Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
J

Jung (Carl Gustav) (suite)

Jung a mis au point la technique des associations libres afin de faciliter l’accès à l’inconscient. Le thérapeute lit une liste de mots inducteurs auxquels le patient doit répondre immédiatement par les premiers mots (mots induits) qui lui passent par la tête. Un retard à fournir une réponse, une association inhabituelle, des signes d’émotion ou l’oubli d’une association fournie peuvent indiquer que le mot inducteur évoque une zone complexuelle, ou complexe, c’est-à-dire un ensemble de représentations psychiques à forte résonance affective échappant au contrôle du moi. Le thérapeute peut amplifier les associations. Lorsqu’il a cerné une zone complexuelle, il peut, en fournissant lui-même des associations judicieuses aux associations de son patient, amener celui-ci à une plus forte décharge émotionnelle et ainsi permettre une prise de conscience plus nette du contenu psychique refoulé : c’est la méthode d’amplification.

Jung, tout comme Freud, considère que le rêve est une voie d’accès sans pareille à l’inconscient individuel, et à un niveau plus profond à l’inconscient collectif, car il peut exprimer des figures archétypiques. Le rêve, expression de la sagesse de l’inconscient collectif, est une tentative pour résoudre les conflits psychiques, ce qui lui confère sa valeur prémonitoire.


Les divergences avec Freud

Elles sont apparues très tôt dans l’évolution des idées de Jung. Cependant, Freud et Jung ont un point commun fondamental : montrer l’importance des phénomènes inconscients dans la vie psychique. Mais Freud n’a reconnu l’existence que de l’inconscient individuel, ce que critique fortement Jung.

Le déterminisme strict de Freud est de même contesté par Jung car la psyché échappe « à des considérations causales qui laissent dans l’ombre tout ce qui en elle est finalité ». Cette finalité a souvent été critiquée par les freudiens, qui attaquent le mysticisme de Jung et la morale implicite qui se dégage de sa démarche thérapeutique, trop directive et se ramenant à des conseils fortement empreints de considérations éthiques.

Les archétypes, préexistant à toute expérience individuelle, conditionnent le développement de la vie psychique, alors que celui-ci, dans la pensée freudienne, ne dépend que du jeu des pulsions dans l’histoire individuelle. Le point de vue génétique du développement de la libido (qui chez Jung n’est plus uniquement d’origine sexuelle, mais représente l’énergie psychique en général) est moins fondamental chez Jung que chez Freud. Jung, lorsqu’il étudie les conflits névrotiques, considère surtout leur aspect actuel. Freud, lui, approfondit beaucoup plus ce qui dans l’enfance permet d’en rendre compte.

La conduite de la cure diffère profondément d’une école à l’autre. Jung en a beaucoup moins codifié la technique que Freud ; il la considère comme secondaire par rapport à la personnalité du thérapeute. Il est vrai que le thérapeute jungien est beaucoup plus directif : sa personnalité profonde entre en résonance avec celle de son patient, alors que le thérapeute freudien doit maîtriser ses réactions affectives envers son patient (contre-transfert).

Si la valeur thérapeutique de la méthode de Jung peut être contestée par les freudiens, l’influence de ses idées dans des domaines variés n’a pas été négligeable, notamment en ethnologie, où le concept d’archétype est un instrument pour analyser les cosmogonies, le folklore et la distribution des rôles sociaux.

A. D.

➙ Mythe et mythologie / Psychanalyse.

 J. Jacobi, Die Psychologie von C. G. Jung (Zurich, 1940 ; 5e éd., 1967 ; trad. fr. la Psychologie de C. G. Jung, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel, 1950 ; nouv. éd., Éd. du Mont-Blanc, Genève, 1964) ; Komplex, Archetypus, Symbol in der Psychologie C. G. Jung (Zurich, 1957). / E. Glover, Freud ou Jung ? (P. U. F., 1954). / C. G. Jung, Erinnerungen, Träume, Gedanken (Zurich, 1962 ; trad. fr. Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées, Gallimard, 1967). / C. Baudouin, l’Œuvre de Jung et la psychologie complexe (Payot, 1963).

Jalons biographiques

1875

26 juillet : naissance de Carl Gustav Jung à Kesswil (Canton de Thurgovie) ; son père est pasteur.

1895-1900

Études de médecine à Bâle.

1900-1909

Médecin au Burghölzli, hôpital psychiatrique de Zurich, dont Bleuler, célèbre pour ses travaux sur la schizophrénie, est médecin-chef.

1903

Mariage avec Emma Rauschenbach, qui collaborera à ses travaux.

1906

Prise de contact avec les travaux de Freud. Le soutien de l’équipe du Burghölzli sera précieux à Freud à une époque où ses idées sont encore contestées.

1907

Rencontre avec Freud à Vienne.

1909

Jung pratique la psychothérapie psychanalytique en clientèle privée. Il est considéré comme le « dauphin » de Freud.

1911

Il est le premier président de la Société internationale de psychanalyse.

1912

Il publie Métamorphoses et symboles de la libido, où apparaissent les premières divergences avec les thèses freudiennes concernant notamment la nature de la libido.

1913

Rupture avec Freud. Jung désigne sa méthode du nom de « psychologie analytique ».

1920

Il publie les Types psychologiques et approfondit la notion d’« inconscient collectif ».

1920-1926

Voyages d’étude en Afrique du Nord, au Kenya, en Arizona.

1930-1939

À la suite du retentissement de son œuvre en Allemagne, il est nommé président de la Société médicale allemande de psychothérapie, ce qui permettra à ses adversaires de l’accuser de sympathie avec le nazisme.

1939

Mort de Freud. Jung publie Psychologie et religion.

1944

Publication de Psychologie et alchimie. Jung délaisse la clinique pour s’intéresser à l’ethnologie et à la philosophie des religions (notamment celles d’Extrême-Orient) : c’est la « seconde époque » de l’œuvre de Jung.

1948

Création de l’Institut C. G. Jung à Zurich.

1958

Création d’une Société internationale de psychologie analytique, qui regroupe les praticiens de la méthode jungienne.

1961

6 juin : mort de C. G. Jung.