Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
K

Kaboul (suite)

Son rôle de capitale culturelle reste, d’autre part, imprécis. Trois principaux éléments constituent la population : les Tadjiks, qui sont le fond de la région, les Pachtous et les Hazāras, ces derniers arrivant de plus en plus nombreux comme main-d’œuvre non qualifiée. La culture dominante reste la culture persane des Tadjiks et des Hazāras, bien que le gouvernement s’efforce de développer l’usage du pachto, langue majoritaire dans le pays et devenue officielle au même titre que le persan, mais qui est à peine fixée et reste sans prestige.

X. P.

➙ Afghānistān.

 H. Hahn, Die Stadt Kabul und ihr Umland (Bonn, 1964-65 ; 2 vol.).

Kádár (János)

Homme politique hongrois (Salgótarján, 1912).


Membre du parti communiste depuis 1932, il devient en 1943, après un séjour en Russie, secrétaire du Comité central du parti communiste. Député en 1946, il est nommé en 1948 ministre de l’Intérieur et chef de la police ; en cette qualité, il participe à l’élimination de László Rajk en 1949, mais le gouvernement Rákosi le fait lui-même emprisonner d’avril 1951 à novembre 1953.

En juillet 1956, à la chute de Rákosi, Kádár est nommé membre du Comité central du parti. En octobre, il se trouve, avec Ernő Gerő, Premier secrétaire du parti, et les principaux dirigeants hongrois, en visite officielle en Yougoslavie. Il revient le 23 octobre à Budapest, dans une ville en pleine rébellion contre le régime. Imre Nagy devient président du Conseil dans la nuit du 23 au 24 octobre ; János Kádár est nommé ministre de l’Intérieur.

La constitution du nouveau gouvernement, le 24 octobre, intervient cependant trop tard. Le processus révolutionnaire est désormais engagé. Le 30 octobre, János Kádár, dans un discours radiodiffusé, approuve la suppression du système de parti unique et appuie l’œuvre d’Imre Nagy.

Le 1er novembre, il glorifie encore la révolte des Hongrois, mais, le soir même, il disparaît de Budapest et, le lendemain, à Oujgorod (en hong. Ungvár), en Ukraine subcarpatique, il met sur pied un contre-gouvernement.

Le 4 novembre, alors que les troupes soviétiques répriment le soulèvement populaire, on annonce la formation du nouveau gouvernement dirigé par János Kádár. Président du Conseil de 1956 à 1958, il procède à l’épuration. Nagy et ses compagnons sont exécutés le 16 juin 1958.

En janvier, Kádár avait quitté la direction du gouvernement, mais gardé ses fonctions de Premier secrétaire du parti. Il redevient président du Conseil en septembre 1961, cumulant les fonctions de chef du gouvernement et de chef du parti.

La réforme économique est la préoccupation majeure des dirigeants hongrois. Si la collectivisation de l’agriculture est accélérée, on assiste à partir de 1965 à un assouplissement et à une libéralisation progressive de l’économie hongroise : plus grande indépendance des entreprises, initiative et concurrence encouragées. Ces mesures sont reconduites et renforcées en 1968.

En outre, les Hongrois voulant adapter leur économie au marché mondial, les échanges avec les pays occidentaux se sont particulièrement accrus. Le commerce extérieur, qui s’est développé sous l’impulsion du chef du gouvernement, Jenő Fock, représente actuellement 40 p. 100 du revenu national.

Dans le domaine politique, on s’est orienté également vers une certaine libéralisation : normalisation des relations avec l’Église catholique, possibilité de choisir aux élections entre plusieurs candidats, puissance accrue des syndicats, hommage en 1971 au philosophe György Lukács*. En 1968, il semble que Kádár ait souhaité la réussite de l’expérience Dubček, même s’il devait justifier par la suite (1969) l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie.

János Kádár, qui a quitté en juin 1965 la présidence du Conseil, a été réélu à la tête du parti communiste hongrois en 1966 et en 1970.

P. P. et P. R.

➙ Hongrie.

 F. Fejtö, Budapest 1956 (Julliard, 1966) ; Histoire des démocraties populaires (Éd. du Seuil, 1972 ; 2 vol.).

Kafka (Franz)

Écrivain tchèque de langue allemande (Prague 1883 - Sanatorium de Kierling, près de Vienne, 1924).



Introduction

Le 3 juillet 1883, Franz Kafka naît à Prague, qu’il tentera de quitter à plusieurs reprises, convaincu, cependant, que cette ville ne le lâchera jamais. Ses parents étaient tous deux originaires de la Bohême méridionale. L’héritage de ses ascendants maternels, parmi lesquels se trouvent des rabbins et des médecins, domine en lui : il se reconnaît maints traits originaux des Löwy, dont il tient le goût de la solitude et la constitution délicate. Siegfried, demi-frère de sa mère, médecin de campagne, homme très érudit et secret, était l’oncle préféré de Kafka, qui lui rendait de fréquentes visites à Triesch, en Moravie. Sa mère, Julie Löwy, née en 1856 à Podebrady, fille d’un riche commerçant orthodoxe « éclairé », était dévouée, travailleuse, très timide. Elle avait grandi à Prague, où son père s’était installé après son second mariage en 1860. L’arrière-grand-père du côté maternel de Kafka était un homme « pieux sous tous les rapports », qui, selon le témoignage de Julie, « négligeait souvent son commerce pour se consacrer au Talmud ». Le père de Franz, Hermann Kafka, homme très autoritaire, d’une vitalité inépuisable, naquit à Wossek en 1852. Issu d’une famille nombreuse et des plus modestes, il connut une enfance difficile, dut gagner sa vie dès l’âge de quatorze ans et s’installa à Prague en 1881. Il ouvrit un commerce de mode dont le choucas (Kavka en tchèque) était l’emblème et se maria en septembre 1882.

Prague, la capitale de la Bohême, était alors composée de trois éléments différents : une majorité tchèque et les minorités allemandes et juives. C’est par l’îlot allemand, favorisé sur le plan politique et culturel par le gouvernement de la Double Monarchie, que passait le chemin de la réussite sociale : aussi, Hermann Kafka, dont la langue maternelle était le tchèque et qui avait appris l’allemand imparfaitement à l’unique école juive de son village, avait-il à surmonter plus d’un obstacle. Énergique, âpre au gain, habité par la volonté farouche de parvenir au succès dans les affaires, il finit par s’imposer. Son fils aîné, Franz, et ses trois filles, Elli (née en 1889), Valli (née en 1890) et Ottla (née en 1892), reçurent une éducation allemande et fréquentèrent l’école allemande. Deux autres fils, Georg et Heinrich, moururent en bas âge. Franz Kafka apprit plus tard le tchèque, dont il acquit une étonnante maîtrise. Il grandit au cœur de sa ville natale : ses parents habitèrent d’abord un logement exigu dans le quartier de l’ancien ghetto, puis des appartements plus vastes au voisinage immédiat de la place de la Vieille Ville. L’école primaire, où Franz fut conduit par la terrible cuisinière « jaunâtre mais solide », et l’école secondaire, qu’il fréquenta à partir de septembre 1893, se trouvaient à proximité. C’est l’atmosphère de ce vieux centre de Prague qui forme la silencieuse toile de fond de l’œuvre de Kafka.