Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Karadjordjević (suite)

Au cours de la guerre turco-russe qui suit, les armées serbo-russes battent les Turcs à Varvarin (1810). Mais la menace d’invasion de la Russie par les Français (1812) incite le tsar à signer avec la Porte le traité de Bucarest, dont un article stipule que la Turquie reconnaîtra une certaine autonomie à la Serbie, quitte à discuter avec celle-ci des modalités d’application. En fait, les Turcs ont les mains libres ; ils envahissent la Serbie (1813), d’où Karageorges doit s’enfuir. Interné en Autriche, il est ensuite autorisé à se retirer en Bessarabie (1814).

Bientôt, les Serbes se révoltent de nouveau. Karageorges regagne secrètement la Serbie (1817) dans l’intention de constituer un vaste mouvement balkanique de libération. Mais le nouveau maître du pays, Miloš Obrenović*, en accord avec les Turcs, se débarrasse de son rival en le faisant assassiner (25 juill. 1817) ; la tête du héros est envoyée à Istanbul.


Alexandre Karadjordjević

(Topola 1806 - Temesvár 1885), prince des Serbes de 1842 à 1858. Troisième fils de Karageorges, il suit son père en exil (1813) et sert dans l’armée russe. En 1842, Miloš Obrenović ayant été chassé de Serbie par une révolution, Alexandre, rentré dans sa patrie depuis 1839, devient prince des Serbes. Durant la révolution de 1848-49, il aide Serbes et Croates de l’empire d’Autriche contre les Hongrois.

Il fait appliquer en Serbie des réformes qui vont dans le sens d’une certaine modernisation (Code civil, scolarisation, création d’une université, d’un musée, d’une cour suprême). Mais il doit compter avec la pression russe, pression qui aboutit en 1853 à la démission de son Premier ministre Ilija Garašanin (1812-1874), francophile qui rêve de la création d’une Yougoslavie. Cependant, il reste neutre durant la guerre de Crimée ; au congrès de Paris (1856), il obtient la garantie collective des Puissances en faveur d’une Serbie détachée de la mouvance turque.

Ses allures autoritaires lui font beaucoup d’ennemis ; ce despotisme oligarchique se renforce après la découverte d’un complot contre le prince (1857). Mais, dès 1858, Alexandre est acculé à l’abdication ; il mourra exilé dans le Banat. De son mariage avec Persida Nenadović (1813-1875) il eut dix enfants.


Pierre Ier Karadjordjević

(Belgrade 1844 - id. 1921), roi de Serbie de 1903 à 1918, puis des Serbes, Croates et Slovènes de 1918 à 1921. Troisième fils du prince Alexandre Karadjordjević, il est élevé en Suisse, puis fait ses études militaires (Saint-Cyr) en France ; officier de l’armée française, il se distingue à Villersexel (janv. 1871) ; prisonnier des Allemands, il parvient à s’enfuir.

Il participe à l’insurrection de Bosnie-Herzégovine en 1875-76 sous le pseudonyme de Petar Mrkonjić. Réfugié au Monténégro, il y épouse Zorka, fille aînée du prince Nicolas de Monténégro (1883) ; après la mort de sa femme (1890), qui lui a donné trois enfants, il se retire à Genève.

Après l’assassinat, en 1903, d’Alexandre Obrenović, il est élu roi de Serbie ; il est couronné à Belgrade le 21 septembre 1904. Pénétré de culture occidentale et de tradition libérale, et assisté par son ministre Nikola Pašić (1845-1926), il instaure un régime parlementaire. Contre l’emprise autrichienne grandissante, il s’appuie sur la Russie. Après les succès serbes au cours des deux guerres balkaniques, il doit faire face à une menace de guerre autrichienne. Le 22 juin 1914, six jours avant l’attentat de Sarajevo — qui sera imputé par Vienne à Belgrade —, il désigne son fils Alexandre comme régent. Son action morale durant la Première Guerre mondiale n’en sera pas moins capitale, et, au cours d’une campagne éprouvante, il sera l’âme de la résistance serbe.

La victoire des Alliés provoque l’éclatement de l’Empire austro-hongrois, et, le 1er décembre 1918, Pierre Ier est proclamé roi des Serbes, Croates et Slovènes.


Alexandre Ier Karadjordjević

(Cetinje 1888 - Marseille 1934), roi des Serbes, Croates et Slovènes de 1921 à 1929, puis de Yougoslavie de 1929 à 1934, second fils et successeur de Pierre Ier. Exilé comme son père, il sert dans l’armée russe ; rentré en Serbie, il devient l’héritier du trône à la suite de la renonciation de son frère aîné, Georges (1909). Il est à la tête de la Ire armée serbe durant les deux guerres balkaniques. Régent du royaume (1914), il commande les forces serbes durant la Première Guerre mondiale.

Devenu roi des Serbes, Croates et Slovènes à la mort de son père (1921), il épouse en 1922 Marie (1900-1961), fille de Ferdinand Ier de Roumanie, qui lui donnera trois fils. Rapidement, il est affronté à de dures difficultés, résultant notamment de l’opposition violente entre Serbes centralisateurs et Croates fédéralistes, voire séparatistes. Les passions atteignent leur paroxysme quand, le 20 juin 1928, S. Radić et deux autres membres du parti paysan croate sont assassinés par un Serbe.

Le 6 janvier 1929, Alexandre suspend la Constitution parlementaire de 1921, et, pour bien marquer sa volonté unificatrice et centralisatrice, donne au pays le nom de Yougoslavie. À l’extérieur, il s’engage dans une politique francophile, favorable à la Petite-Entente. Il assure les pleins pouvoirs, puis octroie en 1931 une constitution autoritaire qui lui fait des adversaires implacables, surtout parmi les Croates. Ceux-ci finissent par se débarrasser de lui lors d’un voyage qu’il effectue en France : le 9 octobre 1934, Alexandre et son hôte Louis Barthou tombent à Marseille sous les balles de terroristes croates.


Paul Karadjordjević

(Saint-Pétersbourg 1893), régent de Yougoslavie de 1934 à 1941. Fils d’Arsène Karadjordjević (frère de Pierre Ier), il est désigné par le testament d’Alexandre Ier comme régent de Pierre II avec deux autres co-régents. À l’extérieur, sa politique, différente de celle d’Alexandre Ier, l’oriente vers un rapprochement avec l’Italie et la Bulgarie (1937). Devant le mouvement autonomiste des Croates, Paul se décide à un compromis : création d’une Grande-Croatie, englobant une partie de la Bosnie-Herzégovine et Dubrovnik, le pouvoir central se réservant les questions diplomatiques et militaires (25 août 1939). Bien qu’il soit décidé à la neutralité, il doit subir les exigences de Hitler et adhérer a l’alliance allemande, la Yougoslavie recevant en échange une partie de la Macédoine grecque (mars 1941). Ce traité provoque un soulèvement populaire. Paul abandonne alors le pouvoir à Pierre II et se retire en Afrique.