Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
K

Kodály (Zoltán) (suite)

Sa musique frappe encore par son profond humanisme. Empreinte d’une gravité sereine, gonflée d’optimisme même, elle échappe à toute anxiété. Elle atteint à une authentique grandeur dans le Psalmus hungaricus (1923), le Te Deum de Budavári (1936) ou la Missa brevis (1944) et les plus belles fresques chorales (Molnár Anna, 1936 ; Tableau des Matras, 1931 ; l’Appel de Zrínyi, 1954). Kodály sut allier son activité de pédagogue à son œuvre de créateur. Non seulement il forma toute une génération de compositeurs, mais il conçut avec Bartók un nouvel enseignement de la musique, intégrée dès l’enfance au cycle scolaire. Cette méthode, qui porte son nom, il avait pu seulement l’ébaucher en 1919 pendant la République hongroise des Conseils. Appliquée trente ans plus tard, elle est apparue, bien au-delà des frontières de la Hongrie, comme une innovation d’une grande importance.

F. R.

 L. Eösze, Zoltán Kodály, his Life and Work (trad. du hongrois, Londres, 1962). / P. M. Young, Zoltán Kodály, a Hungarian Musician (Londres, 1964).

Kōetsu

Calligraphe, potier amateur et décorateur japonais (1558-1637).


Descendant d’une famille d’experts en lames de sabre, Honnami Kōetsu a joué un rôle important dans le monde cultivé des grands marchands de Kyōto au début du xviie s. Dans le cercle d’artistes et d’artisans rassemblés autour de lui s’élabore l’esthétique nouvelle de la riche bourgeoisie. Elle puise son inspiration dans les traditions de l’époque Heian, restées en faveur auprès de la Cour et de l’aristocratie, mais les anime d’un souffle résolument moderne.

Jusqu’au début du xviie s., Kōetsu poursuit le métier de son père tout en cultivant la calligraphie, genre dans lequel il devient un maître incontesté. Vers 1610, pour l’impression de recueils de textes anciens, il fournit des modèles d’écriture et choisit les papiers décorés de fleurs ou de plantes aux coloris raffinés qui s’inspirent de ceux de l’époque Heian.

Peu après, Kōetsu obtient du shōgun Tokugawa Ieyasu* l’autorisation de s’établir avec quelques amis à Takagamine, dans un beau paysage de collines au nord-ouest de Kyōto. L’artiste, alors âgé de 57 ans, vient de perdre sa mère et désire se recueillir en toute quiétude. Il semble donc, d’après les études récentes japonaises, que Takagamine n’ait pas été réellement un village d’artisans dirigé par Kōetsu, mais plutôt une réunion de membres des grandes familles marchandes de la ville qui, parvenus à l’âge de la retraite, voulaient s’adonner à leurs dévotions et à leurs passe-temps favoris.

Grand adepte de la cérémonie du thé*, Kōetsu profite de cette retraite pour créer ses propres bols à thé, objets aujourd’hui encore de l’admiration des amateurs. Il s’inspire des bols à petit pied (raku) exécutés au xvie s. par Chōjirō. Les formes simples, montées à la main et travaillées comme une sculpture, sont ornées de glaçures aux tons mats dont les changements inattendus de couleurs, au cours de la cuisson, suggèrent à l’artiste des noms poétiques (Sommet nuageux, Moment pluvieux, Mont Fuji...).

Ce milieu artistique a eu sans doute une influence déterminante sur la formation de Sōtatsu* (beau-frère de Kōetsu ?), qui possédait un atelier spécialisé dans la fabrication d’éventails et de papiers décorés. Si la parenté entre les deux artistes n’est pas certaine, leur collaboration est prouvée (bien que certaines œuvres soient probablement dues à leurs descendants) par les nombreux rouleaux et albums où des poèmes superbement calligraphiés par Kōetsu s’harmonisent avec les formes peintes au lavis d’or et d’argent par Sōtatsu. Dans les rouleaux sur les Fleurs des quatre saisons, les Fleurs de lotus ou les Biches, l’accord entre le dessin, la beauté cursive de l’écriture et la poésie atteint une subtilité sans égale.

En outre, le nom de Kōetsu est lié au décor d’écritoires célèbres dont il aurait fourni le modèle à des artisans en laque*. L’une des écritoires les plus connues représente le Pont de bateaux de Sano. Un rang de barques gravées sur fond d’or opaque est traversée par une large bande de plomb qui évoque le pont. Rehaussant l’heureux contraste entre les deux matières, des caractères en relief d’argent transcrivent le texte d’un poème du xe s., excepté les mots « pont de bateaux », suggérés par le dessin.

L’art de Kōetsu et de Sōtatsu trouvera au xviiie s. son véritable successeur en Kōrin*, initié aux œuvres des deux maîtres par son père et surtout par son grand-père, qui avait séjourné au village de Takagamine.

F. D.

 T. et S. Hayashiya, Kōetsu (en japonais, Tōkyō, 1964).

Kogălniceanu (Mihail)

Historien, homme politique et publiciste roumain (Iaşi 1817 - Paris 1891), l’un des créateurs de la Roumanie moderne.


Il fait des études en Roumanie, puis en France (à Lunéville) et en Allemagne, où il suit à Berlin les cours d’Eduard Gans, de Leopold von Ranke et de Friedrich Karl von Savigny. Sur les conseils de Humboldt, il débute dans Lehmann’s Magazin für die Literatur des Auslandes, avec une esquisse sur le développement historique et culturel des principautés danubiennes : « Romänische oder wallachische Sprache und Literatur » (« Langue et littérature roumaines ou valaques », 1837), suivie, la même année, d’une « Esquisse sur l’histoire, les mœurs et la langue des Cigains » et d’une « Histoire de la Valachie, de la Moldavie et des Valaques transdanubiens », « qui emprunte aux faits de la politique du jour un nouvel et puissant intérêt d’actualité et d’à-propos ».

Revenu en Roumanie, il commence son œuvre de propagation culturelle en publiant à Iaşi les revues le Luth roumain (1838), la Dacie littéraire (1840) et les Archives roumaines (1841), à travers lesquelles il oriente la littérature vers les réalités autochtones. Il condamne l’abus de traductions et les initiations stériles.