Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
K

Kandinsky (Vassili) (suite)

 W. Grohmann, Wassily Kandinsky, Leben und Werk (Cologne, 1958 ; trad. fr. Vassili Kandinsky, sa vie, son œuvre, Flammarion, 1959). / M. Brion, Kandinsky (Somogy, 1961). / J. Lassaigne, Kandinsky (Skira, Genève, 1964). / F. Whitford, Kandinsky (Londres, 1968 ; trad. fr., O. D. E. G. E. Presse, 1968).

Kanō (école des)

Lignée de peintres de l’académie officielle des shōgun, d’abord à Kyōto, puis à Tōkyō (xve-xixe s.).


Dans la seconde moitié du xve s., la peinture monochrome d’inspiration chinoise, restée jusqu’alors le monopole des milieux bouddhistes de la secte zen (chan ou tch’an* en chinois), étend sa sphère d’influence à la société laïque. Les peintres de la famille Kanō (qui héritent du nom par la naissance ou l’adoption) prennent la direction de l’atelier shōgunal et sont patronnés par la classe des guerriers jusqu’en 1868. De génération en génération, ces artistes se consacrent à la décoration des paravents et des portes à glissière pour les monastères et les résidences seigneuriales, représentant des paysages ou les quatre saisons, symbolisées par des fleurs et des oiseaux. En même temps que ces compositions officielles, ils s’adonnent, à partir de la fin du xvie s., à la peinture de genre. La vie animée des grandes villes et les fêtes pittoresques constituent les sujets les plus appréciés à partir desquels se développeront les thèmes de l’ukiyo-e* et de l’estampe.


Le fondateur de l’école : Masanobu (1434-1530)

Issu d’une petite famille de guerriers, Masanobu est considéré comme le fondateur de l’école à laquelle il devait donner le nom de son village, Kanō, dans la péninsule d’Izu. Selon la tradition, son père l’initie à la peinture, puis le jeune artiste va perfectionner son métier à Kyōto, auprès d’Oguri Sōtan, élève du moine peintre Shūbun (début du xve s.). Le shōgun remarque son talent et le prend comme peintre officiel. Masanobu devient ainsi le premier laïc pratiquant la peinture à l’encre, qui, à la suite de Sōtan, dirige l’atelier des Ashikaga. Bien que fidèles aux thèmes chinois en vogue dans les monastères zen, ses œuvres montrent déjà les caractéristiques de l’école Kanō : netteté de la ligne, équilibre de la composition et recherche d’effets colorés. Ce dernier trait semble dû à l’influence des œuvres ming* de l’école de Zhi (Tche), qui perpétuent la tradition de l’académie des Song* du Sud.


L’art de synthèse de Motonobu (1476-1559)

Succédant à son père et héritant dises titres honorifiques, Motonobu donne une base solide à l’école et introduit dans la peinture de style chinois l’emploi de couleurs vives, héritage du yamato-e. Les secrets de cette peinture purement japonaise lui furent peut-être révélés par Tosa* Mitsunobu, chef de l’atelier de la Cour impériale, dont il aurait épousé la fille.

Aidé par les membres de sa famille et ses disciples, Motonobu déploie une activité intense pour répondre aux commandes de divers milieux sociaux. À Kyōto* sont encore conservées deux séries importantes de peintures que l’artiste exécuta pour deux temples de la capitale : la première vers 1520 pour le Daitoku-ji ; la seconde entre 1543 et 1549 pour le Myōshin-ji. Dans cette dernière série, qui ornait les salles du Reiun-in, les compositions d’arbres et d’oiseaux sont les créations les plus originales. Un des meilleurs exemples en est le Paysage à la cascade avec une grue, au cerne épais mais souple, où l’utilisation savante des vides confère à l’ensemble toute sa grandeur. Cette œuvre magistrale nous laisse supposer que les décors, aujourd’hui disparus, réalisés entre 1539 et 1553 pour le monastère fortifié du Hongan-ji à Ōsaka, révélaient également le génie de l’artiste en pleine maturité.

Motonobu, premier grand peintre des temps modernes au Japon, prépare la voie à ses successeurs. Son petit-fils Eitoku*, en particulier, donnera à l’art de la composition murale une vigueur à l’échelle des châteaux somptueux que se feront construire les dictateurs successivement au pouvoir.


Les descendants d’Eitoku

Le style grandiose du début de l’époque Momoyama (1573-1615), inauguré par Eitoku et développé, hors de l’école Kanō, par deux artistes remarquables, Hasegawa Tōhaku (xviie s.) et Kaihō Yūshō (1533-1615), perd peu à peu sa puissance au début du xviie s. La direction de l’école est reprise par les fils d’Eitoku. L’un d’eux, Takanobu, qui travaille également pour la Cour impériale, se charge avec son atelier de la décoration intérieure du château de Nagoya, édifié par Tokugawa Ieyasu*. Dans les compositions d’arbres et d’oiseaux, qui se détachent sur les fonds d’or, se manifestent un naturalisme intime et une expression raffinée propres aux artistes de cette génération. Sanraku*, disciple préféré d’Eitoku, incarne avec le plus de sensibilité cette nouvelle manière.

Tandis que les descendants de Sanraku continuent la tradition Kanō à Kyōto, l’école principale passe au service des Tokugawa à Edo (Tōkyō).


L’académie officielle du shōgunat d’Edo (1615-1868)

Des trois fils de Takanobu qui prennent la tête de l’académie officielle du nouveau shōgunat d’Edo, Tanyū (1602-1674) est la personnalité dominante. Entre autres commandes, le petit-fils d’Ieyasu, Iemitsu, lui confie la décoration des salles d’audience du château de Nijō à Kyōto. Sur les cloisons, le peintre représente des faucons et des pins immenses, d’un vert profond, qui s’étirent sur toute la longueur de l’espace mural. Cependant, la proportion exagérée des fonds d’or montre un penchant vers l’académisme et un désir trop manifeste de glorifier la puissance du nouveau dictateur.

Dès les successeurs de Tanyū et de ses frères, le style Kanō se fige dans l’immobilité décorative. Les familles de peintres imitent inlassablement les modèles établis par leurs ancêtres et travaillent suivant une hiérarchie très stricte pour le shōgun, l’aristocratie ou les vassaux de province. Seuls se distinguent quelques « rebelles » comme Kusumi Morikage et Hanabusa Itchō, dont la personnalité artistique et la liberté d’esprit les excluent de l’école académique.