le Viêt-nam). L’émigration a, aujourd’hui, cessé. Des résultats remarquables ont été obtenus dans l’agriculture, notamment par les progrès de l’irrigation et du petit outillage dans les communes populaires. Mais l’industrie ne s’est guère développée (raffineries de sucre). La vie maritime et le grand commerce, qui firent la fortune de Canton et de Shantou, ont presque disparu. Canton, même, ne donne pas une impression de vitalité en dépit de sa célèbre foire.

J. D.

➙ Canton.