Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Angola (suite)

La mise en valeur et la troisième guerre.

À partir de 1961, le produit industriel brut s’accroît de 15 p. 100 par an. Le premier plan sexennal de développement portugais (1953-1958) comportait pour l’Angola 2,3 milliards d’escudos d’investissements, le deuxième plan (1959-1964) 4,7 milliards et le plan intercalaire (1965-1967) 7,2 milliards.

Les hostilités éclatent en février 1961 à Luanda, en mars dans le nord du pays. Durant les six premiers mois, 30 000 Africains et 2 000 Portugais auraient été tués. Mais bientôt des dissensions se font jour entre les deux principaux mouvements nationalistes, le Mouvement populaire de libération de l’Angola (M. P. L. A.), créé dès 1956 par le docteur A. Neto et M. de Andrade, et l’Union des populations de l’Angola (U. P. A.), de Roberto Holden. En avril 1962, l’U. P. A. et le parti démocratique angolais (P. D. A.) de E. Kunzika s’unissent au sein du Front national de libération de l’Angola (F. N. L. A.). Un troisième parti, l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (U. N. I. T. A.), de J. Savimbi, s’allie rapidement au F. N. L. A.

Devant l’extension de la guérilla, le Portugal accroît son effort militaire en Angola, mais l’avenir de la colonie ne semble pas sérieusement menacé quand se produit au Portugal le coup d’État du 25 avril 1974, qui porte au pouvoir le général de Spinola et des officiers hostiles à la guerre coloniale. La solution fédéraliste que ceux-ci préconisent est désapprouvée par l’aile gauche de l’armée portugaise et surtout par les mouvements de libération. Mais ces derniers ne parviennent pas à s’entendre pour coordonner leurs actions dans les régions qu’ils contrôlent. Le M. P. L. A. reçoit l’aide de l’U. R. S. S. ; le F. N. L. A., après avoir reçu une aide matérielle de la Chine populaire, reçoit l’aide des États-Unis en matériel et en techniciens.

J.-C. N.


L’indépendance

En juin, puis en octobre 1974, les trois mouvements signent des cessez-le-feu séparés. De nombreux incidents raciaux éclatent et la population blanche commence à retourner au Portugal.

Lors des pourparlers engagés en janvier 1975 avec le gouvernement portugais à Portimão, dans l’Algarve, les trois mouvements se mettent d’accord pour constituer un gouvernement de transition avant l’indépendance, prévue pour le 11 novembre 1975. Malgré cela, les mouvements de libération entament entre eux une véritable guerre, alimentée par les convoitises des grandes puissances sur les richesses du sous-sol angolais. Dès juillet, les combats s’étendent à l’ensemble du territoire, et des milliers de réfugiés affluent dans le Sud-Ouest africain. Le 11 novembre, lors de la proclamation de l’indépendance, deux régimes sont en présence : la République populaire du M. P. L. A. et la République démocratique et populaire du F. N. L. A. et de l’U. N. I. T. A. Finalement, grâce à l’aide décisive de volontaires cubains, le M. P. L. A. prend, au début de 1976, un avantage définitif sur ses adversaires, pourtant soutenus directement par l’Afrique du Sud. Dès le 21 février, le Portugal, suivi de nombreux autres pays, reconnaît la République populaire d’Angola, présidée par Agostinho Neto.


La population et la vie économique


La population

À part les Bochimans du Sud (districts de Bié et de Huíla), la population noire appartient en majorité au type bantou. Dans le Sud, les Cuissos, les Ovambos, les Hereros sont essentiellement des pasteurs, pratiquant secondairement l’agriculture. Les Lundas et les Tchokwés des provinces du Nord-Est sont des agriculteurs, de même que les Ovimbundus, sur les hautes terres à l’ouest de Nova Lisboa. Les deux principales cultures vivrières sont le maïs et le manioc. Les ethnologues distinguent neuf groupes ethniques, divisés en une centaine de tribus et sous-tribus.

La quasi-totalité de la population blanche (250 000 environ en 1974) a quitté l’Angola après le coup d’État de Lisbonne, point de départ du processus d’indépendance.

