Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
K

Kan-sou

En pinyin Gansu, province de la Chine du Nord-Ouest ; 530 000 km2.


La province était peuplée de 12 800 000 habitants en 1957 et, estime-t-on, d’environ 15 millions d’habitants en 1964, dont 12 p. 100 de « minorités nationales », les plus importantes étant représentées par les Tibétains, les Mongols, les Hui (Houei), les Kazakhs, les Yugu (Yu-kou), organisés en « départements autonomes » (deux départements autonomes tibétains) et en huit « districts autonomes », qui s’étendent sur plus de 300 000 km2 au total (plus de 50 p. 100 de la superficie de la province).

S’étirant sur plus de 1 500 km d’est en ouest, au contact de domaines géologiques fort différents, le Gansu se caractérise par un relief très contrasté, où l’on peut distinguer cinq grands ensembles.

À l’est du Huanghe (Houang-ho) s’étend l’extrémité sud-ouest des plateaux de lœss, qui sont ici les plus élevés et les plus accidentés (altitude moyenne de 1 500 m), coupés de profondes vallées et d’une multitude de ravines, et dominés par un ensemble de massifs montagneux, dont le plus important est le massif des Liupanshan (Lieou-p’an-chan). Au sud, dominant la vallée supérieure de la Wei, se dresse le massif de Longnan (Long-nan), à une altitude moyenne de plus de 2 000 m, qui constitue la partie occidentale de la chaîne des Qinling (Ts’in-ling). À l’ouest du Huanghe s’allonge sur un millier de kilomètres (sur une largeur de 50 à 70 km) le corridor du Hexi (Ho-si), couloir désertique constitué d’une succession de dépressions et de plateaux à une altitude moyenne de 1 000 m, encombrés au sud de cônes de déjection qui s’alignent au pied de l’énorme masse des Qilianshan (K’i-lien-chan), série de chaînes parallèles alignées à la limite des plateaux du Qinghai (Ts’ing-hai) à des altitudes supérieures à 3 000 m. L’extrémité occidentale du plateau de Mongolie-Intérieure, qui s’étend au nord du corridor du Hexi, a été rattachée au Gansu en 1969 (165 000 km2) ; la plus grande partie est constituée par le désert d’Alashan (A-la-chan).

S’étendant du domaine de la Chine du Nord jusqu’aux portes de l’Asie centrale, le Gansu connaît une dégradation progressive de ses conditions climatiques. À l’est du Huanghe, il tombe annuellement de 400 à 500 mm de précipitations, total qui diminue très rapidement vers l’ouest, où il devient inférieur à 100 mm (ce sont partout des pluies d’été). De même, les contrastes thermiques s’accusent d’est en ouest : – 4 °C en janvier et + 21 °C en juillet à l’est ; – 10 °C et + 26 °C pour les mêmes mois dans le corridor du Hexi.

Mais, contrastant avec les solitudes désertiques du plateau mongol, qui le borde au nord, le corridor du Hexi est jalonné d’oasis alimentées par les eaux descendues des Qilianshan, lui valant ainsi d’être la seule voie de liaison praticable entre la Chine du Nord et l’Asie centrale. Ainsi l’actuel territoire de la province du Gansu joua-t-il un rôle éminent dans l’histoire de la Chine. Dès le iie s. av. J.-C., la dynastie Han s’assure le contrôle de la voie qui deviendra la « route de la soie », par laquelle la Chine va entrer en relation avec l’Asie centrale et, par-delà, avec l’Orient romain, et par laquelle le bouddhisme pénétrera en Chine dès le ier s. apr. J.-C. Dès lors, le Gansu prend une importance essentielle, et chaque dynastie aura le souci de s’en assurer le contrôle, tandis qu’à chaque période interdynastique il constitue l’assiette de royaumes indépendants souvent puissants et prospères. Les vestiges de la Grande Muraille, qui se termine à la passe de Jiayuguan (Kia-yu-kouan), et les célèbres statuaires rupestres de Dunhuang (Touen-houang*) témoignent de ce rôle passé.

C’est à la faveur d’une telle situation géographique que s’est réalisée au Gansu la pénétration la plus occidentale de la colonisation agricole traditionnelle chinoise, où le blé occupe une place essentielle (40 p. 100 des terres cultivées). Mais, selon les diverses conditions topographiques et climatiques décrites précédemment, on peut distinguer trois grands domaines agricoles.

À l’est du Huanghe, parmi les cultures en terrasses des plateaux de lœss, le blé d’hiver et les millets (culture d’été) sont essentiels. À l’ouest de ce fleuve se développe une agriculture d’oasis où le blé de printemps et le riz sont les principales cultures céréalières ; la culture du coton est particulièrement développée sur les rives de la Sulei (Sou-lei) et du Tanhe (T’an-ho). Au cœur de la province, le bassin de Lanzhou (Lan-tcheou), drainé par le Huanghe, est remarquable par la richesse et la variété de ses cultures : céréales (blé, riz), coton, tabac, fruits et cucurbitacées.

Toute cette agriculture repose sur l’irrigation, qui a été considérablement développée depuis 1949 : 433 000 ha étaient irrigués en 1950, et 1 300 000 ha en 1958 dans l’ensemble de la province. Les principaux périmètres d’irrigation (plus de 400 000 ha) sont ceux de Zhangye (Tchang-ye) et de Wuwei (Wouwei), alimentés par les eaux des Qilianshan (Edsin-gol et Xihe [Si-ho]).

L’élevage constitue une autre activité remarquable de cette province, pratiquée par les « minorités nationales » : nomadisme pastoral des Mongols en voie de sédentarisation et surtout élevage du mouton sur les prairies d’altitude, au sud du corridor du Hexi.

Le Gansu est historiquement la première province pétrolifère de la Chine : le bassin de Yumen (Yu-men) produisait 97 p. 100 du pétrole chinois en 1946 ; cette production est passée de 0,8 Mt en 1957 à plus de 1,5 Mt actuellement (troisième rang en Chine). La province disposerait également de plus de 3 milliards de tonnes de réserves de charbon, qui est essentiellement exploité dans les bassins d’Aganzhen (A-kan-tchen), près de Lanzhou, et de Shandan (Chan-tan), dans le corridor du Hexi. Plus récemment, des gisements de minerai de fer ont été découverts à l’ouest, près de Jiuquan (Tsieou-ts’iuan), où l’on projetait l’implantation de la base sidérurgique de l’Ouest chinois. Enfin, des ressources minérales variées ont été découvertes ces dernières années dans les Qilianshan, notamment du plomb, du zinc et du cuivre.