Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Kennedy (suite)

La seconde crise de Cuba touche aux relations entre l’Union soviétique et les États-Unis. Dès 1961, Kennedy se déclare partisan d’une réponse graduelle si les Soviétiques déclenchent une attaque contre l’Ouest ; en conséquence, il accroît les forces conventionnelles. En même temps, il cherche à rattraper le retard que son pays a pris sur l’U. R. S. S. dans le domaine des expériences spatiales et à gagner la course à la conquête de la Lune. En juin 1961, il rencontre à Vienne Nikita Khrouchtchev* : les deux hommes s’entendent sur la neutralisation du Laos, mais ne tombent d’accord sur aucun autre problème. Bien plus, l’Union soviétique déclenche une nouvelle crise à Berlin. Kennedy demande alors et obtient du Congrès la mobilisation de 250 000 réservistes ; les Soviétiques préfèrent la prudence et se contenteront, en août, de construire dans l’ancienne capitale allemande le fameux mur.

Les négociations sur le désarmement progressent peu ; le 31 août, Moscou décide de reprendre ses expériences nucléaires dans l’atmosphère. Les Américains répliquent qu’ils feront de même si un traité d’interdiction n’est pas immédiatement signé. Les Russes refusent. Les relations entre les deux pays se tendent, lorsqu’en octobre 1962 éclate l’affaire de Cuba. Des photographies aériennes révèlent que l’U. R. S. S. installe une quarantaine de missiles nucléaires à moyenne portée. Le 22, dans un discours télévisé, Kennedy annonce le blocus des côtes cubaines pour tous les bateaux transportant des armes offensives ; mais, en même temps, il négocie avec Khrouchtchev, qui, le 28, s’incline.

Les États-Unis viennent de remporter une belle victoire, avec l’aide de leurs alliés. La guerre froide est finie. Russes et Américains s’orientent vers une nouvelle conception de leurs relations : chaque camp sait jusqu’où il peut aller s’il ne veut pas affronter l’autre directement ; tous les deux s’efforcent d’éviter une guerre nucléaire.

En 1963, l’Union soviétique propose que les puissances nucléaires renoncent à leurs expériences dans l’atmosphère ; les États-Unis acceptent. C’est que, désormais, la puissance de la Chine hante les imaginations. Les Chinois dénoncent la complicité objective des deux super-grands, qui, selon eux, se partagent le monde aux dépens des autres nations. Aussi s’efforcent-ils de brouiller les cartes. L’Asie du Sud-Est devient un problème brûlant de la politique américaine. En juillet 1962, le Laos est neutralisé à la suite de la conférence de Genève, mais, au Viêt-nam du Sud, le régime de Ngô Dinh Diem lutte contre des maquis communistes. Kennedy envoie des armes, des hélicoptères, des conseillers militaires, des soldats enfin (il y a 16 000 Américains en novembre 1963). Quand Diem est assassiné — quelques jours avant Kennedy —, Saigon connaît une période d’instabilité et une vacance de pouvoir qui déroutent les États-Unis. Kennedy ne veut pas abandonner cette partie du monde à ce qu’il croit être l’influence chinoise ; sa politique est hésitante et ouvre la voie à toutes les aventures. Il est vrai que la Chine ne fait rien pour rassurer : en octobre 1962, à propos de la question des frontières himalayennes, elle entre en conflit avec l’Inde, que les États-Unis aident de leurs armements.

Kennedy se préoccupe de l’évolution de la situation européenne. Ses voyages lui donnent, dans cette partie du monde, une popularité qui n’a d’égale que celle de sa femme. Quand il crie à Berlin en 1963 « Ich bin ein Berliner », il devient un héros en Allemagne. Le président veut réaliser un « grand dessein » : unir par des intérêts communs son pays et la Communauté européenne élargie à la Grande-Bretagne. Il imagine une zone de libre-échange qui permettrait aux Américains d’écouler leurs produits et de limiter leurs dépenses militaires. Mais la France se montre un partenaire difficile : elle fait exploser sa première bombe atomique en 1960 et refuse en 1963 de signer le traité sur les expériences atmosphériques ; elle ne ménage pas son appui dans les affaires de Cuba ou de Berlin, mais prend ses distances à l’égard de l’O. T. A. N. En janvier 1963, de Gaulle met son veto à l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun et signe un traité de réconciliation avec le chancelier Adenauer. Quelques mois plus tard, Kennedy se rend en Europe pour rassurer l’Allemagne, l’Italie, la Grande-Bretagne sur les intentions de son pays, qui s’engage une nouvelle fois à protéger l’Europe occidentale contre une éventuelle agression soviétique.

Incontestablement, le plus grand succès de Kennedy en politique étrangère a été le règlement de la seconde crise cubaine. Mais, en trois ans, Kennedy n’avait certainement pas eu le temps de donner la pleine mesure de son talent. Il comptait sur sa réélection en 1964 pour l’emporter sur ses ennemis du Congrès et régler le mieux possible les problèmes de politique étrangère en suspens.


Deux morts tragiques

Le 22 novembre 1963, dans une rue de Dallas (Texas), Kennedy fut assassiné par Lee Harvey Oswald, qui, lui-même, fut abattu peu de temps après par Jack Ruby. En 1964, la commission Warren conclut, dans son rapport, au geste d’un déséquilibré agissant en son nom personnel.

L’Amérique et le monde ressentirent profondément le choc de cette disparition. Entretenue par l’entourage et la presse, la légende prit immédiatement des proportions considérables. Robert Kennedy resta au département de la Justice quelques mois encore, puis se fit élire sénateur de l’État de New York. En mars 1968, il se lançait dans la campagne présidentielle ; le 6 juin, au lendemain de son succès aux élections primaires de Californie, il était, à son tour, abattu. Comme le président Kennedy l’avait prévu, ses frères ont pris sa succession.

Par leur réussite et leurs malheurs, par leur style et leurs conceptions politiques, les Kennedy ont su incarner l’Amérique des années 60.

A. K.

➙ Démocrate (parti) / États-Unis / Noirs des États-Unis (les).

 A. M. Schlesinger, Thousand Days : John F. Kennedy in the White House (Greenwich, Connect., 1965). / T. C. Sorensen, Kennedy (New York, 1965 ; trad. fr., Gallimard, 1966). / R. J. Walton, Cold War and Counterrevolution ; the Foreign Policy of John F. Kennedy (New York, 1972).