Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

animal

Être vivant caractérisé ordinairement par son aptitude aux mouvements rapides, voire à un déplacement aisé du corps tout entier, et par un régime alimentaire hétérotrophe, très souvent formé de particules organiques consistantes, généralement ingérées en un seul point du corps (bouche), puis digérées et enfin absorbées par les cellules. Celles-ci ne sont pas entourées d’une paroi pecto-cellulosique et n’élaborent pas leurs réserves glucidiques sous la forme de grains d’amidon. La forme spécifique d’un animal est en général beaucoup moins soumise que celle d’un végétal à l’influence des conditions du milieu. La reproduction ne comporte pas de spores (sauf chez les sporozoaires) et la longévité de l’être issu de l’œuf fécondé est toujours strictement limitée.

H. F.



Introduction

Théophraste (v. 372-287 av. J.-C.) subdivisa, le premier, l’ensemble des êtres vivants en deux règnes : animal et végétal. Ce n’est qu’à la fin du xixe s. qu’Haeckel (1834-1919), ayant montré la parenté des formes animales les plus simples (Protozoaires) avec les formes végétales les plus simples (Protophytes), proposa la création d’un règne spécial, celui des Protistes. Plus récemment, les études ultrastructurales et biochimiques ont montré l’unité du monde vivant et l’évolution probable des règnes animal et végétal à partir d’une origine commune.

On a longtemps considéré comme élément fondamental de l’animal la mobilité ou, son corollaire, la sensibilité. Pendant des siècles même, le terme d’animal a été plus ou moins synonyme de nerveux. C’est ainsi que, dans les conceptions de Galien (v. 131 - v. 201), les esprits « animaux » circulent du cerveau vers les diverses parties du corps par l’intermédiaire des nerfs ; en embryologie descriptive, on oppose encore le pôle animal de l’œuf, situé dans le futur ectoderme, qui évoluera partiellement en système nerveux, au pôle végétatif, situé dans le futur endoderme, qui évoluera pour fournir les divers organes digestifs.

Or, tous les animaux ne sont pas mobiles, ni doués par conséquent de la symétrie bilatérale, qui accompagne presque toujours la mobilité. On qualifiait autrefois de Zoophytes divers êtres fixés ou sédentaires, notamment bon nombre de Cnidaires (Coraux, Actinies), de Bryozoaires (l’étymologie fait d’ailleurs de ces derniers des animaux-mousses) ou d’Échinodermes (Comatules). De plus, le système nerveux n’est pas caractéristique du règne animal, puisqu’il manque entièrement dans l’embranchement des Spongiaires, de même que chez les Protistes à affinités animales, ou Protozoaires.

Une autre définition du règne animal se réfère à l’incapacité que montrent les animaux à effectuer les synthèses organiques. On dit qu’ils sont hétérotrophes, alors que les végétaux, pourvus de chlorophylle ou de pigments voisins et capables, grâce à eux, de synthétiser les molécules organiques à partir d’eau, de sels minéraux et de gaz carbonique, sont autotrophes. Les Champignons sont bien hétérotrophes comme les animaux, mais ils n’ont ni bouche ni appareil digestif, et leur parenté avec les Algues est évidente.


Les Protistes

Parmi les Protistes, êtres vivants unicellulaires, ce sont surtout les Flagellés qui posent un problème d’appartenance aux règnes animal ou végétal. Certains d’entre eux, en effet, renferment dans leur protoplasme des chloroplastes pourvus d’un pigment chlorophyllien, alors que la majorité en est dépourvue. On fait des premiers des Phytoflagellés ; ils appartiennent au grand groupe des Algues ; les autres sont des Zooflagellés. Tous sont des formes mobiles, grâce à un ou plusieurs organites ténus, appelés flagelles ; ces organites sont le plus souvent situés antérieurement et « tirent » la cellule. De ce point de vue, il est impossible de distinguer les formes animales des formes végétales, les unes et les autres montrant la même mobilité. Mais la présence ou l’absence de chloroplastes ne constitue pas non plus une frontière simple entre les espèces animales et végétales : on connaît des Algues qui se comportent en saprophytes, après avoir perdu leur chlorophylle et la possibilité d’effectuer des synthèses organiques. Ce sont les Euglènes qui ont été étudiées de la façon la plus détaillée à ce sujet.

Chez l’espèce Euglena gracilis, on connaît ainsi une forme α, verte, capable de vivre à la lumière sur un milieu purement minéral ; sa croissance, qui est alors lente, s’accélère sur un milieu riche en substances organiques ; l’Euglène montre alors une alimentation à la fois autotrophe et saprophyte. La forme β, incolore, est obtenue en cultivant la forme α à l’obscurité sur un milieu riche en substances organiques. Les plastes ont perdu leur chlorophylle, mais subsistent. Remise à la lumière, la forme β reverdit très rapidement et redevient autotrophe, même après un séjour très long à l’obscurité. On connaît également une forme γ, incolore, qui apparaît sporadiquement dans des cultures de la forme α à la lumière. Cette forme est instable et donne souvent naissance, lors d’une bipartition, à une forme α, qui reverdit, et à une forme δ, dépourvue de plastes et donc incolore et stable. Cette forme δ s’apparente à des espèces d’Euglènes incolores du genre Astasia.

On trouve des formes analogues à cette forme δ chez de nombreuses autres Algues unicellulaires, qui sont donc saprophytes et diffèrent peu, dans la physiologie de leur nutrition, des Champignons, sinon des animaux eux-mêmes. Cette imprécision des frontières, toutefois, cesse au niveau des espèces pluricellulaires, c’est-à-dire entre les Métaphytes, ou plantes, et les Métazoaires, ou animaux.


L’évolution du règne animal

Les efforts de Linné et de ses prédécesseurs pour donner des animaux une classification raisonnée n’avaient pas pour simple but d’ordonner, à des fins purement utilitaires, un ensemble hétéroclite d’objets apparemment disparates. Linné cherchait un plan d’organisation bien défini, propre aux êtres vivants, et la notion d’évolution, si elle n’est pas évidente dans son propos, y est implicite. Cuvier (1769-1832) s’opposera d’ailleurs à cette notion, tandis que Lamarck (1744-1829), Darwin (1809-1882) et Haeckel (1834-1919) lui apporteront un appui décisif. Indépendamment de toute considération paléontologique, l’anatomie et l’embryologie comparées permettent d’ordonner les principaux embranchements connus en une suite logique qui est parallèle à la suite chronologique du développement de l’œuf.