Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
K

Kawabata Yasunari (suite)

Insaisissables autant que l’héroïne du Pays de neige sont les femmes de Nuée d’oiseaux blancs (Semba-zuru, 1949). À travers le symbolisme de l’art du thé, un jeune homme cherche et retrouve les sensations jadis éprouvées par son père, concrétisées par un bol de céramique ancienne, par une femme qui fut la maîtresse de ce dernier et qui s’abandonne à lui un instant, puis se tue, par la fille de celle-ci, qui disparaîtra à son tour.

Le Grondement de la montagne (Yama no oto, 1949-1954) évoque la détresse de l’homme vieillissant, seul au sein d’une famille dont chaque membre se débat dans sa propre solitude, et qui se défend de l’attirance qu’exerce sur lui une belle-fille négligée par son mari. L’obsession de la mort prochaine jette une ombre inquiétante et apaisante à la fois sur cet enfer de la médiocrité quotidienne.

Enfer de la solitude encore que la maison des Belles endormies (Nemureru bijo, 1961), cette étrange maison de prostitution pour vieillards, où le vieil Eguchi, en cinq nuits vécues aux côtés des corps inertes de filles droguées, revit entre rêve et cauchemar ses expériences érotiques passées.

Il peut sembler étrange qu’un prix Nobel soit venu couronner, en 1968, l’œuvre de l’écrivain japonais qui paraissait le moins fait pour être compris de l’Occident. Du reste, le succès de Kawabata hors de son pays repose peut-être sur une manière de malentendu que son suicide ne peut que contribuer à épaissir : la plupart des critiques, en effet, s’évertuaient ingénument à dégager et s’obligeaient à admirer le caractère « spécifiquement japonais » des romans traduits — moins du dixième de l’œuvre complète —, alors précisément que la principale qualité de l’auteur était d’avoir su allier les influences européennes aux traditions nationales.

R. S.

Kazakhstan

En russe Kazakhskaïa S. S. R., troisième république socialiste soviétique par la population ; 2 715 000 km2 ; 12 850 000 hab. Capit. Alma-Ata*.


Avec la Sibérie et l’Asie centrale, entre lesquelles il s’étend, le Kazakhstan offre l’exemple d’une mise en valeur rapide depuis la Seconde Guerre mondiale. La valeur de sa production industrielle ne représentait en 1928 que 0,6 p. 100 de celle de l’U. R. S. S. ; elle est passée à plus de 1 p. 100 en 1940, à plus de 3 p. 100 actuellement. Le Kazakhstan détient plus de 5 p. 100 du potentiel énergétique de l’Union, renferme le cinquième des réserves connues de minerai de fer (avant l’Oural et l’Ukraine), 42 p. 100 de celles du zinc, 45 p. 100 du cuivre et du wolfram, 64 p. 100 du plomb, 70 p. 100 du chrome et de fortes proportions d’autres métaux non ferreux.


Le milieu naturel

Les conditions naturelles ne sont pourtant pas toutes favorables au développement économique. La république s’étend sur de vastes espaces, entre la Caspienne et la frontière chinoise d’une part, la Sibérie occidentale et l’Asie centrale d’autre part, et la majeure partie a un caractère steppique et semi-désertique. Presque partout, le total des précipitations annuelles est inférieur à 400 mm ; il tombe à moins de 200 mm au sud d’une ligne Astrakhan-Karaganda. De plus, les pluies, dont le maximum se situe en été, tombent irrégulièrement sur un sol desséché, et l’évaporation est intense. Au nord, une steppe clairsemée, à faible densité de couverture, comprenant des espèces xérophytiques et des salicornes, succède à la forêt de Sibérie occidentale. Quelques bouquets d’arbustes et des marais subsistent dans les points les plus humides, où stagnent des lacs temporaires, les saz et les tenguiz, partiellement couverts de roseaux. Les hivers restent presque aussi rudes que dans les steppes de la Caspienne ou de la Sibérie occidentale : la moyenne de janvier se situe selon les points entre – 5 et – 10 °C, les minimums pouvant descendre à – 40 °C. Un vent froid balaie la steppe, la recouvre d’une mince pellicule de neige glacée qui interdit la possibilité de pacage aux troupeaux et les décime. C’est à la limite de l’aridité qu’a été entreprise l’opération des « terres vierges », qui constituèrent pendant plusieurs années un district autonome, avec pour capitale l’ex-Akmolinsk, devenu Tselinograd (« ville vierge »). On sait que cette opération fut un demi-échec et l’on s’efforce de maintenir aujourd’hui une partie des surfaces cultivées par la pratique de l’irrigation, l’aménagement de pâtures, la production de fourrages et la diversification des récoltes. C’est dans ces régions que la majeure partie des céréales et de la betterave à sucre, des oléagineux et des fourrages de la république sont récoltés.

Dans la partie méridionale, le climat devient plus sec et passe au semi-désert, puis au désert annonçant l’Ouzbékistan et le Turkménistan. La culture n’est possible qu’avec l’irrigation, mais seul le Syr-Daria est capable d’apporter les eaux nécessaires. Le régime est endoréique, et les cours d’eau venus des montagnes se perdent, comme le Tchou, dans des dépressions marécageuses ou, comme l’Ili, dans un grand lac peu profond (dont une partie s’assèche et se réduit), le Balkhach. La république ne possède que la partie nord de la mer d’Aral. La relative douceur des hivers (moyenne de janvier se rapprochant de – 2 °C ; minimums moins fréquents et moins prononcés que dans le Nord), la chaleur et la longueur de l’été (moyenne de 30 °C au moins, avec des maximums supérieurs à 40 °C) autorisent les cultures subtropicales comme le coton et le riz, dont la république est toutefois un faible producteur par rapport à ses voisines de l’Asie centrale. L’exploitation des ressources minérales et la fondation de villes ont nécessité l’organisation de plusieurs systèmes de ravitaillement en eaux urbaines et industrielles : installation d’usines de filtrage et d’épuration, essais de dessalement des eaux de la mer d’Aral et de la Caspienne, creusement du canal Irtych-Karaganda, commencé en 1961, long de plus de 500 km, large de 40 m. L’irrigation se pratique à partir de puits, de citernes ou du captage des eaux des rivières du Nord (Oural, Ichim, Irtych) ou du Sud (Tchou, Syr-Daria) : plus de 400 000 ha sont actuellement irrigués dans la steppe de la Faim, la région du Syr-Daria, les bords de la Caspienne, et l’on prévoit le doublement de cette superficie.