Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
K

Kokoschka (Oskar) (suite)

La guerre marque une rupture profonde. Grièvement blessé en 1915, l’artiste se retire à Dresde, où il demeure de 1917 à 1924 et professe à l’Académie. Les tableaux exécutés à la fin de la guerre et peu après sont sans doute les plus représentatifs de la véhémence chromatique et de l’inquiétude propres à l’expressionnisme, tandis que leur facture est très diversifiée (touche vermiculée, empâtement lourd) : Autoportrait, 1917, coll. privée, Wuppertal ; la Femme en bleu, 1919, Staatsgalerie de Stuttgart. Mais cette tension s’apaise bientôt à la faveur de voyages entrepris à partir de 1924 et qui le conduisent en France, en Suisse, en Italie, en Hollande, en Afrique du Nord, au Proche-Orient. De 1924 à 1931, il réside surtout à Paris. Le paysage devient désormais le thème par excellence, dans lequel on ne rencontre plus guère l’expressionnisme, mais plutôt une vision large et claire des sites qui ont retenu l’attention du peintre, phénomène de détente qui est d’ailleurs commun à bien des artistes notoires de l’époque (Chamonix et le Mont-Blanc, 1927, musée de Karlsruhe ; le Pont Charles à Prague, 1934, Galerie nationale de Prague).

Avant la Seconde Guerre mondiale, Kokoschka réside à Vienne et à Prague. Considéré comme « artiste dégénéré » par les nazis, il cherche refuge en Grande-Bretagne (1938) et acquiert la citoyenneté britannique (1947). Après la guerre, il s’installe en Suisse, sur les bords du lac Léman, tout en dispensant son enseignement à l’Académie internationale d’été de Salzbourg. Fidèle aux intuitions de sa jeunesse, il continue à s’exprimer dans un style lyrique, souvent sur de grands formats. La couleur, mal contenue par un dessin éclaté, est l’organisatrice souveraine de ces pages (Autoportrait, 1969, coll. privée). Les paysages demeurent le sujet privilégié.

Kokoschka a fait paraître en 1971 un ouvrage retraçant son itinéraire artistique et spirituel (Mein Leben, Munich).

M.-A. S.

➙ Expressionnisme.

 E. Hoffmann, Oskar Kokoschka, Life and Work (Londres, 1947). / H. M. Wingler, Oskar Kokoschka. Das Werk des Malers, avec catalogue raisonné des peintures (Salzbourg, 1956). / E. Rathenau, Der Zeichner Kokoschka (Zurich, 1961). / J. P. Hodin, Oskar Kokoshka, sein Leben, seine Zeit (Francfort, 1968).

Kong Hien

En pinyin Gong Xian, peintre et théoricien chinois (v. 1599 - 1689).


Manifestant une totale autonomie à l’égard des courants de son siècle, Gong Xian est l’un des grands « individualistes » du début de l’époque Qing (Ts’ing*). D’autre part, il est considéré comme la personnalité dominante des « huit maîtres de Nankin », peintres qui ne constituaient pas une école homogène, mais plutôt un groupe de contemporains recherchant chacun leur expression personnelle.

La jeunesse de Gong Xian est mal connue. Né à Kunshan (K’ouen-chan) au Jiangsu (Kiang-sou), il s’établit très tôt à Nankin. C’est là qu’il fréquente la Société du renouveau, un de ces cercles de discussions politiques et littéraires caractéristiques de la fin des Ming*. Inquiétés pour leurs critiques contre le pouvoir occulte des eunuques, les membres de la Société doivent bientôt se réfugier dans la clandestinité. Gong Xian ne reparaît à Nankin qu’en 1645, au moment où les armées mandchoues s’emparent de la ville. De nouveau, il s’éloigne et ne revient que dix ans plus tard, choisissant alors de vivre en ermite dans une modeste maison des faubourgs, de peindre et de cultiver son jardin.

En fait, cette retraite, adoptée tant par précaution que par protestation contre les usurpateurs, s’avère plus symbolique que réelle. Il reste en contact avec les irrédentistes Ming et reçoit la visite de nombreux artistes et poètes de la ville. Le célèbre dramaturge Kong Shangren (K’ong Chang-jen), en particulier, lui apporte son soutien durant les deux dernières années de sa vie, assombries par la pauvreté et la maladie.

N’ayant jamais occupé une position sociale élevée, Gong Xian connut une existence matérielle difficile. Pour subsister, il dut vendre ses œuvres et enseigner la peinture. Dans ce domaine, il fut sans doute un professeur remarquable. Les notes qui accompagnent les démonstrations graphiques destinées à son cours (et qui furent rassemblées plus tard dans un traité : les Secrets de la peinture) témoignent de ses qualités pédagogiques. Un de ses élèves, Wang Gai (Wang Kai), saura en tirer profit en composant le fameux Manuel de peinture du jardin grand comme un grain de moutarde, dont le succès sera immense.

Pour Gong Xian, comme pour les autres « individualistes » du xviie s., tel Shi Tao (Che T’ao*), le peintre doit prendre la nature comme guide et développer une création originale au moyen d’un métier solide et équilibré. Le génie de Gong est d’avoir lié ses théories esthétiques à l’expérience concrète de la technique picturale. Son univers n’appartient qu’à lui. Il n’existe qu’en fonction de son langage plastique, restreint et monotone, mais nourri d’une encre riche et généreuse, travaillée en repeints successifs. Dans ses paysages enveloppés de mystère, le contour des rochers est noyé dans un fourmillement de points d’encre et de petits traits qui donnent aux masses leur substance et animent la surface picturale d’une vibration lumineuse intense. Tout contribue à créer une atmosphère angoissante : arbres au feuillage dense, recoins sombres, brouillards laiteux, absence de personnage, contraste entre les noirs profonds et les zones blanches du papier laissé nu. À l’opposé des œuvres Song*, où le spectateur est invité à se promener dans les paysages, personne n’éprouve le désir de pénétrer dans ceux de Gong Xian. Néanmoins, sa peinture, sans aucune concession aux goûts du temps, exerce sur notre sensibilité une fascination d’énigme.

F. D.

 Liu Gangji (Lieou Kang-ki), Gong Xian (en chinois, Shanghai, 1962).

Kongos

Ethnie du Congo*-Brazzaville et du Zaïre*.


Elle occupe le Congo inférieur, entre le Stanley Pool et l’océan Atlantique, jusqu’à la rivière Ogooué au nord-ouest, la vallée du Kwilu et du Niari à l’ouest, celle du Kwango au sud. Au nord, elle s’étend jusqu’aux confins du pays Batéké.

C’est une région de transition géographique entre la forêt dense du nord et la savane arborée au sud. Le climat est de type équatorial humide.

Cette population s’est implantée au xvie s., à la suite de plusieurs migrations. Elle était alors de 2 à 3 millions d’habitants ; elle en comptait 4 millions au xviiie s. Le mot kongo signifie « pouvoir ».