Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
K

Kiang-sou (suite)

L’hiver, plus clément et plus court qu’au nord de la Huai, reste cependant sévère, et les nuits froides créent sur les étangs une mince couche de glace qui est récoltée pour conserver le poisson. Mais l’hiver n’est pas sec, contrairement à celui de la Chine du Nord ; il est surtout troublé et voit alterner le passage de dépressions cycloniques venues de l’ouest, des journées froides et sèches par vent de nord-est et des journées tièdes et humides par vent de sud-ouest. Les pluies d’hiver comptent pour plus de 12 p. 100 du total. Le printemps connaît aussi des temps troublés, mais les grandes pluies sont celles de Huangmei (Houang-mei), « la saison des prunes », du 10 juin au 10 juillet environ, où se combinent phénomènes cycloniques et arrivée de la mousson ; l’été est un peu moins pluvieux, en dépit des typhons qui se font sentir à Nankin, surtout en août et en septembre. Les pluies sont très irrégulières d’une année à l’autre, et surtout d’un mois d’une année au même mois d’une autre année.

La vie agricole est intensive (plus des deux tiers des terres portent deux récoltes dans l’année) et variée. Au nord du Yangzijiang, la culture principale le long du littoral est celle du coton, qui succède très souvent aux salines. Le coton est cultivé en « fermes d’État » ayant parfois plus de 40 000 ha, qui ont pris la suite de grandes sociétés. Il existe également une importante pêche maritime. La plus grande partie de la plaine est, cependant, cultivée en riz (irrigué) : le Jiangsu est le second producteur de riz de la Chine après le Hunan (Hou-nan). Au riz succèdent, en hiver, le blé, l’orge, le colza et les haricots. Enfin, tout à fait au sud, aux confins du Zhejiang (Tchö-kiang), les collines qui entourent le Taihu (T’ai-hou) sont la plus grande région de culture du mûrier et d’élevage du ver à soie de la Chine ; le Taihu lui-même est un grand centre de pisciculture.

Le Jiangsu méridional a une vie urbaine active. Il faut citer en particulier la très belle ville de Suzhou (Sou-tcheou) et l’ancienne capitale impériale de Nankin. Celle-ci, implantée sur les dernières rides qui dominent le grand fleuve, a perdu son rôle politique. Par contre, elle a gardé son rôle universitaire ; des industries modernes y sont implantées ; elle est traversée par la voie ferrée de Shanghai à Pékin, qui franchira prochainement le fleuve par un pont géant. Cependant, le rôle urbain essentiel est, évidemment, joué par la grande agglomération de Shanghai (Chang-hai*).

J. D.

➙ Chang-hai / Nankin.

Kierkegaard (Søren Aabye)

Philosophe et théologien danois (Copenhague 1813 - id. 1855).



Une subjectivité exemplaire

L’œuvre de Kierkegaard tire la quasi-totalité de sa substance de la vie même de l’auteur.

Écrivant pour s’édifier en édifiant ses contemporains, il ne médite sur l’existence qu’afin de corriger la sienne propre, mais sur ce paradoxe fondamental que le particularisme de ses problèmes intéresse par essence l’ensemble des hommes.

De son père Søren a hérité un sens religieux de la culpabilité. Il se sent né pour un combat perdu d’avance, où il ne lui reste qu’à « espérer contre toute espérance ». D’autant qu’au rapport angoissé avec un père austère et dévot succède la rupture avec celle qu’il aime, Regine Olsen. Il se sépare d’elle après un an de fiançailles, en 1841, le lendemain de sa soutenance de thèse sur le Concept d’ironie constamment rapporté à Socrate. Sa passion devient alors passion de l’écriture. Autour de la double hantise du père et de Regine disparue (elle se mariera en 1847) s’organise une production littéraire où se répondent les sermons et exercices théologiques et la critique du spéculatif, au nom de l’existence.

Enten-Eller (Ou bien... ou bien), signé Victor Eremita, inaugure, en 1843, la carrière de Kierkegaard et la vogue de ses pseudonymes. Crainte et tremblement, par Johannes de Silentio, paraît la même année, suivi des Miettes philosophiques, par Johannes Climacus (1844), et d’une méditation sur le péché : le Concept d’angoisse. Les fiançailles et la rupture sont le sujet des Étapes sur le chemin de la vie (1845). Post-scriptum définitif et non scientifique aux Miettes philosophiques (1846) analyse les relations entre la vérité et l’expérience vécue. Sur l’existence et le sens du péché paraît, en 1849, le Traité du désespoir. Kierkegaard n’a cessé entre-temps de composer des discours édifiants (la Pureté du cœur) et de prendre de plus en plus fermement position contre l’a hiérarchie ecclésiastique.

En 1849, sa démarche pour obtenir un poste dans l’Église danoise reste sans réponse. Il réagit alors par une œuvre polémique, l’École du christianisme (1850), où il dénonce le scandale d’un christianisme sans chrétiens. C’est l’affrontement avec les autorités religieuses et avec l’évêque Mynster. Isolé et déchaîné, Kierkegaard fonde en 1855 un journal satirique, l’Instant, dont il assure seul la parution et qu’il publiera jusqu’à épuisement complet de ses forces.


Les trois stades

Hostile à tout système philosophique, Kierkegaard se veut d’abord l’analyste lucide des rapports entre Dieu et lui-même. Ce qu’il met en lumière, c’est la problématique de l’existence particulière et du christianisme intériorisé, et, en fin de compte, le dialogue dramatique entre ce que l’individu est réellement et ce qu’il devrait être selon la loi chrétienne.

Pour mieux saisir l’individu global, Kierkegaard dresse un relevé typologique des attitudes devant la vie. Partant du fait que chaque homme dispose, mais dans la condition initiale de sa parfaite négation devant Dieu, d’un choix possible de sa destinée, il décrit, comme apparente solution et échec réel, trois options primordiales, sortes de points d’arrêt « sur le chemin de la vie » où l’on peut se fixer, ou à partir duquel on évolue une fois atteinte la phase d’insatisfaction.

Le stade esthétique exprime la spontanéité du premier mouvement, l’attrait d’être soi, de tirer du plaisir de toute circonstance favorable. C’est l’expérience du libertinage, qui, selon Kierkegaard, aboutit au désenchantement et au sentiment de vanité générale.