Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
J

József (Attila) (suite)

En 1925, année de son second volume, il quitte la Hongrie afin d’aller poursuivre ses études à l’étranger. Il se rend d’abord à Vienne, où il rencontre les écrivains de l’émigration, notamment Lajos Kassák, puis en France, où il passe une année. Il y découvre la poésie française ; il lit Marx, Hegel et Lénine, et il devient membre de l’Union anarchiste. Rentré en Hongrie, il s’installe à Pest, où il se lie avec Gyula Illyés d’une amitié qui ne sera pas sans nuages. Aggravée par un amour malheureux pour une jeune fille de la bourgeoisie, sa neurasthénie devient telle qu’il doit être hospitalisé. Rapidement, ses convictions politiques se radicalisent : il devient socialiste, puis communiste ; avec une violence maladroite, voire puérile, il attaque Babits et les écrivains libéraux, qui, pourtant, l’ont reconnu et le protègent. À partir de son recueil Je n’ai ni père ni mère, la protestation politique occupe une place de plus en plus importante dans son œuvre. Son livre Döntsd a töket (1931), dont le titre ambigu signifie à la fois « Renverse la souche ! » et « Abats le capital ! », est saisi. Mais déjà József entre en conflit avec le parti communiste — alors clandestin —, dont il sera bientôt exclu dans des conditions aujourd’hui encore mystérieuses. En 1934, ce n’est pas lui, comme il l’espérait, qui est envoyé au congrès de Moscou, mais un écrivain « populiste », son ami Illyés. Son déséquilibre nerveux ne fait que s’aggraver malgré les cures de caractère psychanalytique auxquelles il se soumet. József rompt avec la seule femme dont il ait durablement partagé l’existence. Mais l’issue est proche. Une dernière passion malheureuse... Une dernière flambée lyrique... La Hongrie, stupéfaite, apprend que l’un de ses plus grands poètes s’est jeté sous l’un de ces trains de marchandises si souvent présents dans ses vers.

József était servi par une culture d’une grande diversité (il traduisit aussi bien Essenine et Villon que des poètes roumains ou tchèques), et son tempérament poétique exceptionnel lui permit de réaliser la synthèse d’influences hongroises et étrangères souvent contradictoires. « Créer — disait-il — n’est possible qu’à travers la dissonance. La consonance n’est qu’une dissonance comprise. » Art poétique que l’on a parfois rapproché de celui de Béla Bartók.

L’œuvre de József témoigne en effet du combat tragique et désespéré que l’auteur mena pour essayer d’enrayer et de compenser la dissolution progressive mais inéluctable de sa personnalité, pour se libérer d’une angoisse dont il finit par craindre qu’elle ne le conduisît à la folie. Malgré ses efforts pour se constituer un système philosophique cohérent, József fut un poète, non un théoricien. Mais il s’efforça, l’un des premiers parmi les poètes, de concilier le marxisme et la psychanalyse, dont il éprouvait également le besoin. Réaliste et socialiste, il échappa au réalisme socialiste. Prosélyte de Freud, il utilisa consciemment, mais avec mesure et discrétion les ressources poétiques de la symbolique psychanalytique. Obsédé par l’absence de Dieu — dont l’image paternelle répondait à ses plus intimes nostalgies —, il ne tomba jamais dans le mysticisme, l’ésotérisme ou l’abstraction. Poète des banlieues lépreuses, des quais de Budapest et des gares de triage, il a laissé à son peuple l’image juvénile et crépusculaire d’un orphelin mal aimé, qui, dans l’azur du ciel, retrouve le bleu des lessives maternelles, pareil à la promesse d’un prochain au revoir.

A. József a été traduit ou adapté en français par de nombreux poètes, au premier rang desquels il convient de nommer André Prudhommeaux, Marcel Lallemand, Armand Robin, Lucien Feuillade, Guillevic, Jean Rousselot. Il n’est pas exclu que, par leur intermédiaire, sa poésie ait déjà exercé une réelle influence sur la poésie française.

J.-L. M.

 Hommage des poètes français à Attila József (Seghers, 1956). / J. Rousselot, Attila József, sa vie et son œuvre (Nouveaux Cahiers de jeunesse, Bordeaux, 1958). / Guillevic, Mes poètes hongrois (Budapest, 1967).

judaïsme

Ensemble des institutions religieuses du peuple juif.



Les fondements

Les Juifs se considèrent comme les descendants d’Abraham*, qui se voua au service du Dieu unique, créateur des cieux et de la terre. Ce Dieu exigeait la droiture et la justice ; la croyance d’Abraham était donc un monothéisme éthique. Ses descendants devaient répandre cette croyance et rester fidèles à l’Alliance conclue avec Dieu et symbolisée par la circoncision. Dieu veillerait sur eux et leur donnerait la possession de la Terre sainte. Toutes les familles de la terre pouvaient participer à cette Alliance.

Devenus esclaves en Égypte, les descendants d’Abraham en furent libérés par Dieu, qui se révéla à Moïse et lui fit connaître son Nom (ce Nom est représenté dans l’Écriture par le tétragramme YHWH, conventionnellement prononcé « Adonaï » dans l’usage liturgique par souci d’éviter toute profanation due à l’ignorance de la prononciation correcte du Nom).

Sur le mont Sinaï, Dieu compléta l’Alliance faite avec Abraham et celle qui fut antérieurement conclue avec Noé. Au moyen d’une stricte discipline morale, Israël devait se mettre en état d’être « un royaume de prêtres et une nation sainte ».

De cette Alliance (Berit), la charte était constituée par la Torah (Loi) et plus particulièrement par les « Dix Commandements ». Leur teneur suppose la reconnaissance de l’existence de Dieu, de son incorporéité, de son rôle créateur, de sa Providence rémunératrice. La Torah, première partie de la Bible, contient les règles de la vie sacerdotale d’Israël, mêlées à des récits concernant les origines du monde et à l’histoire d’Israël au temps de Moïse. On y trouve des lois morales, des préceptes positifs ou négatifs, dont l’observance doit transformer l’individu et la société, tandis que leur violation, diminuant le sens moral et la résistance au mal, menace l’harmonie du monde. Des « signes », comme le sabbat, rappellent la notion de « sainteté », reflet de la sainteté divine. Dieu est clément et miséricordieux, lent à la colère, bon et fidèle, prompt au pardon pour celui qui se repent. La Torah, appel à la justice et à la droiture, concerne toutes les activités humaines, tous les problèmes de la vie de l’individu et de la collectivité. Tout est service de Dieu.