Les villes

Luanda, capitale de l’Angola, a une population de 350 000 habitants (dont 50 000 Européens, ce qui en fait la troisième ville portugaise après Lisbonne et Porto). Premier établissement européen en Afrique au sud de l’équateur, créée il y a quatre siècles, Luanda est une ville pittoresque où abondent les vestiges du passé : vieilles églises de la ville haute, maisons de style colonial, forteresse São Miguel, etc. La ville basse, de construction plus récente, comporte un quartier des affaires et les immeubles, souvent ultra-modernes, des grandes administrations. Luanda est le second port de l’Angola, avec un trafic de 1,5 Mt et 50 000 passagers.

Benguela, ville ancienne, aux édifices coloniaux, est un port de pêche ; elle est supplantée aujourd’hui par Lobito (100 000 hab.), qui, construite sur une flèche littorale de sable, est devenue, grâce à son port en eau profonde, le premier port de l’Angola (trafic légèrement supérieur à celui de Luanda). Terminus de la voie ferrée, Lobito dessert les mines du Katanga et les mines de fer de l’arrière-pays. Le port comprend 1 000 m de quais d’accostage sur des fonds de 10,50 m, des silos à céréales d’une capacité de 20 000 t, des chargeurs de minerais débitant 4 000 t à l’heure, 20 000 m2 d’entrepôts couverts et 72 000 m2 non couverts, deux pipe-lines à carburants, une centrale électrique et un puissant appareillage de levage et de remorquage.

Moçâmedes, port de pêche à l’origine, s’est équipée récemment pour la manutention du minerai de fer, exploité dans l’arrière-pays.

Huambo (ancienn. Nova Lisboa) est la ville la plus importante de l’intérieur (80 000 hab.). Située à 1 700 m d’altitude, sur la voie ferrée de Benguela, elle est le principal centre de la province de Huambo, voire de l’ensemble des plateaux du Centre.


L’agriculture, l’élevage et la pêche

L’Angola est le premier producteur africain de café et le troisième du monde (avec la Côte-d’Ivoire). Environ 525 000 ha sont plantés en Robusta et en Arabica, sous ombrage, surtout dans la zone forestière du Nord, dans la région de Cazengo, le long de la voie ferrée de Luanda et dans la région de Porto Amboim. La production dépasse 200 000 t. Le café représente en valeur environ 40 p. 100 des exportations de l’Angola ; la moitié de la production est achetée par les États-Unis.

Le sisal, dont la culture s’est développée surtout à partir de 1960, est aujourd’hui le troisième produit d’exportation de l’Angola. Sa culture se pratique sur le plateau de Benguela, autour de Cubal et de Ganda, de part et d’autre de la voie ferrée ainsi qu’autour de Lobito, de Gabela et de Malange.

Le coton, dont on a essayé d’introduire les variétés égyptiennes, est cultivé dans trois régions : le district de Zaïre, la région de Luanda-Cuanza et celle de Malange.

La canne à sucre a fait l’objet, au début du siècle, de gros investissements de la part de grandes sociétés. C’est en effet une culture irriguée, ayant nécessité la construction de barrages (sur le Catumbela, le Dande). Environ 40 000 t sont exportées, dont la plus grande partie est dirigée vers la métropole.

Le maïs, base de l’alimentation d’une grande partie de la population, est le quatrième produit d’exportation. Sa production est le fait d’un grand nombre de petits planteurs africains et européens, qui obtiennent de faibles rendements.

Le cacao est cultivé dans l’enclave de Cabinda, et le palmier à huile dans les vallées humides et boisées près du Congo, sur le bas Cuanza et dans l’enclave de Cabinda. Il faut encore noter les cultures du tabac, des agrumes, du bananier et de l’ananas, surtout pour l’exportation.

L’élevage bovin est surtout développé dans les savanes et les steppes du Sud, où des efforts sont faits pour multiplier les points d’eau et lutter contre les trypanosomiases. Le mouton karakul a été introduit aux portes du désert, autour du centre expérimental de Caraculo, proche de Moçâmedes.

La pêche est une activité ancienne (surtout sardines et harengs). Elle donne lieu à une industrie traditionnelle du séchage ainsi qu’à la fabrication très moderne d’huiles, de farines et d’engrais.