Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
K

Karadjordjević (suite)

Pierre II Karadjordjević

(Belgrade 1923 - Los Angeles 1970), roi de Yougoslavie de 1934 à 1945. Ce n’est qu’en 1941 que le jeune roi, débarrassé de la régence de Paul, prend effectivement le pouvoir. Mais, porté par un soulèvement anti-allemand (27 mars 1941), il voit peu après son pays envahi par les troupes de Hitler (avr.). Réfugié à Londres, il ne peut rien sur l’évolution d’une politique qui aboutit à la déchéance de sa dynastie et à la proclamation de la république en Yougoslavie (29 nov. 1945). Il gagne ensuite les États-Unis.

P. P.

➙ Croatie / Obrevonić / Serbie / Yougoslavie.

 R. Chambry, Pierre Ier, roi de Serbie (Bloud et Gay, 1917). / S. Graham, Alexander of Yugoslavia (Londres, 1938). / D. Stranvaković, Karadjordge (en serbo-croate, Belgrade, 1938). / R. Colombani et J. R. Laplagne, la Mort d’un roi (A. Michel, 1971).

Kassites

(de l’akkadien Kashshou, qui désigne à la fois le peuple et son pays), population de la partie centrale du Zagros, dont une portion vient s’installer en Babylonie au IIe millénaire av. J.-C.



Les origines et la période obscure (xviiie-xve s. av. J.-C.)

Les Kassites apparaissent dans l’histoire lors de l’invasion qu’ils tentent en Mésopotamie et qui est arrêtée en 1741 par le roi de Babylone* Samsouilouna (1750-1712). Cette poussée est suivie d’une lente infiltration qui amène des éléments de ce peuple en Mésopotamie, où ils s’engagent comme mercenaires ou comme hommes de peine. Mais la liste chronologique des rois kassites (1729-1153) amène à penser que les envahisseurs sont allés fonder un royaume quelque part au pays des Deux Fleuves, mais pas forcément celui de Hana (au moyen Euphrate), dont un seul des rois connus porte un nom kassite. On ne sait pas non plus si les Kassites ont aidé le roi hittite Moursili Ier à s’emparer de Babylone (1595), ni s’ils ont placé alors leur souverain sur le trône de la grande cité, rendu vacant avec la destruction de sa dynastie amorrite par le raid du Hittite. Un texte tardif veut que le Kassite Agoum II, qui régnait à la fois sur la partie centrale du Zagros et sur Babylone, ait, en 1571, ramené dans cette ville les doles de Mardouk et de sa parèdre emmenées en captivité en 1595. Un de ses successeurs aurait, vers 1530, mis fin à la dynastie du pays de la Mer (à peu près l’équivalent de Sumer), dont il aurait annexé le domaine. Mais, peut-être du fait de la dépression économique qui caractérisa le milieu du IIe millénaire en Mésopotamie, nous n’avons pas de documents contemporains des rois kassites avant le xive s.


L’action de la monarchie kassite à Babylone (xive-xiie s. av. J.-C.)

Nous trouvons à cette époque les Kassites de Babylonie constitués en une aristocratie guerrière, qui reste ouverte aux indigènes, et leurs souverains possesseurs de la totalité de la basse Mésopotamie, où la prédominance de Babylone n’est plus contestée. Avant la fin du xve s., les rois kassites ont noué des relations avec les pharaons. Puis, après avoir prétendu dominer la dynastie locale d’Assour, ils ont conclu avec elle une alliance matrimoniale. Mais le petit-fils de l’Assyrien Assour-ouballith Ier (1366-1330), le roi kassite de Babylone Kourigalzou II (v. 1345-1324), qui a conquis Suse, est l’initiateur d’un interminable conflit avec l’Assyrie, au cours duquel les deux États se disputent le piémont du Zagros central et surtout la prédominance en Mésopotamie. Au début du xiiie s., les Élamites se réunissent en un grand royaume et reprennent Suse, et la Babylonie doit faire face à une seconde menace, celle des expéditions de pillage parties du royaume d’Élam.

Le Kassite Kashtiliash IV (v. 1242-1235) est battu et pris par l’Assyrien Toukoulti-Ninourta Ier (1246-1209), qui se proclame roi de Babylone ; puis un soulèvement des Kassites et des Babyloniens rend le trône de la grande cité à la dynastie kassite. Cette dernière disparaît en 1153, victime d’attaques venues d’Assyrie et d’Élam.


L’apport des Kassites à la civilisation babylonienne

Il est bien limité et, de ce fait, encore mal connu. La dynastie kassite, qui n’a qu’un prestige médiocre dans l’Orient de la seconde moitié du IIe millénaire, ne semble pas avoir non plus une grande autorité dans son royaume, où elle multiplie les donations de terres et les immunités. Mais peut-on y voir une originalité due à l’apport kassite, alors que l’on connaît si peu l’organisation sociale et économique de cette aristocratie guerrière, dont les membres portent indifféremment des noms kassites ou sémitiques.

Sur le plan culturel, les choses sont un peu plus claires. On n’a retrouvé aucun texte en langue kassite, mais, comme la Babylonie n’a pas fourni de documents pour la période qui va de 1595 à 1375, nous ne pouvons affirmer que cette langue n’ait pas été écrite. Le kassite, qui n’est donc connu que par l’onomastique, semble n’avoir de parenté avec aucune autre langue connue ; et les spécialistes qui ont étudié ses noms propres ne sont pas d’accord sur la réalité d’éléments indo-aryens qui seraient dus à un groupe dirigeant comparable à celui du Mitanni*. Quoi qu’il en soit, les Kassites de Babylone, fort en retard jusque-là sur les Mésopotamiens, adoptent la culture locale et abandonnent leur culture propre, qui ne se manifeste plus que par les anthroponymes invoquant les divinités amenées du Zagros et par les rares manifestations de leur culte en basse Mésopotamie.


La longue survivance du peuple kassite

Si, après 1153, le trône de Babylone passe à une suite de dynasties originaires de basse Mésopotamie, la partie du peuple kassite qui est installée en Babylonie continue à y vivre, et ses représentants à y obtenir de postes importants. On trouve même encore à la fin du xie s. dans des dynasties indigènes trois rois portant des noms kassites.