Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
K

Kataïev (Valentine Petrovitch)

Romancier et dramaturge soviétique (Odessa 1897).


Fils d’un instituteur, Valentine Kataïev est élève au gymnase d’Odessa lorsqu’en 1910 ses premiers vers paraissent dans un journal local ; il a dix-sept ans lorsqu’il est publié pour la première fois par une revue de Saint-Pétersbourg. La guerre, à laquelle il participe en 1915-1917 comme engagé volontaire, lui inspire ses premiers récits, qui s’inscrivent dans la tradition réaliste et ont pour modèle la prose de Bounine, dont il restera toujours un fervent admirateur. Mobilisé dans l’armée rouge en 1919, il prend part à la guerre civile, d’abord comme commandant d’une batterie d’artillerie, puis, à Odessa et à Kharkov, au sein des organes d’information et de propagande du pouvoir bolcheviste.

Installé à Moscou en 1922, il continue à écrire des nouvelles psychologiques où une vision romantique de la révolution s’associe à la peinture satirique des milieux qui lui sont hostiles. Il collabore régulièrement à différents journaux (notamment à la page humoristique de Goudok [la Sirène], organe des syndicats de cheminots) par des récits et des feuilletons satiriques d’actualité. Sa réputation d’humoriste est confirmée par Ostrov Erendorf (l’Île d’Ehrendorf, 1924), roman d’aventures à demi parodique ; elle repose surtout sur le roman Rastrattchiki (les Dilapideurs, 1926), qui peint avec beaucoup de causticité les mœurs de la N. E. P., et sur la comédie Kvadratoura krouga (la Quadrature du cercle, 1928), dont l’intrigue est fondée sur les difficultés du logement.

Cette veine satirique se tarit vers le début des années 30, lorsque, avec la plupart des « compagnons de route », Kataïev met sa plume au service des objectifs du plan quinquennal. Le roman Vremia, vpered ! (O temps, en avant !, 1932), reportage sur la construction du combinat métallurgique de Magnitogorsk, dramatisé par le récit d’un épisode d’« émulation socialiste », est encore construit selon une technique « moderne » qui s’apparente à celle du montage cinématographique. Le roman Beleïet parous odinoki (Au loin une voile, 1936), qui raconte un épisode de la révolution de 1905 à Odessa vu par les yeux d’un enfant, marque une évolution vers des formes romanesques plus traditionnelles et vers une conception plus didactique et plus pédagogique de la littérature, conforme à l’esprit du « réalisme socialiste ».

Cette orientation, qui fait de Kataïev un écrivain pour la jeunesse, se manifeste dans une série de nouvelles d’inspiration patriotique écrites à la veille de la Seconde Guerre mondiale (IA, syn troudovogo naroda [Moi, fils du peuple ouvrier], 1937) ou au cours de celle-ci (Jena [l’Épouse], 1943 ; Syn polka [le Fils du régiment], 1945). La guerre, à laquelle il participe comme journaliste, lui inspire une série de récits, la pièce de théâtre Sini platotchek (le Foulard bleu, 1943) et le roman Zavlast sovetov (Pour le pouvoir soviétique, 1949), où l’on retrouve le héros de Beleïet parous odinoki, devenu adulte, participant à la résistance d’Odessa contre l’envahisseur allemand. Entre ces deux volets extrêmes s’inséreront les romans Khoutorok vstepi (le Hameau de la steppe, 1956) et Zimni veter (le Vent d’hiver, 1960), dont l’action se situe respectivement en 1910-1912 et en 1916-1918 : l’ensemble, intitulé Volny tchernogo moria (les Vagues de la mer Noire, 1961), constitue ainsi une fresque historique répondant à la tendance épique et monumentale du réalisme socialiste. Remanié une première fois en 1951 dans un sens plus conforme aux exigences du parti, le roman Za vlast sovetov est réédité en 1961 sous le titre de Katakomby (les Catacombes), dans une version émondée de certains passages sacrifiant au « culte de la personnalité ».

Membre depuis 1938 du présidium de l’Union des écrivains soviétiques, décoré en 1939 de l’ordre de Lénine, lauréat du prix Staline en 1946, député au Soviet suprême de la République de Russie en 1947, Kataïev n’entre au parti communiste qu’en 1958. Ces honneurs officiels ne l’empêchent pas d’être depuis 1956 l’un des écrivains qui travaillent à élargir les cadres rigides du réalisme socialiste : il figure en 1967 parmi ceux qui appuient la lettre de Soljenitsyne contre la censure. Fondateur et directeur, de 1955 à 1962, de la revue Iounost (Jeunesse), il en fait l’organe des prosateurs de la « génération du dégel », auxquels il prêche le « mauvisme » (du français mauvais), doctrine du refus des canons esthétiques, qu’il applique lui-même dans une série d’œuvres de facture très originale, suite de souvenirs, de rêves et de fictions dont l’enchaînement paraît n’obéir qu’aux caprices de l’imagination : Sviatoï kolodets (le Puits sacré, 1966), Trava zabvenia (l’Herbe d’oubli, 1967) et Koubik (le Petit Cube, 1969). La qualité poétique du regard et du langage que Kataïev a constamment recherchée dans son œuvre se manifeste ici en toute liberté et se réclame ouvertement de modèles esthétiques étrangers aux canons étroits du réalisme socialiste, tels Bounine, Mandelstam et Maïakovski, dont l’évocation forme une partie importante de ces trois livres.

M. A.

 T. Sidelnikova, Valentine Kataïev, esquisse de sa vie et de son œuvre (en russe, Moscou, 1957). / B. Braïnina, Valentine Kataïev (en russe, Moscou, 1960).

Kaverine (Veniamine Aleksandrovitch)

Romancier soviétique (Pskov 1902).


Fils d’un musicien de Pskov, Veniamine Kaverine vient en 1918 à Moscou, où, l’année suivante, il termine ses études secondaires et entre à l’université. En 1920, il s’installe à Petrograd, où il poursuit parallèlement ses études à l’institut des langues orientales (dont il obtient le diplôme en 1923) et à la faculté de philologie et d’histoire, où il soutient en 1929 une thèse sur l’orientaliste et romancier russo-polonais Ossip Ivanovitch Senkovski (1800-1858), connu comme critique et journaliste sous le pseudonyme de Baron Brambeus.

Lié au critique formaliste Iouri Nikolaïevitch Tynianov (1894-1943), son premier maître, et au groupe des Frères Sérapion, qui prétend renouveler la prose russe en s’insurgeant contre la tradition réaliste, Kaverine débute en 1920-1923 par une série de récits (recueil Mastera i podmasteria [Compagnons et apprentis], 1923) mettant en scène des personnages excentriques, moines, alchimistes, magiciens, placés dans un décor médiéval conventionnel. Persuadé que « l’art doit être bâti selon les formules des sciences exactes », il se préoccupe surtout de mettre sur pied une intrigue ingénieuse, aux rebondissements imprévus ; son style fuit la description et cherche à « singulariser » le réel en le saisissant sous un angle quasi fantastique. Enfin, il utilise le procédé formaliste de la « mise à nu du procédé », qui sape l’illusion romanesque en faisant intervenir l’auteur dans son rôle de démiurge.